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Economie > Politique économique
05-04-07
Auteur : Jean Pierre Frigo
Certains ont littéralement halluciné en apprenant les bons chiffres de la croissance du PNB finlandais début mars: + 5,5%, alors que la plupart des pays européens se traînent entre 1,5 et 2%. Feu de paille ou tendance lourde? photo Tero Pajukallio

Passé de 2,9%, en 2005, à 5,5% en 2006 le taux de croissance finlandais a accompli un sérieux bon en avant. À l’ETLA d’Helsinki, Institut national de la recherche économique, Pasi Sorjonen, directeur du département Prévisions modère: “Cette augmentation est toute relative puisque les chiffres de la croissance de 2005 étaient exceptionnellement bas à cause du manque à gagner venu des grandes grèves subies par l’industrie du bois-papier”.

3% sur dix ans


Reste que les exportations de bois ont augmenté de +13% en volume et de +17% en valeur nette. Et que les chantiers navals ont connu une croissance de +130% du fait de la vente à l’export de plusieurs bateaux de croisières géants.

Il n’empêche que pour Pasi Sorjonen le gouvernement finlandais n’y est pour rien: “Même si les promesses faites par le Premier Ministre Matti Vanhanen vont finir par se réaliser (des 100.000 nouveaux emplois promis, nous en sommes déjà à 90.000), la politique gouvernementale n’a en rien boosté des bons résultats principalement dûs à la croissance de l’économie mondiale qui a dopé, à son tour, la croissance finlandaise”, explique Pasi Sorjonen.

Au passage,  l’Allemagne est redevenue en 2006 le client n°1 de la Finlande, la Russie rétrogradant de la première à la troisième place. Il va de soi que la reprise économique de l’Allemagne, sortant enfin du marasme de 15 ans causé par sa Réunification a également joué un rôle non-négligeable dans la performance finlandaise. La Suède garde sa deuxième place dans le peloton de tête des clients de la Finlande: “Encore une fois tout cela était absolument prévisible puisque sur les cinq dernières années la croissance finlandaise a évolué à un rythme de 3%, en moyenne. Nous pensons que ce rythme sera aussi tenu dans les cinq années à venir”, poursuit Pasi Sorjonen.

Stratégie à trouver


De 2001 à 2006, la croissance moyenne de l’Union Européenne (UE) s’est établie à 1,4% et les USA, quant à eux, ont connu une moyenne de 2,4%. La Finlande se place donc, une fois de plus, hors des sentiers battus. À nouveau Pasi Sorjonen dédramatise: “La croissance ne doit en aucun cas être notre objectif n°1 quand il nous faut relever le défi du vieillissement de la population”. Effectivement sans main d’oeuvre qualifiée ou suffisante, pas de croissance possible et la Finlande étant sortie de la Deuxième guerre mondiale dès 1944 a bénéficié du baby-boom avant les autres pays occidentaux. En retour, elle devient le premier pays à prendre de plein fouet le choc du vieillissement, ses baby-boomers partant en retraite chaque année plus nombreux depuis 2006. Selon le cadre d’ETLA un deuxième défi majeur est celui de la globalisation car la Finlande se désindustrialise à marches forcées, les entreprises du cru partant se délocaliser dans les pays à main d’oeuvre bon marché (ex-Pays de l’Est, Inde, Chine, etc…). Pasi Sorjonen s’interroge pour savoir si les instances dirigeantes trouveront la bonne stratégie pour sortir son pays de l’impasse du vieillissement: “Selon les règles économiques la croissance se construit sur une population active en augmentation et un regain d’activité. Même si ce dernier est au rendez-vous, que ferons-nous si nous ne trouvons plus de personnels?”

Effectifs à basculer


Apparemment Pasi ne fait pas partie des optimistes qui veulent croire à toutes fins que des classes d’ingénieurs indiens, chinois ou philippins, parfaitement formés et éduqués, débarqueront en Finlande leur ordinateur sous le bras pour se mettre au travail dans des conditions idéales: “Selon nous la solution la plus réaliste et la plus faisable serait de faire passer une bonne part des effectifs du secteur public dans le secteur privé. Le gouvernement a entamé cette réforme mais elle est loin d’être achevée”. De façon optimale, il faudrait que les effectifs du secteur public se déversent, suivant l’exemple des vases communicants, dans le secteur privé:

“Déjà il est possible de remarquer que le secteur public ne peut pas assurer la totalité des activités tournant autour de ses missions. Ainsi, il va de soi qu’il faudrait désinvestir totalement l’activité “cantines” pour la confier à des entreprises privées dont c’est la vocation”, propose Pasi Sorjonen. Il en irait de même avec les transports. Pour garder un haut niveau à l’export, force traditionnelle de la Finlande, il faudrait que le secteur privé dispose de l’excès de main d’oeuvre généré par le secteur public. Ce retournement de perspective passe par la réforme des communes sur laquelle le gouvernement est revenu: “Nous avons actuellement 420 municipalités sur le territoire finlandais. Je peux vous dire que ce chiffre pourrait  être réduit à une centaine, ce qui permettrait de substantielles économies d’échelles”, martèle Pasi Sorjonen.

Réduire le nombre des communes


Avec le problème des retraites à résoudre et la réforme des communes - et de l’administration de l’État - à réaliser, la Finlande se retrouve placée devant une magnifique opportunité (“c’est l’occasion du siècle!”, nous confiera Pasi Sorjonen) de faire la preuve de son efficacité. Le succès de ces deux réformes donnerait à nouveau un exemple aux pays de l’UE encore hésitants. “ Pour la réforme des communes, les adversaires les plus résolus seront issus des petites communes de province où la mise en œuvre de cette réforme équivaudra à un abandon de pouvoir pour la plupart”, révèle Pasi Sorjonen. Inutile d’être grand clerc pour s’apercevoir que diminuer par quatre le nombre des communes réduira d’autant le nombre des édiles et autres dirigeants communaux. Ceux-là risquent de freiner des quatre fers, au risque d’alourdir considérablement le dynamisme économique du pays.

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Une spécialité: la bonne tenue des comptes de l’État finlandais

En  2006 la Finlande aura été le pays du surplus: le gouvernement a enregistré un surplus s’élevant à 1,6 milliard d’euros. Les revenus de l’État provenant des impôts et taxes ont augmenté de 3,6% et les reversements fiscaux en direction des instances locales (communes) ont augmenté de 9,5%. Les revenus des dites-communes ont grimpé de 6,8%. La dette publique ne s’élevait qu’à 39,1% du PNB finlandais. Quant à la part des dépenses publiques par rapport au PNB elle tombait de 50,5 à 48,6%. Qui dit mieux?

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SAK, le grand syndicat finlandais revendique sa part de succès

A SAK, syndicat finlandais de plus de 1 million de membres, Olli Koski, économiste-en-chef estime que l’accord sur les salaires de trois ans signés en septembre 2004, valable jusqu’en septembre 2007, joue un rôle certain dans la bonne santé économique de la Finlande: “Ça a débouché sur un équilibre et une stabilité accrus, une inflation maîtrisée et donc une vraie croissance”, précise-t-il. En Finlande, la paix sociale repose sur le triangle État-Syndicats-Patronnat permettant d’éviter les grèves trop longues ou imprévues. Olli Koski établit à plus de 3% l’augmentation du pouvoir d’achat sur trois ans, inflation comprise. “Notre véritable préoccupation est le chômage: avec 7,2% la Finlande est encore à la traîne par rapport au Danemark (4%) et à la Suède (5,5%). Optimiste, Olli Koski prévoit que la Finlande peut arriver à 5% de taux de chômage une fois les premiers baby-boomers partis en retraite quand le patronat finlandais se décidera alors, contraint et forcé à réembaucher les chômeurs longue-durée: “Nos recherches nous montrent que ces derniers se retrouvent en bien meilleure condition que l’on veut bien le dire. Leur embauche tirera les chiffres du chômage vers le bas.”


Selon l’économiste du SAK, le gouvernement de Matti Vanhanen a pris une bonne décision, en 2003, quand il a réduit la pression fiscale alors que la conjoncture internationale était morose: “Mais pour 2005 et 2006, nous sommes d’accord avec ETLA: la bonne situation internationale a tiré notre croissance vers le haut!”.

     

Liens

      
- www.etla.fi (site d’ETLA)
- www.intermin.fi (site du Ministère de l’Intérieur)
- www.vnk.fi (site du gouvernement finlandais)
- www.sak.fi
- www.ek.fi
- www.suomenpankki.fi (site de la Banque de Finlande, en finnois)
- www.bof.fi (site de la Banque de Finlande, en anglais)

 
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