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Panorama industriel

Economie > Industrie
02-02-05
Auteur : Jacques Mer
par Jacques Mer
Ambassadeur, Docteur ès sciences économiques
    


 
 
  
   

 Sans être très diversifiée, l'industrie -qui assurait en 2004 28,5 % (selon l’Institut de Recherche ETLA, chiffre légèrement différent de celui de Statistics Finland, à savoir 25,7 %) du Produit Intérieur Brut et employait plus du cinquième de la population active occupée- n'en offre pas moins une certaine gamme d'activités.

Métallurgie et biens d'équipement

Ce secteur d’activités, le plus important, est composé de trois sous-secteurs :
- la métallurgie de base
- les produits métalliques, machines et équipements de transports
- et l'équipement électrique et électronique.

** Au total, il fournissait en 2003 (selon l’ETLA) quelque 46,4 % de la valeur ajoutée manufacturière (3,9 % pour le premier sous-secteur, 17,6 % pour le second, 24,9 % pour le dernier). Il était à l'origine d’environ 200 000 emplois. Sa croissance rapide au cours des dix dernières années est à mettre au compte des progrès considérables du troisième sous-secteur, dus notamment à l'explosion des exportations, même si celle-ci a connu assez récemment diverses fluctuations.

Pour les années à venir, il est raisonnable de faire preuve d’un optimisme modéré, certaines interrogations n’ayant pas encore été complètement résolues. On mentionnera les turbulences -mondiales- affectant le secteur des télécommunications, en pleine évolution et objet de compétitions acharnées- et les incertitudes concernant la demande sur les marchés des équipements électroniques, spécialement sur celui des téléphones mobiles. Quelle sera notamment l’attitude des consommateurs potentiels face aux nouveaux types d’appareils ultra sophistiqués offerts depuis peu (ou à venir) au public dans le domaine des « portables », la société Nokia par exemple s’efforçant d’anticiper les attentes et les préférences de ses clients nettement plus que dans les dernières années ?

** Chacun des sous-secteurs pèse -mais plus ou moins- lourd en termes d’emplois.  La métallurgie de base fait travailler plus de 15 530 personnes ; l’ensemble du second environ 122 016 (travail des métaux : 41 206 ; machines : 58 679 ; matériel de transport : 22 131). L’équipement électrique et électronique en occupe quelque 61 000.
** Le devenir des divers segments, dans le court terme, semble relativement prévisible. En 2004 la production de l’ « équipement électrique et électronique » avait bondi de 12 % (après une stagnation en 2003, il est vrai). Compte tenu des interrogations mentionnées plus haut, le rythme descendrait à +7,5 % en 2005, puis à 6,3 % en 2006, mais des surprises ne sont pas à exclure. La moyenne annuelle de la période 2004-2009 serait, avec beaucoup de prudence, estimée à 4,6 %.

Les exportations sont le facteur primordial de la vitalité des entreprises impliquées, la firme Nokia avant tout. En 2004 elles ont progressé de 4,4 % au total, mais la situation a varié fortement d’un marché à l’autre. Sur la zone euro, on est frappé par l’ampleur de leur recul, estimé à près de 24 % par rapport à l’exercice précédent (France, Royaume-Uni et Allemagne ont joué un rôle appréciable dans ce déclin). En revanche, l’Europe orientale a eu le vent en poupe, soit +18 %, et la Russie (+50 %) se distingua particulièrement, se situant au second rang des acheteurs de portables finlandais.
En 2005, les exportations en cause grossiraient de près de 10 % (la zone euro « se redressant ») et en 2006 de 6 %. Les marchés en croissance, comme la Chine, l’Inde, la Russie et l’Amérique du Sud, étant plus que jamais l’objet d’une attention soutenue de la part des vendeurs.

Il n’est pas inintéressant de rappeler que les firmes ont procédé, dans les années récentes, à des délocalisations et des sous-traitances profitables à leurs propriétaires, compte tenu des différentiels de coûts (salariaux, surtout) et de traitement fiscal, dans les pays plus « pauvres » (proches ou lointains), avec les pratiques finlandaises
Au sein du sous-secteur « produits métalliques, machines et équipements de transport », les machines et les biens d’équipement ont marqué des résultats médiocres pour la période 1999-2004 (+2,1 % par an), mais se sont redressés en 2004 (+5 %). Pour 2005 et 2006, on table respectivement sur +4,7 % et +4,2 %, et, à horizon plus lointain, sur +3,4 % pour 2004-2009. Les équipements de transport, en recul de 11,8 % en 2004, progresseront de 1,9 % en 2005, et de 13,8 % en 2006 (période 2004-2009 : +3,5 %).
Les espérances sont modestes pour la métallurgie de base : +3 % en 2005 (contre +3 % en 2004), +1,9 % en 2006, et + 2,4 % sur 2004-2009.


Industries forestières

Les industries forestières fournissaient en 2003 (selon l’ETLA) 20,2 % de la valeur ajoutée manufacturière. Elles comprennent des industries "mécaniques" (bois et produits en bois) et des industries "chimiques" (pâtes et papiers), les premières représentant, en gros, 24,3 % de la valeur ajoutée et un peu plus de 20 % des exportations de la branche.
La croissance annuelle a été de 2,2 % en 1999-2004, de 6 % en 2004, et serait de 2,9 % en 2005, et 2,6 % en 2006. On mise sur un rythme assez soutenu pour 2004-2009 (2,8 % en moyenne annuelle). Les exportations en 2004 ont avoisiné 11,8 milliards d’euros (près de 25 % des exportations de marchandises finlandaises). En 2004, elles ont été fortement favorisées par la nette vitalité de la demande de papiers, cartons et pâtes sur les grands marchés mondiaux, européen, nord-américain, asiatique (Chine, etc.), qui devraient en 2005 et 2006 continuer à s’approvisionner pour des quantités appréciables auprès des entreprises finlandaises
Les points faibles des « industries forestières » sont notamment la dépendance (des industries "mécaniques") à l'égard de la construction, et (surtout pour les industries "chimiques") la sensibilité extrême aux variations cycliques de la conjoncture nationale et internationale. Leurs atouts sont la qualité mondialement reconnue des produits (avec une proportion croissante de papiers à haute valeur ajoutée et de « papiers hi-tech »), de la recherche-développement de pointe, de la formation du personnel, et, de plus en plus, l'avantage que la branche peut retirer du phénomène de concentration, qui s'est accéléré au cours des récentes années, en même temps que les firmes investissaient (et produisaient) massivement hors de Finlande (Europe de l’Ouest, France et Allemagne incluses, mais aussi Chine, Brésil, etc.) et opéraient des fusions avec des concurrents étrangers ou les rachetaient.

Les deux « géants » finlandais du « bois-papier » sont aujourd’hui UPM-Kymmene et Stora-Enso (finno-suédois), régulièrement classés dans les trois premiers groupes de la planète avec le rival américano-canadien International Paper. Les entreprises nordiques ont un marché domestique limité (pour lequel elles fabriquent sur place des produits très élaborés entre autres), mais ont su s’imposer comme fournisseurs d’une grande partie -en progression continue- du monde extérieur.

D'aucuns avaient craint que, en cas de crise sectorielle, l'appartenance du pays à la monnaie unique -à partir de 1999-, en interdisant les « dévaluations
compétitives » (que le voisin suédois peut pratiquer), pénalise les industries forestières. C'est oublier que la part desdites industries dans l'économie globale régresse peu à peu, et que l'adoption de l'euro présente aussi de nombreux avantages et peut contribuer à atténuer les fluctuations cycliques.

Industries chimiques


Avec 8,6 % de la valeur ajoutée manufacturière en 2003, les industries
chimiques, qui exportent une part appréciable de leur production (12,8 % des exportations finlandaises en 2004), regroupent une large gamme d'activités : produits dérivés du charbon et du pétrole, produits chimiques, articles en caoutchouc, plastiques, produits pharmaceutiques, engrais, pesticides, etc. Les perspectives à court et moyen terme sont variables selon les produits : elles sont par exemple optimisées par la situation florissante dans les papiers et pâtes, les plastiques, les peintures, le caoutchouc, où elles servent d’ « inputs ». Pour les produits pétroliers des raffineries finlandaises (Fortum), des créneaux « écologiques » et prometteurs (diesel sans soufre, etc) vont s’ouvrir incessamment.
Globalement le secteur devrait connaître une croissance modérée (environ 2,6 % par an) entre 2004 et 2009.


Industries alimentaires


Les industries alimentaires, représentant en 2003 5,6 % de la valeur ajoutée manufacturière, comprenaient la boulangerie et la biscuiterie, l'industrie  de la viande, les boissons, l'industrie laitière, etc. La production est essentiellement destinée au marché intérieur. Le débouché russe, très prometteur et en forte progression avant la crise qui frappa ce pays en 1998-99, s'est alors sérieusement contracté, mais après 2000, des signes encourageants de reprise sont apparus, et un optimisme raisonnable a pris le dessus.
Depuis quelques années la branche a dû s'adapter rapidement à la
libéralisation des échanges extérieurs, résultant notamment de l'adhésion finlandaise à l'UE. Les importations s'accroissent pour certains produits (fromages, etc.), mais, en règle générale, ne menacent pas la production nationale, les habitudes et goûts des consommateurs n'évoluant que lentement. Le marché intérieur devrait progresser modérément dans les années à venir.
La productivité a augmenté, mais de gros investissements, joints à une rationalisation des structures, ont causé, ça et là, des surcapacités temporaires de production. La situation se normalise maintenant.
´
Sur la période 2004-2009, la production devrait augmenter de 0,8 % par an.


Industrie textile


L'industrie textile, lato sensu, comprend la production de textiles, de
vêtements et de cuirs et chaussures : en tout 1,5 % de la valeur ajoutée manufacturière en 2003 (contre 8 % en 1980).
La branche -qui a une forte intensité de main d'œuvre (12 488 personnes employées dans la branche sur près de 410 000 pour la totalité de l’activité manufacturière)- connaît depuis des décennies un net déclin. Sa situation semble devoir encore empirer (avec un recul prévisible annuel de 0,9 % pour 2004-2009) : importations chinoises et autres.


Autres industries


On mentionnera particulièrement deux branches : l'imprimerie et l'édition (en tout : 5 % de la valeur ajoutée manufacturière) -dont la croissance avait été stimulée par des exportations vers la Russie jusqu'à la crise de 1998, mais, le “choc” passé, ce marché commence à rebondir-  ; l'industrie des produits minéraux non-métalliques, assez dépendante de la construction et de ses fréquentes fluctuations.

Note de l’auteur : Beaucoup des informations publiées ici sont extraites de la Revue « The Finnish economy and society », publiée par les Instituts de recherche ETLA et EVA, en particulier de l’ « Industrial Survey » figurant dans la première livraison de 2005. Dans d’autres cas, plus rares, on s’est référé aux données fournies par « Statistics Finland ».
  

La compétitivité

Atouts et handicaps
L'industrie finlandaise dispose d'atouts qui expliquent les résultats
positifs enregistrés. D'abord l'existence de ressources naturelles, parmi lesquelles des ressources forestières considérables et un certain potentiel énergétique (hydroélectricité, biomasse, etc.). S'y ajoute le niveau de formation de la population (ainsi le système d’éducation finlandais est particulièrement performant, aux dires des experts de l’OCDE), donc de la main d'œuvre et de l'encadrement. La stabilité politique est un élément positif en particulier pour d'éventuels investisseurs étrangers. Enfin le pays n'est pas éloigné des marchés de l'Europe occidentale, ses principaux partenaires, mais aussi de la Russie (comme des pays émergeants de l’Europe de l’Est) à laquelle son savoir-faire et ses technologies peuvent être précieux, si ce pays s’engage durablement sur les chemins des réformes et de la croissance.

Face à ces atouts des handicaps indéniables existent : la gamme limitée de biens agricoles ou de minerais susceptibles d'être transformés ; la forte consommation d'énergie par l'industrie, source de problèmes environnementaux ; l'exiguïté du marché intérieur ; le niveau de la fiscalité (souvent accusée, plus que de raison, par divers milieux patronaux ou cercles politiques, et dont on oublie qu’elle contribue, par l’affectation de ses recettes, au bien-être de beaucoup, donc à la stabilité sociale), et surtout le coût relativement élevé de la main d'œuvre qui pèsent sur la compétitivité des producteurs.

Une « adaptabilité » exemplaire


Au cours de la décennie 1990, la part de l'industrie manufacturière dans le PIB a fluctué, mais, à l’inverse de beaucoup d’économies, a, à plusieurs reprises (mais modestement), augmenté. La cause est à rechercher dans la forte croissance des exportations, provenant de l'amélioration de l'environnement international mais aussi d'une compétitivité accrue des produits finlandais.
La compétitivité, objet de fierté des responsables, est la résultante de plusieurs facteurs. En premier lieu, les progrès de la productivité ont été sensibles dans diverses branches traditionnelles, parfois stimulés par la substitution du capital à la main d'œuvre peu qualifiée. Par ailleurs, on ne soulignera jamais assez l’impact de l’effort considérable en matière de dépenses allouées à la R&D (3,5 % du PIB en 2002) tant par les acteurs publics que privés.
La limitation des hausses de salaires, favorisée par la conclusion d'accords tripartites patronat-travailleurs-Etat (notamment fin 1995, fin 1997, fin 2000, fin 2002, fin 2004) a joué, de son côté, un rôle déterminant. L’esprit de « responsabilité » des partenaires sociaux et l’intelligence des syndicats de travailleurs valent d’être cités en exemple.

Les facteurs monétaires ont eu des effets contrastés. Surtout la dévaluation du markka en 1991 (suivie du flottement de la devise à partir de 1992), avait donné en son temps à l'industrie un avantage décisif à l'exportation, et la remontée -limitée- de la devise après 1993 n'a pas remis en cause fondamentalement cet avantage. Récemment, toutefois, la relative "force" de l'euro (après une “faiblesse” bienvenue) a constitué un handicap, comme pour d’autres pays membres de la zone. Désormais, compte tenu de la participation à la monnaie unique, de nouvelles dévaluations compétitives sont exclues. Par contre le risque de voir la Suède (dont on ne sait si un jour elle finira par adhérer à l'UEM) recourir à cette pratique fait peser des incertitudes sur quelques branches (forestières, etc.) de l'industrie finlandaise.
 
En bref, le maintien de sa compétitivité dépend finalement des progrès de la productivité et surtout de la poursuite de la modération salariale. Les partenaires sociaux en sont conscients, comme l'a prouvé l'accord tripartite signé fin 2004, que le gouvernement a fortement encouragé, par le biais d'avantages fiscaux appréciables.

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