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Les savoirs scientifiques

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26-09-05
Auteur : Jean Pierre Frigo
Longtemps les Français ont aimé rappeler que s’ils n’avaient pas de pétrole ils disposaient d’idées. Également dépourvus de pétrole les Finlandais de 2005 misent beaucoup sur la spécialisation scientifique. À tel point que la Banque Mondiale les cite en exemple. Photo Tekes, Matias Uusikylä
Prévoir pour vivre


Directeur de recherches à l’ETLA d’Helsinki, organisme comparable à l’INSEE de France, Pekka Ylä-Anttila compte parmi les analystes visionnaires de la société finlandaises. Pekka Ylä-Anttila a écrit de nombreux ouvrages dont un remarquable “Kansantalous 2028” (L’économie finlandaise à l’horizon 2028), publié en 2003 et expliquant les raisons des succès finlandais récents sans cacher les probables évolutions économiques et sociétales du quart de siècle à venir. “Quand on pense Finlande, il faudrait toujours garder à l’esprit que 60% des habitants de la planète vivant au-dessus du 60ème parallèle Nord y habitent. Cette position géographique extrême explique bien des choses nous concernant”, rappelle Pekka Ylä-Anttila. Au XIXème siècle encore, à cause des rigueurs du climat nordique, la Finlande a connu deux terribles famines ayant causé la mort de 5% de la population finlandaise: “La dureté du climat nordique a endurci le peuple finlandais et l’a poussé à prévoir, à s’organiser à l’avance dans la perspective de survivre”, expose Pekka Ylä-Anttila. Cet instinct de conservation, ce sens de la prévoyance expliquerait, selon lui, que les Finlandais misent actuellement fermement sur les savoirs scientifiques comme moteurs de l’économie nationale. 

Passage direct au sans-fil


L’ouverture obligatoire des Finlandais vers le reste du monde est un autre facteur conduisant à la primauté des savoirs. Une fois leur sentiment d’isolement dépassé, les Finlandais sont mus par une authentique curiosité pour tout ce qui n’est pas finlandais, sentiment qui a aidé le pays à s’ouvrir aux idées scientifiques et techniques venues de l’extérieur: “Nous avons été parmi les premiers dans le monde à utiliser électricité et téléphone, il y a 120 ans. Dans la foulée, nos grands-parents ne rechignaient pas à se frotter aux technologies de communications les plus diverses”, fait remarquer Pekka Ylä-Anttila. Le succès de la Finlande dans le domaine des activités économiques  reposant sur le savoir, prend en compte des critères aussi divers que le taux d’alphabétisation, l’index de développement humain, le nombre de personnes travaillant dans les secteurs secondaire (industrie) et tertiaire (services), le nombre d’internautes pour 10.000h, le nombre d’ordinateurs pour 1000h, le nombre de téléphones pour 1000h, la situation de l’État de Droit, le nombre de chercheurs, le nombre d’articles scientifiques et techniques publiés, le nombre de brevets enregistrés, les barrières tarifaires et le contrôle de la qualité. “Une fois tous ces critères combinés, la Finlande se place très haut, deuxième derrière la Suède et à égalité avec les USA, malgré une histoire très différente de celles de ces deux pays. En revanche, il semble que la Banque Mondiale a choisi la Finlande comme modèle pour des pays comme la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie ou pour des pays émergents africains comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou l’Égypte, à cause des tailles ou des histoires qui sont comparables”, propose Pekka Ylä-Anttila. Notre interlocuteur se dit, par exemple, persuadé que les pays africains les plus dynamiques, ceux qui ont une vraie chance de s’en sortir, sauteront l’étape de la téléphonie traditionnelle pour passer directement au sans-fil.

Le risque de trop aimer la technologie


Pour la Banque Mondiale quatre caractéristiques finlandaises pouvant inspirer ces pays seraient: disposer d’une bonne infrastructure de télécommunications et d’un solide système éducatif, d’un gouvernement favorisant le dynamisme économique ainsi que d’un niveau correct en innovation (R&D). “A cela j’aimerais ajouter quelques couleurs typiquement nordiques ou finlandaises telles que: un État-Providence fort et considérant l’éducation nationale comme prioritaire, la meilleure synergie possible entre les institutions gouvernementales, de même entre ces dernières et le secteur industriel, la promotion de nouveaux types de politiques industrielles et, finalement, la vision la plus claire possible du futur”, poursuit Pekka Ylä-Anttila. L’État-Providence nordique a toujours privilégié l’éducation gratuite pour tous. Pekka nous confirmera qu’en Finlande ce principe est appliqué depuis 1866 (France 1881) et que les dernières enquêtes PISA prouvent que le système scolaire fonctionne avec efficacité. Pekka Ylä-Anttila, avertit cependant que la technologie, aussi moderne et séduisante qu’elle soit, ne peut être en aucun cas une fin en soi comme il craint que cela soit actuellement le cas en Finlande: “Il y a chez nous un vrai risque de considérer la technologie comme une fin en soi. Je pense que dans un futur proche nous allons devoir nous tourner vers les services à caractère humanitaire destinés aux personnes âgées et aux personnes handicapées, entre autres. Il va falloir laisser progressivement la technologie s’occuper de la technologie et les machines des machines, pour arriver à vraiment libérer les hommes”, confirme-t-il

De la crise au succès

 
Entre 1991 et 1994, les Finlandais ont  transformé leur plus grande crise économique en une opportunité de restructuration de l’appareil industriel et du système bancaire pour déboucher sur une profonde réforme de la société: “Certains concepts inhérents à la société finlandaise, comme de se dire “Rien n’est impossible”, alliés à une grande cohésion sociale ont justement permis ce rapide changement de cap et le passage d’une société industrielle traditionnelle à une société reposant sur les savoirs”, révèle Pekka Ylä-Anttila. Finalement, le miracle Nokia, a emporté la décision puisque Nokia a reconstitué une large nébuleuse technologique après avoir littéralement éclaté la précédente, constituée d’industries traditionnelles (pneus, câbles, bois, etc...). Pourtant cette flexibilité et ce retournement rapide auraient été inconcevables sans le très haut niveau d’enseignement prodigué par l’Éducation Nationale finlandaise. “La Finlande dispose d’une énorme réserve de personnels hautement qualifiés. Mais, au-dessus de ces forces vitales c’est l’étroite coopération entre les universités, le secteur de la Recherche et le financement du secteur privé qui nous rend si dynamiques”, suggère Pekka Ylä-Anttila. Reste que l’élasticité, la flexibilité, la capacité à s’adapter à des situations nouvelles amène au concept de “destruction créatrice”. Mais c’est une autre histoire.

     


 

Liens

Sites consultables:

- www.worldbank.org
- www.weforum.org
- www.etla.fi
- www.cimfunds.com (Creative Industries Management)
- www.fvca.fi (Finnish Venture Capital Association)
- www.isc.hsb.edu (Institute for Strategy and Competitiveness, Harvard)
- www.sitra.fin (Fonds National finlandais pour R&D)
- www.tekes.fi (Agence finlandaise pour les technologies)
- www.helsinkikef.org

 
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