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La Finlande à l’heure chinoise

Economie > Politique économique
07-09-06
Auteur : Jean Pierre Frigo
Contrairement à Paris, Helsinki ne possède pas de quartier chinois: ni Chinatown, ni XIIIème arrondissement ou Chinagora dans la capitale finlandaise. Pourtant dès l’automne 2006, des sociétés chinoises s’implanteront plus systématiquement en Finlande. Voir aussi le site ASEM le sommet Europe-Asia qui se déroule en Finlande ce week-end. photo: La gare de Kouvola/ Kouvola Innorail Ltd

Kouvola, ville moyenne (40.000 H) du Sud-Est de la Finlande accueillera cette avant-garde. Mais pourquoi cette petite ville plutôt qu’Helsinki ou Tampere, villes prestigieuses? Et pourquoi pas Lappeeranta, Imatra ou Joensuu, villes traditionnellement considérées comme les portes de l’Est vers la Russie et l’Asie? Et quel impact, en général, cette implantation peut-elle avoir sur la Finlande et ses voisins?

Priorité à la logistique

En 2006, les relations commerciales Finlande-Chine sont passées au beau fixe puisque la Chine est devenue le plus grand partenaire commercial de la Finlande en Asie. A l’inverse, la Finlande s’est imposée comme partenaire n°1 de la Chine en Europe du Nord. Et Kouvola? En une phrase, c’est l’embranchement ferroviaire clé de l’Est de la Finlande. Situé sur la voie ferrée Helsinki-Saint Pétersbourg-Moscou, Kouvola est la première gare post-frontière d’où partent des lignes desservant la Finlande dans toutes les directions. D’abord, évidemment, vers l’est, la Russie et la Chine, via le Trans-Sibérien. Ensuite, vers le nord, la Suède et la Norvège, puis vers le sud et le port de Kotka, sur le Golfe de Finlande, enfin vers l’ouest, Lahti, Tampere et Helsinki. Sa position géographie fait de Kouvola la plaque tournante entre l’Europe du Nord et  les deux géants mondiaux que sont la Russie et la Chine. Mairie de Kouvola / Kouvola Innorail Ltd/ Johannes Wiehn

A Kouvola, quelques personnalités l’ont compris dès 2001 quand le maire Aimo Ahti, accompagnée de la PDG Sirkku Seila, est partie en Chine à la recherche de partenariats. Un voyage fructueux puisque les deux Finlandaises réussirent à vendre l’idée de Kouvola comme centre d’affaires pour les entreprises chinoises:

La panacée rail-container

Actuellement, la liaison maritime Chine-Europe prend environ deux mois par bateau. Quant à l’avion il revient beaucoup trop cher. La  solution idéale est le chemin de fer, qui allie rapidité et faible coût. En l’occurence, le Trans-Sibérien Moscou-Pékin utilisé de façon rationnelle améliorerait les communications de façon décisive.

Pour ce faire Jani Tikkanen, directeur d’Innorail à Kouvola, ne jure que par des trains porte-conteneurs, concept déjà utilisé pour les bateaux et accélérant le traitement des marchandises: “Nous venons d’investir 16 millions d’euros dans un ensemble rail-containers, qui fonctionne déjà très bien”, martèle-t-il. Et les entreprises chinoises sont partantes. Le seul obstacle reste la traversée de la Russie, 8.000 kms quand même:

“Dès qu’un accord interviendra sur le  prix à payer aux chemins de fer russes, nous pourrions commencer, au printemps 2007, avec un train par semaine, mais au bout de 2 ou 3 ans, nous envisageons un train par jour, et ce dans les deux sens”, déclare Matti Anderson, directeur du marketing pour VR (Valtion Rautatiet), la SNCF finlandaise. Et Jani Tikkanen d’ajouter:

“Nous en sommes à tester les contrôles douaniers électroniques  à la frontière russe, modernisation qui accélérerait les passages en réduisant à un seul jour le transit en souffrance, au lieu des trois jours actuels. Pour la Finlande, l’utilisation du rail diminuerait d’autant un trafic de camions se densifiant chaque jour un peu plus entre Finlande et Russie. 

Et les automobiles arriveront

A Kouvola, Sirkku Seila, PDG d’ Yritysmagneetti, le centre d’affaires chinois de Kouvola, a mis en place une collaboration avec trois hommes d’affaires de Chine du Sud-Est. Ces derniers ont racheté une ancienne laiterie désaffectée et l’ont rénovée pour en faire un centre d’affaires destiné à accueillir 120 sociétés chinoises:

“Nous allons commencer par l’importation de vêtements, de chaussures, de meubles et d’appareils ménagers. Au-delà nous visons les automobiles”, déclare Sirkku Seila. Résident à Kouvola depuis onze ans, Lao Hua Fu, importateur d’équipements de pompage, a, de son côté déjà attiré une trentaine d’entreprises chinoises.

Pour 500.000 euros, il vient de faire acquisition d’un immeuble à rénover de 42 appartements afin de loger les hommes d’affaires chinois. Côté cocasse de ce projet: on parle toujours des industriels occidentaux partant s’installer en Chine mais bien plus rarement des entrepreneurs chinois s’implantant à l’Ouest:

“Notre chance a été que des hommes d’affaires chinois cherchaient un centre de tri ferroviaire ayant capacité à toucher les Pays Nordiques, la Russie du Nord-Ouest ainsi que le Nord de l’Europe continentale (Pologne et Allemagne du Nord). Et, leur choix s’est porté sur Kouvola!”, explique Sirkku Seila. A Kouvola personne n’ignore non plus que progressivement les usines de bois-papier de la région fermeront leurs portes. Cette nouvelle connection Finlande-Chine représente par conséquent un avenir possible pour la région.

Certains vont même jusqu’à dire que l’innovation européenne y trouvera son compte à partir du moment où certains produits semi-finis en provenance d’Asie seront transportés plus rapidement vers l’Europe du Nord pour finition.

Étonnement

Si Kouvola est en passe de devenir le Chinatown finlandais d’autres villes de Finlande ont déjà été distinguées, mais davantage pour l’éducation ou l’apprentissage. A Kemi, au nord du golfe de Botnie, à deux pas du Cercle Polaire, la Chine a engagé des négociations pour envoyer 60 collégiens de 12-13 ans afin qu’ils commencent à apprendre le finnois, dans un premier temps et complètent  un diplôme professionnel, dans un second temps.

Cette initiative inédite a provoqué un certain étonnement  dans une ville qui se plaint facilement d’être oubliée. “Les Chinois cherchent probablement à parvenir à mettre en place des échanges scolaires, les écoles professionnelles chinoises pouvant ensuite recevoir des étudiants finlandais”, estime un responsable local.

A Helsinki, l’université compte déjà une centaine d’étudiants chinois y accomplissant un cycle d’études: “Nous avons en ce moment 60 étudiants chinois en licence et maîtrise et 38 poursuivant un cursus de doctorat”, dénombre Markus Laitinen, responsable du département international.

“Ces étudiants optent pour les matières scientifiques et les Sciences Sociales, au niveau de la licence, et pour les études en médecine, agriculture et foresterie, au niveau du doctorat”, continue-t-il. D’une façon générale, Markus Laitinen pense que les étudiants étrangers viennent en Finlande attirés par la gratuité des frais d’études et le haut niveau d’enseignement dans les matières scientifiques.

      

 

 

Liens

www.innorailkouvola.fi/

 
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