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Personnage-clé de l’industrie

Economie > Industrie
28-02-06
Auteur : Jean Pierre Frigo
Le 1er janvier 2002, la Finlande adoptait l’euro. Quatre ans de participation à l’Euroland et l’heure est au bilan. Personnage-clé de l’industrie finlandaise, Anne Brunila a récemment livré son point de vue. Sans mâcher ses mots.

 “La France, l’Allemagne et l’Italie ont gaspillé les chances offertes par l’introduction de l’euro”, “Les politiciens européens ne parviennent pas à avoir de vision commune”, “Les Européens régressent vers leurs égoïsmes nationaux”, “Le non suédois à l’euro n’était peut-être pas une erreur”, a déclaré Anne Brunila dans une récente interview à Helsingin Sanomat, le quotidien national finlandais. PDG nouvellement nommée à la tête de la FIFF (Fédération des Industries forestières finlandaises, Metsäteollisuus ry), Anne Brunila est, de fait, devenue un des acteurs économiques les plus influents du pays. Avant d’occuper ce poste Anne Brunila a été directrice du cabinet Économie auprès du Ministre des Finances. Elle est économiste de formation. Cette interview et ses déclarations sans détour sur les grands partenaires européens de la Finlande et l’état des grands déficits mondiaux ont permis de relancer la controverse sur la participation finlandaise à la zone euro, un thème récurrent dans le débat finlandais.

Quand les Anciens entravent les Nouveaux


“L’Euroland version 2006 diffère considérablement de celui que nous étions en droit d’espérer lors de l’introduction de l’euro, en 2002. Je pense qu’une augmentation des risques de crise est prévisible à moyen terme si on s’obstine à garder le même cap macro-économique”, fustige Anne Brunila. Dans le collimateur de la nouvelle PDG de la FIFF on trouve les trois grands partenaires européens de la Finlande, Allemagne, France et Italie, qui ont accumulé les déficits en laissant dériver budgets et finances publiques. Ces trois pays naviguent autour de 4 % de déficit : France 3,6% en 2004, Allemagne 3,5%, Italie 4,2%, alors que la barre à ne pas dépasser, le fameux Pacte de Stabilité, se situe à 3%. “Le Pacte de Stabilité n’est qu’une plaisanterie si les grands pays européens ne sont pas capables de le respecter. Plus que jamais l’Union Européenne (UE) a besoin d’une politique financière communautaire cohérente pour corriger le laxisme de ces quatre dernières années”, s’indigne Anne Brunila. Force est de constater que le principe des pénalités financières mis en place pour sanctionner les pays ne respectant le Pacte de Stabilité a largement perdu de sa crédibilité, n’empêchant nullement les grands pays de faire la politique financière qu’ils entendent de suivre, principalement pour des raisons de politique intérieure. Anne Brunila regrette que les Européens ne soient pas arrivés à s’accorder tant sur la Constitution Européenne (après les nons français et néerlandais) que sur la directive des services (que les Français ont énergiquement combattu) : “Par tous les moyens certains membres fondateurs de l’UE (les trois pays précités) essayent d’entraver les flux de main-d'oeuvre provenant des pays nouveaux membres (principalement les pays de l’ex-Bloc soviétique, membres de l’UE depuis mai 2004). Sous la pression de la globalisation, nos trois grands partenaires ont retrouvé de vieux réflexes protectionnistes et protègent leurs industries nationales”, souligne-t-elle. Tout en s’inquiétant que 50% des exportations finlandaises parte vers un Euroland dont la faiblesse économique fragilise par ricochet l’économie finlandaise, Anne Brunila se félicite que les finances finlandaises aient été gérées avec rigueur depuis l’an 2000 : “Il ne faut pas oublier que la Finlande est le seul pays nordique membre de la zone euro”, puisque la Norvège et l’Islande ne font pas partie de l’UE et que le Danemark et la Suède ont refusé de devenir membres de l’Euroland. Pourtant le taux de croissance moyen de la Finlande depuis 2000 reste supérieur à 3 %, comparable à celui de ses partenaires nordiques, alors qu’il tourne autour de 1,5 % dans le reste de l’Euroland.

Pire que les Américains


“Lorsque les Suédois ont refusé l’euro au moment où nous les Finlandais faisions tout pour adopter la monnaie européenne, nous avons alors cru que les Suédois ne faisaient pas un choix très intelligent. Avec le recul, nous pensons maintenant que la décision suédoise n’a pas été si néfaste que ça!”, avance Anne Brunila. Avec le cours flottant de sa couronne la Suède a renforcé sa compétitivité, surtout dans l’industrie du bois-papier. De plus le pays de Göran Persson a géré ses finances publiques avec la même rigueur que s’il devait adhérer au Pacte de Stabilité: “La réussite économique de la Suède prouve qu’un pays non-membre de l’Euroland peut s’en sortir avec succès s’il gère bien son économie”, admet Anne Brunila. La PDG de la FIFF pense que la santé financière du secteur public demeure toujours le point commun des cinq pays nordiques. En outre, les cinq ont lancé avec succès les nécessaires réformes structurelles touchant tant aux systèmes de retraite qu’à l’organisation du travail. Elle ajoute aussi que les pays nordiques sont les seuls à avoir pris au sérieux la résolution stratégique de Lisbonne sur l’innovation. Pourtant, malgré ces réserves,  Anne Brunila n’estime pas que l’adoption de l’euro par la Finlande ait été une erreur: “L’euro nous a protégé des fluctuations sur les taux de changes et a découragé toute spéculation monétaire”. Revenant sur le problème général des déficits européens Anne Brunila s’étonne que l’on pointe régulièrement du doigt le déficit de la balance des paiements des USA, alors qu’à son avis, les déficits cumulés de l’Italie, de la France et de l’Allemagne, sans compter ceux relativement plus petits de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, représentent un risque nettement plus sérieux pour l’économie mondiale: “Personne ne semble jamais se soucier que les balances de paiements espagnoles et grecques soient constamment dans le rouge, ni que la plupart des pays de l’Euroland aient perdu leur compétitivité”.

Geste politique


En contrepoint de cette interview, Timo Tyrväinen, analyste en chef d’une grande banque finlandaise, pense que la participation finlandaise à l’euro a été globalement bénéfique. Que cette participation a également eu une portée politique: “La Finlande n’est pas la Suède: la proximité avec la Russie et les relations bilatérales que nous avons avec notre voisin de l’Est nous mettent dans une toute autre position. Pour la Finlande il s’est aussi agi d’un geste politique”, précise Timo Tyrväinen. Il ajoute que la Finlande ne se serait certainement pas sortie aussi bien de la crise de la rouble de 1999, ainsi que de l’éclatement de la “bulle .com” de 2001, si elle avait conservé le markka finlandais. “Il semble que le fait de rester en dehors de l’Euroland profite à la Suède pour son industrie forestière. En revanche, son industrie automobile souffre terriblement des commissions de change qu’il lui faut payer”, confie un autre expert qui ajoute: “Pour la Finlande, l’euro joue le rôle d’une assurance: tant que rien de grave n’arrive on se plaint du montant de sa police d’assurance mais qu’un accident se produise et on est bien content d’avoir souscrit”. Au surplus, la faible croissance économique de l’Euroland (1,5 %, en moyenne) a nourri les déceptions de l’industrie forestière finlandaise, secteur grandement couplé à l’évolution économique.

Liens

Sites en anglais à consulter en complément:

- www.metsateollisuus.fi (site de la Fédération des industries forestières finlandaises) 
- www.vm.fi (site du Ministère finlandais de l’économie et des finances)
- www.mmm.fi (site du Ministère finlandais de l’agriculture et de la foresterie)
- www.ktm.fi (site du Ministère finlandais du commerce et de l’industrie)

 
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