Le fait que les Finlandaises soient allées plus loin en politique que les femmes dans le reste du monde, n’a rien de nouveau. Une femme exerce en Finlande la fonction de Président de la République - son second mandat de six ans - une femme a déjà été Premier ministre ; quant aux femmes ministres, c’est chose courante.
Le nouveau gouvernement étant désormais en place, le record indiqué ci-dessus pourrait bien figurer dans la prochaine édition du Guiness des records. Sur les vingt portefeuilles ministériels, douze ont été confiés à des femmes. En pourcentage et peut-être même en chiffres absolus, c’est incontestablement un nouveau record du monde qui, très probablement, risque d’être battu, à l’avenir, par… les Finlandaises elles-mêmes. L’ancien record était détenu par la Suède ; entré en fonction à la fin de l’année dernière, le nouveau gouvernement de ce pays comptait un nombre égal de femmes et d’hommes ministres. En Finlande, les partis qui ont adhéré à la coalition gouvernementale ont décidé, à l’avance, qu’ils attribueraient au moins la moitié des portefeuilles aux femmes. Le nombre de portefeuilles étant un nombre pair, il est facile d’établir la parité des genres. Le fléau de la balance a penché en faveur des femmes lorsque le Parti du Centre a inclus cinq femmes parmi les huit membres que cette formation compte au gouvernement. Les Verts, nouveaux venus au gouvernement, y sont représentés par deux femmes. Bien qu’il reste pas mal de chemin à parcourir avant d’atteindre la pleine égalité entre les hommes et les femmes en Finlande, la question des genres n’a pas été le seul événement sensationnel ni le plus significatif des élections parlementaires du 18 mars dernier et de ce qui a suivi. On pensait généralement - et l’auteur du présent article était aussi de cet avis - que ces élections ne causeraient pas de méga-surprise et qu’elles ne bouleverseraient pas le paysage politique finlandais.
Les sondages d’opinion ne sont que des sondages et, en fin de compte, seuls les votes comptent. Les résultats définitifs ont montré que les sondages se sont trompés, pour la plupart, et qu’ils ont mal interprété les signes. La vie politique finlandaise est réputée pour sa stabilité et pour sa prévisibilité du fait de sa configuration. Ceci dit, les récentes législatives constituent finalement un bouleversement majeur, comme on avait rarement vu. La surprise conservatrice |  |
Je suis les campagnes électorales finlandaises depuis plus de 40 ans. Jamais campagne n’avait été aussi ennuyeuse. Comprenons-nous ! Cette fois-ci, une chose surprenante s’est produite, mais après la campagne. Au cours des quatre décennies écoulées, jamais le décompte des voix n’avait été aussi captivant que ce dimanche soir de mars, à l’issu du scrutin. Habituellement, les résultats définitifs sont lisibles à partir des premiers chiffres qui apparaissent sur les écrans, immédiatement après la fermeture des bureaux de vote. Le décompte des voix, cette fois, a fait le suspense jusque tard dans la nuit.
Vers la fin de la campagne électorale, les prédictions laissaient entendre, de manière croissante, que le Centre conserverait aisément sa position de leader avec le plus grand nombre de sièges au Parlement. Le scrutin lui donne cette fois 51 sièges, soit quatre de moins que lors du précédent scrutin, il y a quatre ans. Un résultat somme toute décent, dans l’histoire de ce parti, mais aussi une certaine déception par rapport aux attentes. A noter : Matti Vanhanen, le leader du Centre, n’a pas remporté, de manière décisive, la moindre élection depuis qu’il a accédé à cette fonction. Le coup politique le plus vigoureux a été asséné par la droite. Avant les élections, il était de notoriété que le Parti de Rassemblement, conservateur modéré, améliorerait son score des précédentes législatives tout en restant en troisième position, loin du Centre et des sociaux-démocrates. Rien de tel ne s’est produit. Les Conservateurs sont remontés pour battre ces derniers et pour faire quasiment jeu égal avec le Centre. Le Parti de Rassemblement a fait un sérieux bond en avant en gagnant dix sièges supplémentaires ; leur nombre est passé de 40 à 50. L’explication réside dans le score presque pitoyable que ce parti avait fait lors des précédentes élections. Mais il y a autre chose. Le parti a mené une campagne optimiste, il a réussi à proposer une bonne liste de candidats. Quant à son nouveau chef de file, le jeune Jyri Katainen surnommé « Jyrki-boy », il a fait un début plus que satisfaisant. Fiasco social-démocrate
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La plus grande interrogation de ces élections était de savoir laquelle de ces deux formations, le Centre et le Parti social-démocrate, aurait le plus grand nombre de députés. La surprise est venue des sociaux-démocrates, qui ont bel et bien chuté : non seulement ils perdent huit sièges, passant de 53 à 45, mais leur formation n’arrive qu’en troisième position. Ce déclin brutal est une nouvelle qui fait sensation dans la vie politique finlandaise. Les sociaux-démocrates ont toujours été soit en position de leader soit, au pire, en deuxième position.
Le succès des Conservateurs et la dégringolade des sociaux-démocrates sont les deux faces d’une même médaille. Les deux partis se disputent les mêmes électeurs dans les villes et les banlieues. C’est aussi le cas du Centre mais à un moindre degré. En Finlande, comme ailleurs, c’est souvent au centre de l’échiquier politique que les élections se gagnent ou se perdent. Mais, dans l’histoire politique du pays, ce phénomène n’a jamais été autant en évidence que cette-fois-ci. A l’avenir, avec le déclin des longues traditions de fidélité aux partis, la proportion des électeurs indécis ne pourra qu’augmenter. Le résultat désastreux du Parti Social-Démocrate a entraîné un grondement sporadique dans ses rangs : une invite à son chef de file, Eero Heinäluoma, à se retirer. Mais on peut douter qu’un mouvement aussi radical intervienne rapidement. Pour l’instant, les sociaux-démocrates ont décidé d’analyser les causes de leur échec. Il est tentant de prédire que la direction du SPD fera une autocritique modérée mais qu’il restera en place. | « Bleu-vert » ou encore « bourgeois » |  |
De telles fractures majeures, sur la scène politique, ne pouvaient rester ignorées au moment de trouver quels seront les deux partis – sur les trois grands – appelés à former l’ossature du nouveau gouvernement. Comme je l’ai souvent indiqué, la seule manière de former un gouvernement de majorité stable, en Finlande, passe par une coalition réunissant deux des trois grands partis, le troisième étant relégué dans l’opposition. Cette fois encore, le lecteur étranger est sans doute perplexe. Néanmoins, cette formule se répète et il en sera sans doute ainsi tant que les trois grands partis resteront plus ou moins de la même taille. Avant les élections, le Centre et le Parti Social-Démocrate avaient fait clairement comprendre qu’ils étaient prêts à former le nouveau gouvernement si les résultats, bien sûr, le permettaient. MM. Vanhanen et Heinäluoma, et même M. Katainen pour les conservateurs, étaient résolus à ce scénario. Le soir même des élections, il était évident qu’il en irait autrement. Ainsi, à l’issue du résultat du scrutin, il était à prévoir que le Centre et le Parti conservateur formeraient le gouvernement. Les négociations sur la plate-forme gouvernementale, le programme et l’attribution des portefeuilles se sont déroulées sans à-coups. Afin de s’assurer une solide majorité à l’Eduskunta, deux partis mineurs ont été inclus au nouveau gouvernement : les Verts et le Parti populaire suédois. Avec un total de 125 sièges, le gouvernement peut ainsi compter sur une majorité sûre. Quant à tenter une description de ce gouvernement, c’est un peu plus compliqué. Les formations qui le composent parlent de coalition « bleue-verte » ; l’opposition politique, en particulier l’aile gauche, la qualifie de coalition « bourgeoise » parée d’une feuille de vigne verte. La raison est politique. Il faut remonter aux années 1991-1995 pour trouver la précédente coalition non-socialiste au pouvoir ; la Finlande sortait alors de sa plus grave récession économique depuis la seconde guerre mondiale. Le gouvernement d’alors avait du opérer de sévères coupes budgétaires pour pouvoir joindre les deux bouts. C’est pourquoi même la manière de qualifier le nouveau gouvernement pose problème. Si l’on veut être politiquement correct, la solution la plus sûre consiste à parler de second gouvernement Vanhanen.
| Deux surprises |  |
Les problèmes sont apparus, comme toujours, lorsque l’on est entré dans les détails. M. Vanhanen avait annoncé presque d’entrée de jeu qu’en plus du Premier ministre, le ministre Affaires étrangères viendrait aussi des rangs du Centre. Refus de M. Katainen, en partie pour une raison des plus humaines de sa part. M. Vanhanen aurait vu d’un bon œil la star montante du Centre, Madame Paula Lehtomäki devenir la cheffe de la diplomatie. Mais l’intéressée a informé le Premier ministre qu’en raison de sa grossesse, elle n’était pas disposée à devenir ministre des Affaires étrangères, un poste qui va de pair avec de nombreux voyages à l’étranger. Les cartes ayant été redistribuées, le portefeuille des affaires étrangères a ensuite été attribué au Parti conservateur. M. Sauli Niinistö, ancien chef de file de ce parti et ancien candidat à l’élection présidentielle, a recueilli le plus grand nombre de suffrages lors des parlementaires ; il aurait été un choix logique au poste de chef de la diplomatie. Mais là encore, M. Katainen n’a pas bronché. Son choix s’est porté sur M. Ilkka Kanerva. L’ancien vice-président de l’Eduskunta, qui fut ministre à deux reprises, est tout à fait versé dans les affaires internationales. C’est aussi un vieux routier de la politique, dont les origines remontent loin dans les années du feu président Urho Kekkonen. M. Vanhanen a, lui aussi, provoqué la surprise. Comme je l’écrivais récemment dans mon blog, Paavo Väyrynen n’avait pas cillé dans son insistance à obtenir un portefeuille dans le nouveau gouvernement. Après un exil politique de près de 15 ans, M. Väyrynen est revenu aux affaires sérieuses, cette fois comme ministre du Commerce extérieur et du Développement. Comme l’a dit avec justesse la Présidente Tarja Halonen : il y a du neuf et quelque chose de rétro dans ce gouvernement. Le chapitre des affaires étrangères, dans cette histoire, mérite d’être expliqué plus en détail. Un ministre des Affaires étrangères conservateur est une première pour ce parti depuis plus de 70 ans. Traditionnellement, ce portefeuille était revenu soit au Centre soit, de plus en plus souvent, au Parti Social-Démocrate. En outre, la tierce majeure des sociaux-démocrates avec tous les postes important des affaires étrangères – le président de la République, le ministre des Affaires étrangères et le président de la commission des Affaires étrangères de l’Eduskunta – tombe en morceaux. Par ailleurs, le ministre de la Défense et le président de la commission des Affaires étrangères sont aussi des Conservateurs. Il est toutefois prématuré d’attendre des changements majeurs dans la politique étrangère et de sécurité de la Finlande durant la législature en cours. Avant même les élections, les grands partis politiques avaient déclaré qu’ils ne s’empresseraient pas de demander l’adhésion du pays à l’Otan durant les quatre prochaines années. Néanmoins, dans le programme du gouvernement, la politique étrangère et de sécurité a été réécrite et l’on y trouve de nouvelles nuances.
Alors que le gouvernement sortant déclarait que la politique étrangère et de sécurité de la Finlande est basée sur le non-alignement militaire » le nouveau cabinet a omis cette phrase. Le gouvernement souligne, en termes clairs, que la Finlande doit d’abord jouer un rôle actif dans la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne ; elle appelle aussi au renforcement du rôle de l’UE dans la politique étrangère. Le gouvernement désire développer un partenariat pour la paix avec l’Otan et « se réserve la possibilité de demander l’adhésion à l’Otan ».
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