| Risque signalés |  |
Parmi les pays informatisés où les hautes technologies, la hi-tech, jouent un rôle-clé, la Finlande a régulièrement été classée dans les trois premiers, de 1999 à 2003. Généralement pour le nombre de connections internet par habitant, pour la compétitivité ou la formation scolaire (PISA), pour la part dévolue à la Recherche (R&D) par rapport au PNB, entre autres catégories. Début 2005 des responsables éducatifs venus du monde entier s’étaient donné rendez-vous à Helsinki pour célébrer la première place PISA de la Finlande. Récemment la Banque Mondiale citait la Finlande comme l’exemple idéal de société reposant sur les savoirs, basée sur la connaissance (knowledge based society, comme disent les anglo-saxons).
Malgré ces bons résultats apparents, Mika Naumanen et Pekka Pellinen en affinant leur analyse de la société de l’information finlandaise signalent certaines tendances susceptibles, selon eux, d’affaiblir la position de la Finlande en tant que pays parmi les plus informatisés dans le monde. | France absente |  |
Chercheurs à VTT (Valtion Teknillinen & Tutkimus keskus), le laboratoire national de recherche finlandais situé à Helsinki, Mika Naumanen et Pekka Pellinen font partie de l’association universitaire de la recherche technologique (TAL). Début 2004 la première version de leur baromètre technologique était publiée, regroupant un large éventail de données affinées sur l’état de la société de l’information en Finlande. Cette première version tirait déjà la sonnette d’alarme et en mettant en avant un essoufflement de la position finlandaise.
Sortie en août 2005, la deuxième version confirme ce relatif affaiblissement de la Finlande en tant que société de l’information: “Par exemple les investissements publics finlandais ont reculé de 7% au moment où ils croissaient de 8% chez nos concurrents”, s’inquiète Mika Naumanen. Les sept pays rivalisant avec la Finlande dans ce classement sont: la Suède, Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne, USA et Japon. Bizarrement, la France n’y figure pas. Erreur de casting ou dures réalités économiques? | Fléchissement à l’international |  |
La trop vague appellation de “société de l’information” ne séduit visiblement pas les deux compères pour les besoin de leur analyse. Ils proposent une autre grille: éclater le concept de “société de l’information” en trois phases distinctes: société d’accès à l’information (système scolaire, éducation et formations générales, investissements en recherche et développement de produits), puis société d’utilisation de l’information (compréhension et contrôle de l’information, utilisation des technologies de communication, compétences scientifiques et technologiques), enfin, société basée sur la connaissance (entreprenariat et modernisation, adaptation aux nouveaux savoirs, mise en réseau et internationalisation).
“Justement, nous pensons que c’est dans ce dernier secteur que le bât blesse le plus, surtout en matière de volonté de mise en place de réseaux internationaux et d’internationalisation, tout simplement”, continue Mika Naumanen. Selon eux, c’est justement de la société basée sur la connaissance, des relations internationales que dépend le futur. Ce secteur serait comme une locomotive qui ne doit pas s’essouffler. Pourtant, les deux chercheurs constatent un net fléchissement des investissements finlandais en haute technologie vers l’étranger. Obstacle de la langue? Sensation d’éloignement des Finlandais envers les non-Finlandais? Manque de pratique dans les contacts? On se perd en conjectures! Les chercheurs trouvent les failles mais laissent à d’autres le soin de les expliciter. | Les Danois fascinent |  |
“Le plus cocasse est qu’au même moment où les autres nations classent la Finlande au plus haut niveau, nous, Finlandais, relativisons le compliment et tentons de remettre les choses à leur place”, ironise Mika Naumanen. En fait il s’agit de toute la différence entre la situation présente, en 2005, et la situation future à trois ou cinq ans, déjà prévisible. Le baromètre montre que si la situation finlandaise est bonne, en valeurs absolues, elle se dégrade en valeurs relatives, en classements: “Ici nous avons un point crucial parce que les investissements internationaux iront toujours vers les pays les mieux classés, au détriment des moins bons. Au moment de la bulle informatique de l’an 2000, la Finlande caracolait en tête et a bénéficié de flux financiers importants”, précise Mika.
La seule comparaison entre la Suède et la Finlande laisse rêveur puisque les Suédois arrivent systématiquement devant les Finlandais, sauf dans le domaine des petites PME privées, note Mika: “La Suède est intéressante: c’est un pays doté d’un secteur public très puissant et d’entreprises géantes, un peu comme la France. Le talon d’Achille des Suédois demeure la modestie de leurs investissements privés et la Finlande s’apparente aussi malheureusement à la Suède!”, ce que Mika et Pekka déplorent franchement. Pour eux le modèle idéal de la Finlande devrait être le Danemark. | Ciment entre géant et start-up |  |
“Actuellement, le dynamisme du Danemark fait l’admiration de tous ses partenaires européens grâce au grand nombre de PME que le pays compte sur son territoire. Le Danemark ne compte pas non plus d’entreprises géantes et cela lui réussit fort bien”, précise Pekka Pellinen.
Mika dévoile le plan idéal qu’il a imaginé et conçu pour la Finlande: “Pour sauvegarder nos intérêts communs, les sociétés géantes finlandaises fortes à l’international (Nokia, Stora-Enso, UPM, Koné) pourraient pousser leurs employés les plus expérimentés, à monter leurs propres start-ups. Je crois que tout le monde s’y retrouverait.” Dans le domaine de la transmission des savoirs, Mika fait aussi allusion à Israël dont les scientifiques passent d’Israël aux USA et vice-versa: “Bien sûr la Finlande n’est pas un État religieux, les Finlandais n’ont pas de religion commune, ce ciment qu’est, en l’occurence, le judaïsme. En dépit de cela, la langue finnoise, l’histoire et la situation géographique uniques de ce pays pourraient aussi constituer un lien fort entre les Finlandais les plus mobiles.” L’autre idée-force concerne la fiscalité. | Incitations |  |
“La fiscalité finlandaise devrait se montrer plus favorable aux petites entreprises débutantes. De plus la taxation actuelle joue en défaveur des créateurs d’entreprises non-finlandais désireux de s’installer chez nous. Cela décourage des entreprises très dynamiques qui s’installent ailleurs, affaiblissant ainsi notre degré de compétitivité”, regrette Mika. Pekka Pellinen donne les Américains en exemple avec, évidemment, des initiatives énergiques en matière de fiscalité: “Dans certaines régions des USA où l’économie avait besoin d’un coup de fouet énergique, l’entreprenariat et l’emploi sont repartis à la hausse après que des avantages fiscaux aient été offerts aux PME.
Selon nous, des initiatives similaires appliquées à la Finlande apporteraient un sang nouveau”. Le capital humain que constituent les personnels formés en Finlande mais en activité à l’étranger pourrait également être utilisé d’une meilleure façon: “Ces Finlandais, ayant dû créer de toutes pièces leurs réseaux, comptent parmi nos éléments les plus compétents. Il faudrait trouver un moyen original de les inciter à faire profiter de ces liens leurs compatriotes restés au pays”, préconise Mika. | Grand saut |  |
Tout bien pesé Mika (38 ans) ne se déplaît pas à Helsinki, même s’il projette de s’expatrier de Finlande à nouveau une fois ses trois enfants élevés: “Mon sentiment est que la Finlande de 2005 n’a jamais été aussi vivable, que le pays est nettement mieux qu’en 1995, par exemple, année où tout a vraiment commencé à changer. Cependant j’aimerais que la position de mon pays soit plus solide dans le futur. Qu’il soit aussi encore plus agréable d’y vivre en 2010 qu’en 2005, par exemple!”, avoue-t-il. Ces améliorations concernent d’abord la place de la Finlande dans le monde: “Grâce à Nokia, chaque fois que je rencontre des collègues étrangers ils ne me demandent plus “où se trouve le pays d’où je viens”: ils le savent! Je suis nettement plus crédible qu’auparavant quand je parle hi-tech”.
Mika note finalement que certains cadres de Nokia ont quitté le géant de la téléphonie pour créer leur propre société, un processus de satellisation, d’essaimage de petites entreprises privées qui demande quand même un certain temps: “On peut imaginer que les gens travaillent dix ou vingt ans dans une grande compagnie, avec en ligne de mire la création de leur propre entreprise, au bout du compte. Ainsi ils détiendraient un carnet d’adresses à l’international conséquent et auraient le courage de sauter à l’eau comme d’autres l’ont fait avant eux”, expose Mika.
Les plus et moins de la société de l’information finlandaise (2005):
- Les moins: . Internationalisation (investissements hi-tech de et vers la Finlande sont trop faibles). . Investissements en R&D des PME finlandaises ont fléchi de 7% alors qu’ils croissaient de 8% dans les pays-concurrents de la Finlande. . En société basée sur la connaissance (3ème phase) la Finlande n’est que cinquième sur huit pays observés.
- Les plus: . Excellent rang de la Finlande en tant que société de l’information (l’une des trois phases selon Naumanen et Pellinen) . La Finlande est pays n°1 pour les investissements de développement durable. . Les collégiens et lycéens finlandais sont en tête de tous les classements (PISA). . La mise à niveau et la modernisation du système scolaire finlandais ont été les plus rapides du monde occidental.
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