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Géants finlandais du bois-papier

Economie > Industrie
04-01-05
Auteur : Jean Pierre Frigo

 

Géants mondiaux à l’export

Allemagne et Grande-Bretagne en tête

 

Sans papier finlandais, un Européen sur deux devrait se passer de quotidien ou de revue. La dépendance de l’Europe pour le papier-presse finlandais ne date pas d’hier car, dès l’origine il y a avait peu d’habitants en Finlande et beaucoup d’arbres (la forêt occupe actuellement 75% du territoire). En revanche, dans le reste de l’Europe il y a toujours eu beaucoup d’habitants et peu d’arbres, un déséquilibre appelant les échanges commerciaux, les exportations de produits issus de la forêt, de bois-papier, de la Finlande vers l’Europe. “Au XVIIème siècle, nos ancêtres ont commencé par exporter le goudron. Au XIXème on a construit des scieries, près des rivières, utilisant la force hydraulique pour exploiter la forêt. Simultanément les premières acquisitions historiques ont été réalisées en Angleterre et Allemagne. Au XXème, les exportations de produits bois-papiers s’intensifient, surtout à partir des années 1950”, explique Ritva Toivonen, directrice de l’Institut Pellervo, organisme spécialisé dans les recherches sur l’industrie du bois-papier. Avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne, premiers pays industrialisés, déjà grands consommateurs de papier, l’Europe occidentale a immédiatement occupé la première place dans les exportations finlandaises. La France suivra dans les années 1970 et surtout 1990, avec l’acquisition d’usines à papier telles La Chapelle d’Arblay et Stracel pour UPM ainsi que Corbehem pour Stora-Enso.

 

Superficie supérieure à la France

 

UPM et Stora-Enso sont les deux principales compagnies finlandaises dans l’industrie du bois-papier, ou foresterie. Deux géants régulièrement classés dans les trois premiers mondiaux, coude-à-coude avec International Paper, le concurrent américano-canadien. En 2003, le n°1 était Stora Enso avec 16 millions de tonnes de papier, suivi d’International Paper (15 M. de tonnes) et d’UPM (12 M.). A la nuance près qu’International Paper dispose d’un marché local de 320 millions d’habitants, alors que le marché local des Finlandais ne dépasse pas 14 millions de personnes, en incluant la Suède, puisque Stora-Enso est finno-suédois. Cette contrainte liée à un marché nordique exigu explique dynamisme et suprématie scandinaves à l’export. Même chose pour les Japonais d’Oji-paper (n°5) ou les compagnies chinoises pour qui cette problématique ne se pose pas: un marché énorme s’ouvre à leurs pieds: un milliard 500 millions de consommateurs, en additionnant uniquement Chine et Japon, cent fois le marché finno-suédois! S’ils n’exportaient pas dans le monde entier, les géants finlandais (aux deux précités il faut absolument ajouter M-Real, n° 10 mondial. Quant à Myllykoski et Ahlstrom s’ils sont géants européens ils ne figurent pas parmi les dix premiers mondiaux) seraient demeurés des nains perdus au beau milieu de leurs profonde forêts (plus de 600.000 km2 de zones boisées exploitables pour Finlande et Suède réunies, une superficie supérieure à celle du territoire français - 550.000 km2). Très tôt, les exportations ont donc représenté un défi majeur, la b-a ba d’une saine survie économique pour les Finlandais. Ces exportations ont dopé la croissance des sociétés locales au delà des horizons de la Mer Baltique, et cela bien avant la saga Nokia des années 1990, et ont donné à ces entreprises, devenues géantes par la suite, le monde comme marché local. C’est une histoire assez belle.

Bateaux et acquisitions

“Ce n’est pas sorcier: dans ce secteur d’activités si vous ne devenez pas global, les autres débarqueront chez vous! Il y a cent ans nous étions également cent fois plus petit, mais déjà forts. Il ne s’agit pas uniquement de taille et de volumes: la sophistication de nos produits, notre R&D, la qualité de nos machines, notre formation, en un mot notre savoir-faire, font la différence”, précise Raine Häggblom, PDG de Jaakko Pöyry, société de consultants en foresterie. Les papiers offrent un large éventail de références: “On note une tendance marquée à aller vers des produits-papier de plus en plus raffinés, à haute valeur ajoutée. Ainsi le papier journal connaît un déclin relatif, puisque la tendance est au recyclage de la fibre, alors que les papiers intelligents, hi-tech, grimpent, tel ce papier intégrant différentes couches de textes, tels ces emballages changeant de couleur et communiquant - Utilisez-moi ou jetez-moi - lorsque la date de péremption approche”, indique Ritva Toivonen. Il fut aussi un temps où l’on exportait la pâte à papier dans sa totalité, comme une matière première. Cette époque est révolue et ces exports tombés à 20%, les Finlandais préférant de loin la transformer sur place et exporter des produits finis. Pourtant si le papier voyage de façon rentable sur l’Europe et peut y être acheminé par voie maritime, l’expansion des papetiers finlandais ailleurs dans le monde s’est faite à coups d’acquisitions ou de créations d’usines sur place, les distances étant trop allongées. L’Europe est livrable par bateaux, pas l’Amérique, ni l’Asie.


Finlandisation de l’Europe du bois


Et sur place, en Finlande, comment s’organise l’industrie du bois-papier? “Trois essences d’arbres dominent: le pin, en premier, ensuite l’épicéa et le bouleau. Les meilleures variétés de papiers s’obtiennent à partir de ces arbres-là”, confirme Ritva Toivonen. Pour les entreprises, encore très disséminées dans les années 1960, la première vague de fusions - locales - s’est produite dans les années 1970. Les années 1980 ont vu la Finlande passer à l’international, mouvement qui s’est accéléré jusqu’à la fin des années 1990. En 1998-99, les Nordiques fusionnent à leur tour et USA et Asie entrent sérieusement dans le paysage de l’industrie. “Globalement nos clients procèdent toujours de la même façon: ou bien ils construisent une usine au Brésil ou en Chine, en partant de zéro, mais cela exige une expertise poussée car on investit rarement 1 milliard d’euros à la légère. Ou bien ces mêmes clients procèdent par acquisitions et modernisent à la finlandaise, comme à Chapelle d'Arblay, près de Rouen, ou à Stracel près de Strasbourg”, dévoile Rainer Häggblom. Fabrication de machines à papier (Kvaerner) et d’équipements haut-de-gamme, formation des personnels, également, sont entre les mains des Finlandais: “65% des ingénieurs européens en bois-papier viennent chez nous pour être formés, certains pour se familiariser avec notre R&D de pointe. Et il ne faut pas oublier non plus que la Fédération européenne de l’industrie du bois

Développement durable

Le papier est parfois comme l’arbre qui cache la forêt: “Le plus amusant est que dans le secteur du bois coupé, du bois de construction, 40% de la production finlandaise ne quittent pas le pays car seulement 60% partent à l’export. C’est donc un secteur à forte marge de progression”, révèle Ritva Toivonen qui poursuit: “Du temps de l’URSS, le bois-papier ne jouait pratiquement aucun rôle dans les échanges commerciaux finno-soviétiques. Il y a eu du changement depuis 1991 et les Finlandais importent du bois brut de Russie du Nord-Ouest tout en vendant du bois de construction, en contrepartie. Le bois de construction a donc connu un boum après l’effondrement de l’URSS et part vers les ex-Pays de l’Est, ex-Allemagne de l’Est, en particulier. A côté des papiers et cartons, le bois de construction va-t-il devenir une composante du futur? Voire: “A l’avenir les capacités en production de papier et cartons vont continuer d’augmenter grâce à de plus large machines. Il va falloir protéger l’environnement toujours mieux: il est maintenant possible de construire des usines peu polluantes, que l’on peut ainsi rapprocher des métropoles, là où se trouvent les plus grands nombres de consommateurs de papier. En outre, je pense que l’avenir appartient au recyclage de la fibre-papier, au développement durable”, confie Rainer Häggblom. “Du côté finlandais, le changement de taxation opéré il y a peu devrait donner un coup de fouet à la production: auparavant un propriétaire était imposé sur la superficie de sa forêt. A partir de 2006, il le sera d’après les volumes de bois livrés”, annonce Ritva Toivonen. Les forêts finlandaises sont à 70% possédées par des personnes privées, de petits propriétaires vendant leur bois sur pied aux sociétés. Un arbre en Finlande, une centaine de magazines dans les mains des Européens!

 

Sites Internet consultables en versions anglaises:

 

www.storaenso.com

www.upm-kymmene.com

english.forestindustries.fi

site de la Confédération de l’industrie forestière finlandaise

 

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