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Crise économique globale

Economie > Politique économique
10-03-09
Auteur : Jean Pierre Frigo
Fait peu connu ou déjà oublié: de 1991 à 1994 la Finlande a connu la plus grave crise économique de son histoire. Cette crise a aussi été la pire à laquelle un pays occidental ait eu à faire face après la Crise de Wall Street de 1929-1933.  Photo: Vesa Lindqvist/Eduskunta  

La crise de 1991-94 est née simultanément de trois phénomènes: d’abord de l’effondrement de l’URSS, pays absorbant 25-30% du commerce finlandais à l’époque, ensuite de la récession dans l’Union Européenne, due à la réunification allemande, enfin à une “bulle de consommation” , avec des ménages finlandais surendettés, bulle qui éclata en 1991.

Dès 1991 l’économie finlandaise plongeait rapidement amenant le pays à deux doigts de la faillite: dette publique explosant de 10 à 65%, taux de chômage passant en deux ans de 4 à 20%, taux de croissance perdant 12 points en un an. Ce n’est que grâce à la locomotive Nokia, puis, dans la foulée, au boom de la High-Tech que l’économie finlandaise se redressa à partir de 1997. Entre temps, le pays avait adhéré à l’Union Européenne (UE), en 1995, avant d’adopter l’euro en 2002.

Globale, la crise économique actuelle pourrait laisser croire que le parallèle avec la crise de 91-94 est impossible à établir. Il n’empêche que chaque pays-membre de l’UE a toute latitude de faire ses grands choix macro-économiques, surtout en matière de politique fiscale, domaine réservé de chaque État.

Erkki Liikanen, directeur de la Banque de Finlande, Sauli Niinistö, président actuel de l’Eduskunta, Parlement finlandais et Esko Aho, membre du directoire de Nokia, ont tous les trois des acteurs, avant, pendant et immédiatement après la crise de 1991-94. Comment agiraient-ils s’ils étaient à nouveau “aux affaires”?

Erkki Liikanen, responsable mais pas coupable


Gouverneur de la Banque de Finlande depuis 2004 mais de 1987 à 1990 occupant le poste de ministre des Finances, Erkki Liikanen a certaines responsabilités dans l’agravation de la crise de 91-94. Il avait alors pris des mesures favorisant le crédit et la consommation, contribuant ainsi aux problèmes le moment venu. Personnage plein d’allant, d’humour et de vivacité, il n’existe pas chez lui la moindre trace de repentir pour ses responsabilités d’avant-crise.

En revanche, on peut indubitablement lui faire confiance pour l’observation attentive des facteurs provoquant une crise économique: “Les Finlandais savent, eux, ce qu’est une crise économique sévère et ça leur donne actuellement une grande prudence”, généralise-t-il. Erkki Liikanen se félicite que les finances publiques de la Finlande soit saines contrairement à celles d’un autre pays nordique, le Danemark, endetté à niveau de 30% de son budget. Ce qui lui fait dire que le gouvernement de M. Vanhanen dispose d’une plus grande marge de manœuvre que son homologue danois ou que celui, en Finlande, de M. Esko Aho de 1991 à 1995.

“Il faut prendre des mesures limitées, bien ciblées et temporaires”, martèle-t-il. Il voit cette crise économique prendre trois visages différents en Europe: en Espagne c’est le BTP qui est touché de plein fouet, en Islande c’est une crise financière. Sinon c’est une crise qui peut toucher indirectement des pays comme la Finlande et la Suède très dépendants de la situation économique mondiale: “La Finlande a bien profité de la récente prospérité globale mais notre pays risque de souffrir de la mauvaise santé des autres”, observe-t-il. Autrement dit si le commerce mondial tousse, la Finlande s’enrhume.

Erkki Liikanen espère que le gouvernement finlandais ne va pas se réfugier derrière une stratégie protectionniste. Plus généralement, il souhaite le renforcement du système financier international avec un FMI intégrant les grands pays émergents (Chine, Brésil et Inde). Pour finir il attend avec impatience la réunion du G20, le 2 avril prochain: “Il nous faut absolument arriver à une coordination des grandes banques centrales”, mesure qui ne serait pas pour déplaire au Gouverneur de la Banque de Finlande.

Sauli Niinistö et la protection de la famille


Homme politique finlandais le plus populaire après la présidente Tarja Halonen - Sauli Niinistö pourrait bien devenir le prochain président de la République.

M. Niinistö possède une longue expérience au poste de ministre des Finances puisqu’il fut celui de “redressement d’après-crise”, de 1996 à 2003 alors que Paavo Lipponen était premier ministre. Actuellement président de l’Eduskunta - Assemblée Nationale finlandaise - il se sent visiblement les coudées plus franches que Erkki Liikanen ou Esko Aho, en prise directe, avant et pendant la crise de 91-94.

Un événement qu’il relativise pour préciser que ce n’était pas le chaos: “A l’époque, 80% de la population a bien résisté à la crise qui n’a touché réellement que 20% des Finlandais. Aujourd’hui, il faut bien comprendre que la crise actuelle ne touchera que 10 à 15% des Finlandais, dans le pire des cas.” 15% des Finlandais, cela représente, bon an, mal an, 700 à 800.000 personnes! Sauli Niinistö tempère immédiatement ce sombre pronostic: “Nous les politiques devons être très attentifs à ce que nos concitoyens, qui vivent selon les règles et style de vie qu’on leur a inculqué, ne subissent pas de contrecoup en se voyant brutalement pénalisé. Ce serait un vrai désastre si les classes moyennes perdaient la foi en notre type de société”.

La grande idée du président de l’Eduskunta est de protéger avant tout les familles, de tout faire pour leur garantir le logement qu’elles ont acquis à grands frais, même si dans un premier temps les gens ne peuvent pas rembourser leurs emprunts: “Afin qu’il n’y ait pas d’expropriations nous pourrions imaginer une sorte de loyer permettant aux gens de continuer à vivre dans leur maison. De cette façon, ils reprendraient le remboursement de leurs prêts plus tard, quand l’économie aurait repris son cours normal.”

Une autre idée originale chère à M. Niinistö serait de pousser les banques à réinvestir leurs dividendes dans la R&D (Recherche et Développement) et dans le domaine de l’Éducation. “Sur le plan financier, il faudrait stabiliser les monnaies entre UE, Chine, USA et Russie. Pour la Finlande c’est aussi très important que le rouble russe reste stable”. La Russie est redevenue depuis deux ans le partenaire commercial n°1 de la Finlande, son principal fournisseur et son 2ème client: 1991, le retour?

Esko Aho, un “premier ministre de crise” prolixe en conseils


Premier ministre de 1991 à 1995, Esko Aho semble ne s’être jamais vraiment remis de n’avoir pas trouvé les réponses adaptées à cette crise de 91-94 qui, de récession s’est transformée en dépression en 1993 (-7%). Il reconnaît volontiers que sous le coup de la surprise et par incrédulité il a commis certaines erreurs de jugement: “Nous avons réagi bien trop lentement.

Chaque jour nous avions l’impression de vivre un cauchemar dont nous allions très vite sortir le lendemain. Nous n’avons donc pas pris les avertissements du patronat au sérieux.” Après 1995, M. Aho s’est progressivement retiré de la scène politique, surtout après sa défaite à la présidentielle de 2000 contre Tarja Halonen. Après avoir été directeur du SITRA, fonds de financement de l’innovation finlandais, il est devenu un des membres du directoire de Nokia (relations publiques et responsabilité). De nos trois interlocuteurs, si Erkki Liikanen a contribué à former la crise de 91-94 et Sauli Niinistö a géré la relance de 1996-1999, il est le seul à s’être débattu au coeur de la tourmente, au cours d’une des périodes les plus sombres de l’histoire de la Finlande.

“Il ne faudrait pas oublier qu’une crise économique ne représente pas uniquement une menace mais une opportunité: confronté à un choc d’une telle ampleur les gens acceptent plus facilement des changements importants, d’accroître leur mobilité et de passer d’un secteur à un autre”, pose-t-il alors qu’il nous reçoit au rutilant siège de Nokia, à Keilalahti.

Tout un symbole, Nokia étant justement l’”enfant” de la crise de 91-94 quand ses dirigeants, en accord avec un gouvernement finlandais qu’il dirigeait, décidèrent de tout miser sur la téléphonie mobile avec le succès que l’on sait.

Il insiste donc en connaisseur: “Ne touchons  ni à l’Éducation, ni à la R&D, deux secteurs absolument clés pour la Finlande. Souvenons qu’entre 1991 et 1995, le TEKES (fonds de financement des nouvelles technologies) a augmenté ses dépenses de + 70%, en dépit du marasme économique alentour.” Et le TEKES a généreusement contribué à relancer Nokia en 1994-95 quand Jorma Ollila, PDG de Nokia de 1992 à 2006 opta pour la téléphonie mobile.

“Enfin, conclut M. Aho, je suis d’avis que les banques interviennent sur des périodes aussi brèves que possible. Les banques doivent servir à contrôler certains secteurs de l’économie et à en améliorer l’efficacité. Un point c’est tout!” A l’instar de M. Obama, M. Aho préconise d’investir dans les technologies “vertes” et le développement durable. Dans un futur assez proche, il voit la téléphonie mobile jouer un rôle-clé dans l’éducation et la formation des pays jeunes de l’Afrique.


  

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