| Laisser les ruisseaux |  |
Pékin prend nos attentes à contre-pied: la “belle” architecture n’existe que dans la fameuse Cité Interdite, le reste a déjà été détruit - ou est en passe de l’être - et remplacé par des tours-champignons. Cette décennie de boum économique a transformé la capitale en Hong Kong bis, en Los Angeles mandchou, en bétonissime Metropolis. A un détail près: les Pékinois ni ne vivent, ni n’agissent en “métropolisiens”. Nous n’avons trouvé chez eux ni énigmatique posture, ni sentencieux silences mais beaucoup d’énergie, de sincérité, de bon sens et une pertinence ravigorante. Ils ont parfaitement conscients de la démarche récente des Occidentaux qui consiste à mettre pied en Chine, à affirmer leur présence sur ce gigantesque marché. Loin de déplaire aux autochtones, cette volonté d’implantation fait souffler un air frais et nouveau dans les monumentales avenues de Pékin. Le gigantisme n’est pas un vain mot et en Chine, il se vend en une journée autant de téléphones portables qu’en Finlande annuellement. Et avec sa moyenne annuelle de 8 % de croissance la Chine, débonnaire, laisse venir à elle “tous les ruisseaux constituant son fleuve”. Qu’en pensent nos trois interlocuteurs finlandais? | Base et pointe |  |
Elcoteq, le poids lourd de ce trio, fidèle partenaire de Nokia, assemble et produit aussi des portables pour Aastra, Motorola, Philips, Sony Ericsson, Sumitomo, etc... en tant qu’objets finis. Les grandes marques confient à Elcoteq les schémas de montage et s’occupent du reste (R&D, branding, pub, communication). Elcoteq, avec 4 milliards 165 millions d’euros de CA et plus d’1 milliard d’euros de ventes en Asie pour 2005, une présence dans onze pays et trois continents, une croissance de 32 % d’un trimestre sur l’autre, 22 600 employés dans le monde (2006), se place en tête (n° 2) de la sous-traitance de téléphones portables.
“Nos quatre usines chinoises nous permettent d’alimenter les géants étrangers comme Nokia ou Motorola mais aussi les marques locales comme Konka, ZTE, TLC”, précise Matti Lehtonen, directeur d’Elcoteq sur la Chine. Matti parle parfaitement chinois, un avantage déterminant dans ce pays, mais attire l’attention sur un autre “plus” d’Elcoteq soit la capacité à concevoir du design, grâce à son département R&D: “La plupart des “acteurs” chinois, coréens ou taïwanais achètent encore de la technologie malgré les régulières exhortations du Ministère de l’Industrie de Chine en direction des marques locales afin de les voir enfin développer sérieusement leurs technologies de base et de pointe”, commente Matti qui se déclare persuadé que le gouvernement chinois mettra tout en œuvre pour que finalement un “géant” chinois émerge de l’univers de la téléphonie mobile. | L’Inde suivra |  |
En attendant, Perlos, le deuxième Finlandais, piétine parfois les plates-bandes d’Elcoteq. Perlos n’est-elle pas cette société qui fabrique à la fois des composants électroniques et des caches plastiques pour téléphones portables (680 M d’euros de CA pour 2005) mais également des pièces de couleurs décoratives pour l’industrie automobile, des parties mixtes, métalliques ou injectées ou simplement du packaging?
Le seul critère rassemblant ces produits sous un “même parapluie” étant leur petite taille! “En téléphonie, le marché chinois n’a pas dit son dernier mot et nous sommes certains de voir arriver de nouveaux arrivants, parfaitement inconnus jusqu’ici, dans les deux années à venir. Ceci nous motive aussi pour continuer à être l’unique fournisseurs de certains petits acteurs locaux... qui pourraient devenir de futurs grands!”, prévient Kari Häyrinen, président de Perlos pour la Zone Asie.
“De toute façon il faut regarder vers l’Inde, d’abord parce que les marques chinoises s’y sont déjà installées, ensuite parce que ce futur nouveau géant de la téléphonie pourrait très bien venir du Subcontinent”, poursuit Kari Häyrinen. Dans cette “Zone Asie” l’univers de Perlos et du téléphone mobile apparaît très ouvert jusque vers 2007. Il n’en est pas de même pour celui de l’industrie automobile où Perlos semble bien installé en Chine: “Nous attendons une nette progression de nos ventes dans le secteur automobile. Les marques chinoises vont connaître une forte croissance et ce sont nos clients. Cela devrait nous profiter également”, prévoit Kari Häyrinen. | Présence dans la confusion |  |
Entreprise spécialisée dans les logiciels de gestion et de comptabilité, Comptel, malgré sa taille relativement petite (66 M d’euros de CA 2005)et 10,5 millions de profits, est présent en Asie depuis 1991 et n’a aucune intention de changer de stratégie: “Pour nous il s’agit d’être présent et de continuer à pénétrer un marché en croissance exponentielle dans notre secteur”, martèle Albert Wong, directeur des ventes de Comptel pour la Chine. M. Wong admet qu’il existe actuellement une certaine confusion sur le marché chinois, les notions de logiciel et de droit de propriété intellectuelle étant encore rarement intégrées dans cette Chine qui découvre simultanément internet, téléphonie mobile et pratiques d’économie de marché et de libre concurrence.
A partir de 2005, la Chine est entré dans une ère de maturité et la croissance des services “non-vocaux” devrait s’accélérer. La présence de Comptel en Asie a débuté à partir de ses bases de Hong Kong, Taiwan et Macao. Actuellement une cinquantaine de personnes travaillent au service de Comptel en Asie où les partenaires et clients de la société finlandaise sont SmarTone, Sunday, Telkomsel et CTM, entre autres. “A cause de schémas de tarification plus compliqués et de l’introduction sur le marché des licences 3G (transmission d’images vidéo, sans fil) nos solutions commerciales “intelligentes” vont finir par s’imposer”, déclare M. Wong avec enthousiasme. | Un gigantisme bon marché |  |
Finlandais ou Chinois, tous nos interlocuteurs nous ont répété l’urgente nécessité qu’il y a en Chine de former des alliances avec les acteurs locaux et, surtout, de comprendre, parler et écrire le chinois. “Il s’agit d’une vision absolument nouvelle et de voir la Chine comme un autre monde”, nous dira Hannu Keinänen président d’Elcoteq en Chine.
La Chine (1.300.000 habitants) équivaut à trois fois l’Union Européenne actuelle, après Élargissement de mai 2004. Actuellement on compte un million de nouveaux propriétaire d’un téléphone portable chaque semaine. Fin 2003 on comptait davantage de lignes de téléphone mobiles (269 M) que de lignes fixes (263 M). Quant à Internet on approche “seulement” les 80 millions d’utilisateurs. “Le gigantisme de ces chiffres ne doit pas nous faire oublier que si le marché chinois est effectivement énorme, sa valeur monétaire continue à être très très basse. Les consommateurs chinois sont encore loin de disposer des moyens et du pouvoir d’achat des Occidentaux!”, nous confiera le Professeur LU Ting-Jie, de l’Université de Télécommunications de Pékin.
Pour ce qui touche aux télécoms, chacun s’accorde à dire qu’en 2007-2008, le marché chinois connaîtra une première saturation. En 2004, la pénétration de téléphones portables n’a pas encore dépassé les 20 %. Quand on sait qu’elle est de 80 % en Finlande, de 70 % en Italie et de 60 % en France, ça laisse une belle marge de progression à l’Empire du Milieu!
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