S’agissant de l’électricité, la croissance de la consommation d'électricité, qui avoisinait 5 % par an au début de la décennie 1980, a ensuite connu un ralentissement à l’orée des années 90 en raison de la grave crise économique, mais, une fois celle-ci surmontée, a repris allègrement : la consommation totale grimpait à 73,6 térawatt/heure en 1997, dépassait 81,2 TWh en 2001 et 85 TWh en 2005. La dépendance de l’économie à l’égard de l’électricité est, à terme, jugée inquiétante par divers experts, car les approvisionnements extérieurs (voir ci-dessous) peuvent se révéler incertains. | Les sources d'énergie |  |
Énergies domestiques et énergies importées
Les énergies domestiques fournissent environ 30 % de la consommation énergétique. L'équipement hydroélectrique a été construit en bonne partie avant la fin des années 1960 et cette source fournissait en 2005 4 % de la consommation totale. Ce pourcentage peut sembler modeste pour un pays appelé "le pays aux milliers de lacs". Mais on sait que le potentiel hydraulique non équipé et économiquement rentable est protégé pour des raisons liées à la sauvegarde de l'environnement.
Le recours à la bioénergie, -environ 25 % du total, dont 5 % pour la tourbe-, est ancien, notamment en ce qui concerne la tourbe et le bois de chauffage (il avait toutefois régressé avant le premier choc pétrolier), mais a connu dans les dernières décennies des progrès techniques non négligeables, visant à une diversification des combustibles (bois, déchets et sous-produits des industries forestières telle la liqueur noire, tourbe) et des utilisations (production d'électricité par les industries forestières, de chaleur par les mêmes industries et par les réseaux de chauffage des habitations, etc.). Grâce à ces progrès (et à la production combinée d'électricité et de chaleur où la Finlande est très performante) les industries du bois et du papier produisent en circuit fermé une partie de l'énergie qui leur est nécessaire. L'usage de la bioénergie a longtemps été encouragé par l'État, notamment par le biais d'avantages fiscaux. Maintenant l'action des pouvoirs publics se concentre surtout sur la recherche.
Cette dernière, en outre, est active dans les domaines des énergies solaire (coûteuse) et éolienne, des combustibles (papier, etc.) recyclés, etc.
Les énergies importées demeurent indispensables. Avant le premier choc pétrolier, les produits pétroliers augmentaient leur part de marché. Depuis lors, ils reculent. En 1973, ils constituaient 55 % de l'énergie consommée ; en 2005 seulement 27 %. La Russie a longtemps été le principal fournisseur de pétrole, dans le cadre d'accords bilatéraux, la société publique Neste (raffinage et pétrochimie) se chargeant des opérations du côté finlandais. Maintenant les approvisionnements viennent aussi de la mer du Nord (Norvège), du Kazakhstan, etc.
L'énergie nucléaire (18 % de la consommation) est apparue entre 1977 et 1982. Le pays dispose de 2 centrales (au total 4 réacteurs) : la centrale de Loviisa -possédée par la société d'État IVO- de conception soviétique ; et la centrale de Olkiluoto de type suédois, propriété du groupe privé TVO. Le combustible est d’origine russe (Loviisa), allemande, suédoise, ou espagnole. Un cinquième réacteur est actuellement en construction (Olkiluoto 3), en coopération avec des entreprises de France (super-réacteur EPR). Il entrera en service en 2009 et fournira 12,8 TWh. Mais, en raison de la fermeture prévue de centrales obsolètes, il ne sera pas suffisant pour satisfaire des besoins en expansion constante. Aussi bien, malgré l’opposition des environnementalistes, on parle déjà de l’éventualité d’un sixième réacteur.
Le charbon (10 % du total) est de provenance diverse (surtout Russie, Pologne, etc.). Servant à la production d'énergie électrique ou calorifique, ses importations ont diminué au début des années 80 quand les centrales nucléaires ont remplacé des centrales au charbon.
Le gaz (11 %) arrive de Russie depuis 1974 par un gazoduc reliant ce pays au sud de la Finlande. La demande est en augmentation constante. La dépendance à l’égard de Moscou préoccupe les responsables finlandais, surtout depuis le « chantage » effectué par les Russes vis-à-vis de l’Ukraine. Helsinki entend mettre à profit sa présidence de l’Union Européenne (au second semestre 2006) pour voir posée, au niveau communautaire, la question des relations avec Gazprom et la Russie, et pour engager, si possible, un dialogue constructif avec ce fournisseur.
La Finlande importe enfin de l'électricité de Suède, de Norvège et de Russie, pour 5 % (importations "nettes") de ses besoins. Elle a vu, au début de 2006, planer une menace de coupure d’approvisionnement, lorsque Moscou a, sans préavis raisonnable, réduit de 2/3 ses ventes en Finlande pour garantir l’alimentation en énergie de son propre territoire.
Cette question est également à l’ordre du jour de la présidence finlandaise de l’UE. D’aucuns, à Helsinki, plaident en faveur d’un renforcement des échanges russo-finlandais (création par l’entreprise russe United Power d’un nouveau câble reliant les deux pays et susceptible de transporter 8 TWh) ; d’autres, s’inspirant de la réalisation en cours d’un câble entre l’Estonie et la Finlande (capacité : 2 TWh), défendent le principe d’une diversification des approvisionnements. Les lois du marché décideront en grande partie. | L'organisation de la production et de la distribution |  |
Le rôle traditionnel de l'État
Eu égard à la taille de l'économie finlandaise, la mise sur pied de sociétés de production et de l'infrastructure énergétique présentait au départ de grands risques pour le capital privé. Aussi bien l'Etat a-t-il joué un rôle important dans ces opérations. Ainsi, pour les produits pétroliers, la société publique Neste (qui a fusionné en 1998 avec l’entreprise d'État électrique IVO, pour former le groupe Fortum, partiellement privatisé au cours des dernières années) est le seul opérateur en matière de raffinage. Et les distributeurs des sociétés pétrolières internationales lui achètent une part considérable des produits qu'elles vendent. Pour le gaz naturel, Fortum et l’État finlandais possèdent 49 % de la société Gasum (25 % appartiennent à l'entreprise russe Gazprom, et 20 % à Ruhrgas), qui a le monopole des opérations d'achat et de distribution.
Pour l'électricité, la situation a toujours été complexe. Deux grands groupes, l'entreprise publique IVO (fusionnée avec Neste au sein du groupe Fortum) et le groupe privé PVO ont un rôle majeur dans la production. Mais à côté on trouve 130 entités plus modestes : entreprises industrielles privées ou publiques produisant l'énergie qu'elles utilisent, municipalités (pour le chauffage des habitations), etc. IVO importe aussi de l'électricité de Russie et de Suède, mais depuis peu, des industries manufacturières négocient directement avec des fournisseurs étrangers. Pour le nucléaire, la production est partagée entre IVO et le groupe privé TVO. L'État fixe des règles de sécurité très contraignantes auxquelles sont soumis les opérateurs. La libéralisation du secteur
|  |
Dans le cadre de la politique générale de déréglementation mise en œuvre à partir de la fin des années 80, et en raison de l'appartenance à l'Espace économique européen, puis à l'U.E., une réforme fondamentale a été apportée avec l'Acte sur le marché de l'électricité de 1995.
Alors que la construction de centrales -à l'exception des centrales hydroélectriques et nucléaires- est libre (sous réserve d'approbation administrative), le réseau national de transmission demeure un monopole naturel, mais l'accès des acheteurs et vendeurs d'électricité à ce réseau est libéralisé -ce qui permet l'instauration de la concurrence entre les opérateurs du marché ; la réforme se faisant en deux temps : dès novembre 1995 les grands opérateurs (plus de 500 KW) ont eu accès au réseau, puis à partir de 1997-98 les petits utilisateurs ont pu acheter leur électricité sur le marché libre.
Sous réserve de quelques améliorations en cours -concernant surtout les réseaux locaux- les ménages devraient pouvoir acheter leur énergie au meilleur prix (déjà les prix pratiqués sont parmi les plus bas en Europe). Pour la surveillance de la distribution, une Autorité du marché de l'électricité a été créée. La mise en œuvre de ce processus, jointe à une rationalisation de la distribution locale, demandera des années. Elle doit aussi s'intégrer dans le développement du marché commun nordique de l'énergie.
Dans le même temps, Helsinki harmonise sa législation avec celle de l'U.E. dans le cadre de la directive européenne ad hoc. L'émergence d'un marché commun de l'électricité n'aura toutefois qu'un impact limité en Finlande, compte tenu de sa situation géographique ; mais les dirigeants finlandais ont exprimé maintes fois auprès de Bruxelles leur désir de voir s'accélérer le processus européen de réformes et de libéralisation dans ce secteur. | Problèmes actuels et d'avenir |  |
En 1997 le Parlement a adopté pour les années à venir la stratégie énergétique proposée par le gouvernement. Celle-ci réaffirme les principes de sécurité des approvisionnements et de diversification des sources d'énergie. Elle poursuit la politique de libéralisation décrite ci-dessus.
Le rôle de l'Etat n'est plus de contrôler et de réglementer dans le détail la production et la distribution. Il doit par contre s'attacher à atteindre certains objectifs prioritaires : économies d’énergie, lutte contre la pollution, etc. Dans ce dernier domaine, en application, notamment, des accords de Kyoto dont la Finlande se veut un actif défenseur, l’adoption en 2001 d’une Stratégie Nationale pour le Climat (en cours d’actualisation) a permis de renforcer les actions menées, et réouvert la possibilité d’un recours accru au nucléaire. En novembre 2005, le gouvernement a rendu public un rapport d’ensemble sur la politique énergétique, qui préconise pour le futur une stratégie fondée sur l’accroissement de la production nationale et la priorité donnée aux énergies renouvelables. D’ici 10 à 15 ans, la part de la première devrait augmenter un quart. Les sources renouvelables seront développées, en s’efforçant de concilier les exigences liées aux retombées environnementales et les difficultés posées par le coût –souvent important- des investissements. Le Parlement est appelé à discuter ce rapport. Les économies d'énergie |  |
Dans un souci de défense de l'environnement, le gouvernement a fixé un objectif de ralentissement de la consommation d'énergie entre 1996 et 2010. Outre des actions de sensibilisation, un accord a été signé en 1997 entre le ministère du Commerce et de l'Industrie et huit organisations représentant les opérateurs économiques (industries, municipalités, producteurs et distributeurs d'énergie, etc,.), pour promouvoir des mesures de conservation et d'économies d'énergie.
0n notera que les récents progrès des industries à haute technologie (électronique, télécommunications), qui sont relativement moins fortes consommatrices d'énergie que les industries traditionnelles (bois et papiers, métaux, industries chimiques, etc) vont dans le sens souhaité ; mais que la marge de manœuvre des secteurs traditionnels (qui demeurent importants) est réduite, s’ils veulent maintenir leur compétitivité à l'échelle internationale.
La lutte contre la pollution
|  |
Helsinki s'est engagée, par des accords internationaux, à réduire fortement la pollution atmosphérique. Des résultats appréciables ont été obtenus, mais beaucoup reste à faire surtout en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone. Les objectifs retenus par la Conférence de Kyoto (1997) sur les gaz à effet de serre conduisent à concentrer les efforts sur la fixation de normes strictes et la mise au point de technologies réduisant ces émissions lors de la production et de la consommation d'énergie (leur niveau durant la période 2008-2012 devrait redescendre à celui de 1990), et sur la substitution d'énergies renouvelables peu polluantes aux combustibles fossiles (en 2005, les premières, en incluant l’apport, discutable, de la tourbe -soit 6 % -, fournissaient 29 % de la consommation totale). Un recours accru au gaz naturel et à la bioénergie (tourbe exceptée) irait dans le bon sens. La construction de centrales nucléaires (voir ci-dessus), plus encore, peut avoir un effet bénéfique.
Les émissions de dioxyde de carbone se sont élevées à 65 millions de tonnes en 2004, soit nettement plus qu’en 1990 (53,1 millions). En 2005, elles redescendent toutefois à 54 millions de tonnes, vu la part plus faible des combustibles fossiles dans la consommation, et la baisse de cette dernière (grèves dans l’industrie du papier). Les émissions de gaz à effet de serre totalisaient 81,4 millions en 2004 (71,1 en 1990). La fiscalité de l'énergie |  |
La fiscalité sur l'énergie vise des objectifs économiques, mais peut être un outil de défense de l'environnement. Dans cet esprit, la Finlande avait dès 1990 institué un "impôt sur le carbone" portant sur l'énergie primaire et variable selon le contenu en carbone des diverses sources. Après diverses améliorations, le système a été profondément modifié en 1997, en raison de l'ouverture -nordique et européenne- du marché de l'énergie : trop différent des systèmes étrangers, il compromettait la compétitivité de l'électricité nationale par rapport à l'énergie importée. La Finlande suit avec intérêt les efforts au sein de l'U.E. pour définir une directive sur une taxation de l'énergie prenant en compte la défense de l'environnement.
| Conclusion |  |
La présidence finlandaise de l’Union Européenne, au second semestre 2006, donne au pays l’occasion de montrer à ses partenaires et aux principaux acteurs du marché international de l’énergie, telle la Russie, tout l’intérêt qu’il porte à la mise sur pied d’une politique dynamique et prospective de l’Union dans ce domaine. Il répond ainsi aux souhaits émis par la Commission européenne, dans le Livre Vert publié en mars.
|