| La Finlande lauréate |  |
Le titre de pays le plus compétitif du monde a suscité un vif débat. De quoi fournir aussi matière à réflexion et analyses aux éditoriaux des journaux et à alimenter les programmes-débats télévisés ainsi qu’au niveau des prises de position dans le dialogue sociétal.
On prétend souvent que l’éloge, lorsqu’il vient de l’étranger, flatte l’amour-propre des Finlandais. Et pourtant, le premier rang du classement établi par le World Economic Forum n’a pas provoqué la grande vague de satisfaction à laquelle on pourrait s’attendre. Le ronronnement de contentement s’est bien vite estompé devant des questions plus graves. Comment est-il possible que dans le pays le plus compétitif de la planète le chômage reste figé au taux de 9% ? Pourquoi l’économie finlandaise n’a-t-elle pas bénéficié plus fortement de la hausse de l’économie mondiale?
Les économistes qui se sont penchés sur la compétitivité de l’économie finlandaise aux fins d’évaluation rappellent que la comparaison ne tient pas compte de toute la réalité de la situation économique, pas plus d’ailleurs que ne le font les indicateurs individuels. Si la Finlande brille à la première place du classement, c’est avant tout parce que les conditions qui y prévalent sont idéales pour les grandes entreprises dont les activités s’orientent vers le commerce extérieur. La main-d’œuvre du pays est hautement qualifiée et possède de solides savoir-faire. La politique économique est claire et prévisible. La justice fonctionne de manière irréprochable, dans une société où la corruption ne foisonne pas.
De telles structurelles sociétales qui confortent le développement et le savoir-faire valent de l’or, dans n’importe quel pays. Mais elles ne garantissent pas, à elles seules, la réussite économique.
La Présidente de la République Tarja Halonen a su se réjouir de la réussite de son pays au chapitre de la compétitivité. Madame Halonen a déclaré au journal Salon Seutu que le succès dans la comparaison internationale démontre que la société finlandaise a bien fait ses devoirs et bien appris ses leçons. La Présidente estime que son pays continuera de faire bonne figure si le savoir-faire et les innovations sont à l’honneur. | Croissance économique modérée en perspective |  |
La Banque de Finlande et la plupart des agences de pronostic tablent sur une croissance économique d’environ 3% pour l’année en cours et la suivante. Un rythme tout à fait acceptable si l’on prend comme comparaison les périodes historiques à plus long terme. Les perspectives d’une conjoncture somme toute favorable dissimulent aussi des motifs de préoccupations.
L’industrie exportatrice finlandaise n’a pas fait montre d’un grand enthousiasme sur s’engager sur la voie d’une expansion soutenue alors que l’économie mondiale connaît sa plus forte expansion depuis des décennies. Le volume des exportations finlandaises n’a pratiquement pas augmenté depuis le premier semestre de l’an dernier.
Parmi les branches industrielles les plus importantes, la métallurgie de base tourne à un régime très soutenu au chapitre de son commerce extérieur ; mais dans les secteurs traditionnels de la filière bois-papier, les activités ont été maussades en raison de l’avarice des marchés en Europe. Dans l’électronique et sous l’étoile de Nokia, les exportations ont été saccadées, ce qui peut s’expliquer par les rapides virages de production négociés par l’acteur mondial qu’est Nokia.
Le sort réservé aux investissements est une des questions brûlantes de l’actualité économique en Finlande. À l’exception de l’industrie électronique, les entreprises ont investi avec réserve dans l’appareil de production, ce qui se reflète dans les chiffres à l’exportation. Le taux d’investissement, en Finlande, reste inférieur au niveau moyen de la Zone Euro, et les enquêtes menées dans l’industrie ne promettent pas de rapide amélioration. La menace pèse : la réforme des structures de l’économie risque de se faire attendre.
Pourquoi n’investit-on pas alors que le pays est compétitif ?
Pourquoi les investissements ne sont-ils pas fébriles dans le pays dont l’économie est la plus compétitive du monde? Les entreprises ne vivent pas dans une économie nationale mais dans une économie mondiale. Elles augmentent leur production là où il est sensé de le faire en terme d’activités commerciales et de coûts. Mais les cours de la Bourse jouent aussi un rôle. Si la valeur d’une entreprise sur le marché est en perte de vitesse, les investissements s’essoufflent facilement et se mettent en veilleuse.
Les entreprises de qualité ne manquent pas à la Bourse d’Helsinki ; mais, à l’exception de Nokia et des entreprises forestières, les transactions restent maussades. Lorsque l’argent ne circule pas, les valeurs peinent à décoller. Il s’ensuit que les entreprises de pointe finlandaises, faiblement cotées, finissent dans les filets des acheteurs étrangers. Le géant américain General Electric a fait l’acquisition du fabricant d’appareillages hospitaliers Instrumentarium et l’italien ALI Group a racheté Hackman, réputé pour ses accessoires et ustensiles de cuisine. Des entreprises de technologie reprises à l’étranger ont également disparu de la Bourse d’Helsinki.
Le monde n’est jamais achevé. Grâce à ses structures compétitives, la Finlande possède de solides moyens de base pour réussir, mais le reste est une affaire de réglage de précision. Les récentes décisions du gouvernement relatives à la fiscalité des entreprises visent à attirer les investissements. Si la formule réussit, l’image de l’économie dans son ensemble s’éclaircira. | Statistiques |  |
LES PAYS LES PLUS COMPÉTITIFS DU MONDE
1. Finlande
2. États-Unis
3. Suède
4. Taïwan
5. Danemark
6. Norvège
7. Singapour
8. Suisse
9. Japon
10. Islande
Source: World Economic Forum, octobre 2004 |