Les mœurs finlandaises n’aiment pas beaucoup les éloges d’autosatisfaction; aussi les médias du pays n’ont-ils pas examiné cette réussite. Par contre, le rapport de l’OCDE sur la Finlande, au mois d’août, ne lésine pas sur les éloges. « La croissance en Finlande a été parmi les plus fortes de l’OCDE, s’appuyant sur une solide performance en matière d’innovation et des niveaux d’instruction élevés. » Voir le site www.oecd.org/document/36/0,2340,en_33873108_33873360_36552804_1_1_1_1,00.html | Que s’est-il passé, au juste, et qu’est-ce qui a lancé cette période de croissance ? |  |
L’économie finlandaise a été confrontée, au début des années 1990, à une dégringolade exceptionnelle dans l’histoire du monde industrialisé. Pour se faire une idée de l’ampleur de la crise, il suffit de savoir que le taux de chômage, dans les années 1990-1994 est passé de quelques 3% à plus de 16%. Le P.i.b. a reculé, une vague de faillites sans précédent a balayé l’économie, les banques ont été acculées à la crise.
La récession avait plusieurs raisons, parmi lesquelles l’effondrement du principal partenaire commercial de la Finlande – l’URSS . Sous une forme ou sous une autre, bon nombre d’activités économiques et commerciales étaient liées au commerce bilatéral avec l’Est, comme on l’appelait.
La chose peut sembler cruelle, mais la profonde récession a finalement été le tremplin d’une période d’expansion sans précédent. Durant les années de crise, les structures de production ont connu de sérieux bouleversements, qui se sont traduits par un regain de productivité. Depuis 1995, l’augmentation de la productivité du travail, en Finlande, a été plus de deux fois plus rapide que dans les autres pays prospères de l’OCDE. À l’occasion, l’accroissement de la productivité en Finlande a même surpassé le bulldozer américain.
La sortie des affres de la récession, suivie d’un épanouissement, compte parmi les plus grandes réussites de l’histoire de la Finlande. Une réussite on ne peut plus nationale. L’entraîneur de hockey sur glace Raimo Summanen qui, alors qu’il était encore joueur actif, remporta le seul titre mondial de hockey sur glace jamais remporté par la Finlande, a constaté que les Finlandais sont au mieux lorsqu’ils sont en position de challenger et qu’ils doivent lutter dans des circonstances difficiles.
Cette déclaration de Summanen n’est pas inventée de toutes pièces ; elle a pour cadre la conscience d’un passé national. Quiconque s’est penché sur la production de l’écrivain national Väinö Linna ou sur l’histoire des guerres de la Finlande sait que les Finlandais « sortent les tripes » lorsque les situations difficiles arrivent comme une déferlante. Cette opiniâtreté a toujours été un grand motif d’admiration dans les belles-lettres finlandaises.
La récession survenue au début des années 1990 a fait surgir, comme par enchantement, une conscience de crise évocatrice des années de guerre. L’économie de l’État, qui tanguait au bord du gouffre, a été redressée ; le gouvernement a fait adopter des décisions fiscales destinées à stimuler la vie économique tandis que, sur les marchés du travail, les décisions salariales venaient conforter l’expansion économique.
Durant les années qui suivirent la récession, de 1995 à 2005, la production totale de la Finlande a augmenté de 3,5% par an, en moyenne – un chiffre excellent dans le concert des pays prospères de l’UE.
L’essor de Nokia, qui en a fait le leader mondial de la téléphonie mobile, a débuté dans les abîmes de la récession. Société en crise qui exerçait ses activités dans des branches multiples au début des années 1990, Nokia décida cependant sous la direction de son nouveau PDG, Jorma Ollila, de concentrer ses activités dans le secteur des télécommunications – les téléphones mobiles et les réseaux de téléphonie mobile.
C’est précisément Nokia et l’industrie électronique qui grandit autour du groupe qui expliquent la hausse de productivité survenue en Finlande, exceptionnelle dans le contexte européen.
L’histoire mondiale abonde de ces réussites marquées par le rude labeur et les efforts soutenus mais aussi par d’heureuses coïncidences. Il en est de même pour Nokia. Interrogé par le journal Talouslehti (La Vie économique) qui lui demandait s’il voyait, au milieu des années 1990 quel pourrait être l’avenir du groupe, Jorma Ollila – qui a récemment quitté ses fonctions de Directeur général de Nokia – a répondu « Vous voulez rire ? »
”Bien sûr qu’on ne voyait pas la trajectoire qui serait celle de Nokia ; mais le rêve existait et l’envie de montrer ce qu’on savait faire était réelle. Le climat général était sombre en Finlande, au début des années 1990. Nous avons décidé de montrer que cette firme était capable de faire mieux. On n’a pas dit les choses avec plus de philosophie », constatait Ollila en dressant son bilan pour la revue Talouselämä.
Ollila a quitté son poste de Directeur général de Nokia le 1er juin pour devenir, à temps partiel, président du conseil d’administration tant de Nokia que de Royal Dutch Shell.
À côté de l’envie de faire ses preuves et des coïncidences heureuses, les innovations réussies et le niveau de la formation ont aussi jeté les bases du vigoureux essor que l’économie finlandaise a connu ces dernières années. Le rapport de l’OCDE sur la Finlande félicite le pays pour son système de formation, qui a réussi à produire efficacement des facteurs de croissance du P.i.b. Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) congratule aussi la Finlande pour son système de formation.
La réussite de ce système ne s’est pas fait en dix ans, c’est le fruit d’une période plus longue. Le rapport du comité parlementaire sur la technologie, rendu en 1980, préconisait l’augmentation sensible du financement de la recherche-développement. L’investissement dans le capital des connaissances s’est avéré être un choix judicieux ; en effet, sans investissements dans la recherche-développement, le savoir-faire technologique finlandais n’aurait pas tenu la route face à la concurrence internationale. Ces efforts furent déployés bien avant la récession ; la formation, qui relève des pouvoirs publics, n’a pas été élaguée durant la crise.
Le rapport sur la Finlande de l’OCDE est une lecture flatteuse, notamment dans ces termes: « le taux d’inflation est l’un des plus bas des pays de l’OCDE et l’excédent des administrations publiques est appréciable.» L’économie finlandaise présente des problèmes, l’OCDE est aussi de cet avis. Le taux de chômage - 8% - est élevé bien qu’il soit inférieur à celui de la zone Euro. Comparé aux autres États-Providence scandinaves, le taux de population active, par exemple, est faible en Finlande. L’âge moyen du départ à la retraite y est de 57 ans, contre plus de 60 en Suède et en Norvège.
Le problème sur lequel l’OCDE a également mis le doigt a déjà été résolu en Finlande. La grande réforme des retraites y est entrée en vigueur il y a un an ; elle prévoit d’augmenter de 2-3 ans l’âge moyen du départ à la retraite.
L’adhésion de la Finlande à l’UE s’est accompagnée d’une période d’expansion sans précédent ; cette expansion ne résulte pas uniquement de l’adhésion, mais l’UE a donné un coup de fouet salutaire, stimulant la confiance. Les entreprises finlandaises ont bien compris ce que l’adhésion peut apporter à l’économie. On peut l’observer quand on voit avec quel enthousiasme les entreprises finlandaises ont investi dans les établissements de production ainsi que dans les concepts de services, en particulier dans les États Baltes et dans les autres nouveaux États membres de l’UE. |