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La croissance économique russe

Economie > Politique économique
14-02-06
Auteur : Eljas Repo
Lorsqu’ils évoquent les années de la Guerre Froide, le commerce avec l’Est -  c’est à dire avec l’URSS, à l’époque – chez les Finlandais des images fortes. Les plus de trente ans  se souviennent certainement des actualités télévisées montrant les délégations commerciales finlandaises et soviétiques, dont les membres, engoncés dans d’épais manteaux et coiffés de chapkas diverses, échangeaient force poignées de mains.

Pendant plusieurs décennies, l’URSS fut un pilier du commerce extérieur finlandais. Machines et appareils industriels trouvaient leurs débouchés de l’autre côté de la frontière orientale, d’où l’on  importait de l’énergie et des matières premières. Dans les années 1980, ce commerce avec l’Est représentait encore un quart des exportations finlandaises.

Puis, l’URSS dériva vers le bouleversement politique et le commerce avec l’Est s’effondra. Ce qui avait été la base de son commerce extérieur ayant cédé, la Finlande traversa, au début des années 1990 une récession économique plus grave que dans aucun autre pays industrialisé. 

Sortie des affres de la récession, la Finlande s’engagea sur la voie d’une nouvelle réussite économique. L’industrie des technologies de l’information était, cette fois, le moteur de la nouvelle expansion, au tournant du millénaire ;  les traditionnelles branches de l’industrie qui avaient si bien profité du commerce avec l’Est, passaient au second plan.

L’an dernier, près de 800 millions de téléphones mobiles ont été vendus dans le monde ; Nokia en a fabriqué un tiers. Dans les pays occidentaux, ces accessoires  indiquent que l’on est ”branché”, le style et le côté personnalisé en plus. Toutefois, le gros de la croissance, ces prochaines années, ne viendra ni d’Europe ni  d’Amérique du Nord, mais d’ailleurs. Au premier plan figurent les économies en expansion comme la Chine et l’Inde, sans oublier la Russie qui draina les exportations finlandaises dans le passé.

”Au chapitre de l’évolution des marchés, nous nous sommes trompés; la croissance, en Russie, a en effet été dix fois supérieure à ce que nous avions prévu. Durant les 3-4 dernières années, le nombre des téléphones mobiles y a doublé chaque année”, déclarait Stefan Widomski, Directeur du Commerce international chez Nokia, en janvier, lors d’une journée thématique sur la Russie, organisée à Helsinki.

Widomski n’est pas le seul chef d’entreprise qui parle de la Russie sur un ton optimiste. Selon une enquête menée à la fin de l’année dernière par la revue boursière finlandaise Arvopaperi, les dirigeants des entreprises finlandaises cotées en Bourse voient les choses d’un tout autre œil qu’il y a encore quelques années : désormais, ils croient nettement plus  aux possibilités d’affaires avec la Russie voisine. Ils se félicitent du bon essor économique, de l’accroissement du pouvoir d’achat dans ce pays ainsi que de l’évolution de sa législation et du climat dans lequel les entreprises exercent leurs activités.

Rôle moteur des exportations – au tour des investissements!

Le climat a changé ; les statistiques relatives aux exportations l’indiquent, elles aussi. La Russie regagne rapidement sa position de principal partenaire commercial de la Finlande. L’an dernier, les exportations de cette dernière vers son voisin oriental équivalaient presque au total cumulé des exportations vers deux autres partenaires commerciaux importants de la Finlande, à savoir la Suède et l’Allemagne.

Dans la perspective de l’économie finlandaise, l’effet d’entraînement joué par la Russie est tout à fait bienvenu; ces dernières années, en effet, la croissance économique des États membres de l’Union européenne a été difficile. Dans la zone Euro, au cours des quatre dernières années, la croissance du p.i.b. a varié entre 0,7 et 2,0%, tandis que l’économie  russe connaissait  des taux de croissance compris entre 4,7 et 7,3%.

Le Directeur de l’Institut de recherches des Économies en transition de la Banque de Finlande, Pekka Sutela, fait observer que le potentiel qui émerge en Russie est encore beaucoup plus important que les chiffres de croissance permettent de penser. À Moscou et à Saint-Pétersbourg, principales zones de marché pour la Finlande, le développement est nettement plus rapide que la moyenne du pays.

” Vu dans une perspective finlandaise, le marché russe continue de croître à un rythme qui est même supérieur à 20% par an”, constate Sutela dans son article intitulé ”La croissance, en Russie, va-t-elle se poursuivre?”

Si l’effet d’entraînement de l’économie russe est bien visible dans les statistiques relatives aux exportations, force est de constater que l’on n’observe pas la même progression nette au niveau des investissements des entreprises finlandaises. Mais, pour les chefs d’entreprises comme pour les économistes, une chose est claire: le flux de capitaux finlandais vers l’autre côté de la frontière sera de plus en plus vigoureux dans les prochaines années.

De nombreuses entreprises finlandaises ont déjà investi en Russie dans la production et dans les activités commerciales. Stockmann a des grands magasins à Saint-Pétersbourg et à Moscou, Nokian Tyres fabrique des pneus de voitures dans la région de Leningrad, Elcoteq fait de l’assemblage électronique à Saint-Pétersbourg et le Groupe PKC à Kostamuksha, Tiivi produit des fenêtres à Mourmansk et Fazer du pain à saint-Pétersbourg.

Les entreprises de construction finlandaises comptent parmi les nouveaux conquérants du marché russe. Le groupe YIT n’y réalise que 3% de son chiffre d’affaires; mais la direction de ce groupe attend de la Russie une vigoureuse impulsion, en terme de croissance, dans les prochaines années. Dans le sillage de YIT, Ramirent s’implante sur le marché russe du leasing des engins de construction.

Les investisseurs ont récompensé les projets russes  des sociétés finlandaises cotées en Bourse par une augmentation des cours. La valeur des actions de YIT et de Ramirent s’est renforcée, gagnant plus de 100% durant la dernière année écoulée. Les hausses des cours – gain de 65% pour le transformateur de viande Atria et de 50% pour la société de vente au détail Stockmann – expliquent que les investisseurs attendent une vigoureuse expansion de leurs activités commerciales à l’Est.

À titre privé, également, les Finlandais affichent un intérêt enthousiaste pour la Russie. Près de 50.000 d’entre eux ont acheté des parts dans des fonds de placement en Russie. Une demi-douzaine de sociétés de fonds de placement, qui visent uniquement des actions russes, ont ainsi vu le jour en Finlande.  Le rendement du meilleur fond, Seligson Prosperty Russia, a atteint 136% ;  le plus faible, FIM Russia, a vu sa valeur augmenter de 69%, chiffre non négligeable. 

 

 

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