| Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? |  |
S’il faut en croire les patrons de la filière papier, les choses, hélas, vont complètement de travers. L’an dernier, le rythme de la croissance économique mondiale a été le plus rapide observe depuis deux décennies; mais la conjoncture favorable n’a pas pour autant donné un coup de fouet aux cours des papiers. Fait inhabituel, car d’ordinaire, en conjoncture favorable, ces cours enregistrent des progrès substantiels; les entreprises dépensent alors en publicité et les journaux augmentent le nombre de pages de leurs journaux. Dans les années 1990, par exemple, lorsque le cycle a atteint son pic, les qualités de papier ont renchéri de 20 à 35% en un an.
La situation est d’autant plus étrange que les cours des autres matières premières ont nettement augmenté. Les sidérurgistes finlandais Rautaruukki et Outokumpu ont forgé des résultats qui comptent parmi les plus brillants de leur histoire; de son côté, la vigoureuse expansion économique de la Chine a entraîné le fonctionnement à plein régime des marchés mondiaux de l’acier.
Le « phénomène chinois » n’ayant pas fait sentir ses effets sur les cours des papiers, les résultats des entreprises forestières finlandaises s’en ressentent. Leurs bénéfices commerciaux et les taux de rendement de leurs capitaux sont à la traîne, loin derrière le niveau qu’ils connaissent en période de pointe. Les dirigeants de ces entreprises sont dans l’embarras : ils ne peuvent embellir les résultats qu’en intensifiant leurs activités et en élaguant les coûts. Seule une amélioration de l’évolution des cours des papiers peut imprimer une impulsion définitive aux ratios.
Le renforcement du dollar par rapport à l’euro constitue un léger allègement pour l’industrie forestière finlandaise. Au printemps de 2002, la monnaie unique européenne s’est hissée au rang du dollar avant de continuer sur sa lancée au point d’atteindre un niveau insoutenable pour les fabricants de papier. Les effets des devises peuvent être considérables car un affaiblissement ou un renforcement de dix pour cent se traduit, pour UPM-Kymmene et pour Stora Enso, par une fluctuation du résultat comprise entre 25 et 45 millions d’euros sur l’année. | Les défis liés à la mondialisation |  |
En l’espace d’une vingtaine d’année, l’industrie forestière finlandaise s’est fortement internationalisée. Ses activités hors de Finlande représentent environ la moitié de son chiffre d’affaires. Les géants forestiers, qui ont déployé leurs tentacules de l’autre côté de l’Atlantique, doivent affronter quotidiennement les défis qui accompagnent la mondialisation et la concurrence internationale. Le rôle de la production en Finlande devra être évalué sur des bases sensiblement différentes de celles qui prévalaient ces dernières années.
Fait préoccupant pour les Finlandais, la rentabilité des activités des entreprises forestières dans leur pays est médiocre. Les prix des papiers à l’exportation sont tombés à un niveau inférieur à ce qu’ils étaient au milieu des années 1990, et il n’y a guère d’espoir que l’on assiste à une hausse des prix massive dans le proche avenir. Tandis que les prix à l’exportation baissaient, les salaires dans l’industrie forestière ont poursuivi leur hausse et la productivité n’a pas connu d’amélioration décisive.
Pour les activités de l’industrie forestière en Finlande, la question-clé est la suivante: comment préserver la compétitivité quand la dévaluation, la solution « brevetée », ne fait plus partie de l’arsenal des moyens disponibles. Dans l’optique des dirigeants des entreprises forestières, la seule solution consiste à rehausser la productivité du travail et à porter le rendement des capitaux investis au niveau international. Arracher d’autres conditions impliquerait des sacrifices de la part des travailleurs.
L’adaptation aux défis liés à la mondialisation est l’objet d’une vigoureuse partie de bras de fer. Le récent conflit social opposant patrons et travailleurs de l’industrie forestière auquel elle a conduit pourrait bien marquer le début d’une redistribution des cartes qui, finalement, fixera les choses: quelle sera l’importance de la production papetière en Finlande dans 10-20 ans, et avec quel empressement les entreprises forestières finlandaises investiront-elles dans leur pays ?
L’histoire offre une indication: déjà, dans le passé, la Finlande a relevé les défis et s’en est sortie. Pour répondre à la pression des coûts qui se faisait sentir dans les années 1970 et 1980, les entreprises se sont adaptées en investissant dans des machines à papier plus puissantes et des produits de meilleure qualité. Ces solutions ont valu aux fabricants de papiers finlandais le leadership technologique auquel ils doivent les succès remportés durant ces dernières décennies.
Dans le meilleur des cas, cette fois encore, une refonte des structures de production s’impose; elle devra offrir aux fabricants de papiers finlandais des possibilités non seulement d’augmenter les rendements et d’améliorer la productivité, mais également de consolider leurs positions des précurseurs de nouveaux produits de pointe.
Le ton de la colonne Lex du Financial Times était railleur, en juin, quand il écrivait que les actions UPM et Stora Enso produisent de faibles rendements. Cinq bonnes années seulement ont été enregistrées au cours des vingt dernières écoulées. En Finlande, pourtant, les actions des entreprises du secteur forestier inspiraient la confiance et continuent de le faire. Les actionnaires finlandais détiennent 30% des actions de Stora Enso et 35% d’UPM. Des chiffres élevés quand on sait que d’après les indicateurs de ressources d’investissement, la Finlande n’est pas un grand pays.
Eljas Repo et Tommi Melender
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