Mais M. Katainen, qui est aussi chef de file du Parti du rassemblement national (conservateur modéré) ne sourit pas et il ne se gausse pas de l’état de l’économie publique de son pays. Pourtant, il pourrait disposer là d’une arme de choix dans la perspective des prochaines élections municipales. La situation de l’économie mondiale est présentement telle que même une personnalité politique qui se prépare à des élections n’affiche pas sa fierté devant le constat de ce qui a eu lieu hier ; non, il s’inquiète de ce que sera demain.
La revue de la situation conjoncturelle, en juin, commence en ces termes. « Jusqu’à présent, l’économie finlandaise a fait bonne figure face à l’affaiblissement de l’économie internationale. La conjoncture favorable, restée forte, connaît néanmoins un fléchissement, la croissance économique faiblit. »
On pourrait s’imaginer qu’à l’OCDE, ce succès serait salué et que la louange serait assortie d’une invite à sourire. Mais, là non plus, le sourire n’est pas de mise !
Le récent rapport de l’OCDE sur la Finlande commence en usant de termes élogieux : le chômage est en recul, la croissance économique a été supérieure à celle observée dans la plupart des autres pays de l’Union européenne (UE) et l’État a engrangé plus de recettes fiscales qu’il n’a dépensé de deniers publics. Le rapport de 159 pages identifie bon nombre de problèmes dans l’économie finlandaise et il donne au gouvernement du pays des directives strictes pour corriger le cours.
L’OCDE produit environ tous les deux ans des rapports par pays. Le rapport consacré à la Finlande a été publié le 4 juin 2008.
La population d’âge actif commencera à diminuer en 2010. Le problème du vieillissement démographique, en Finlande, est nettement plus grave que la moyenne dans les pays de l’OCDE. Le nombre des nouveaux arrivants sur le marché du travail et des immigrés est inférieur à celui des départs à la retraite. La croissance économique de la Finlande diminuera, l’an prochain, pour passer à moins de 3%. Les hausses salariales sont jugées excessives, le taux de chômage devrait se stabiliser au niveau de 6%.
Nokia et l’industrie des télécommunications ont généré une réussite pour le plus grand bien de la Finlande. Il est cependant peu probable que cette bonne fortune perdure. L’industrie forestière, branche industrielle traditionnelle de la Finlande, est aujourd’hui en difficulté. Les pouvoirs publics devraient favoriser davantage l’esprit d’entreprise. Les Finlandais se mettent volontiers au service d’un employeur d’envergure.
« Tuyaux » fiscaux de l’OCDE
Les moyens que l’État utilise pour diriger l’économie sont essentiellement fiscaux. L’OCDE prodigue ses conseils quant à la manière dont la Finlande aurait intérêt à modifier sa fiscalité.
La réforme fiscale finlandaise de 2005 a abaissé le taux d’imposition qui pèse sur les entreprises, ramenant celui-ci à 26%, c’est-à-dire nettement moins que la moyenne de l’UE; la Finlande s’en trouve plus attrayante au plan de la fiscalité des entreprises. Mais, dans les nouveaux États membres de l’UE, le taux d’imposition des entreprises est encore plus faible: 19%, en moyenne. Afin d’attirer les investisseurs étrangers, la Finlande devrait, peut-être, envisager d’abaisser encore son taux d’imposition des entreprises.
La protection sociale est élevée en Finlande, comme dans tous les Pays Nordiques, ce qui explique que les citoyens ont accepté l’imposition élevée des salaires. L’OCDE invite toutefois à diminuer cette imposition, surtout celle qui frappe les catégories des plus gros revenus. Si cet appel n’est pas suivi, les diplômés de haut niveau quitteront la Finlande pour aller voir ailleurs, estime l’OCDE.
La Finlande a connu peu de circulation transfrontalière de la main-d’œuvre. Le rapport de l’OCDE indique cependant que l’imposition est utilisée pour attirer des travailleurs en Finlande. L’OCDE pense que la fiscalité dirige la circulation de la main-d’œuvre. L’imposition des salaires, si elle était plus faible, préviendrait le départ des personnes touchant de gros salaires et inciterait de nouveaux talents à venir travailler en Finlande.
Le rapport estime que le rejet d’une offre d’emploi faite aux chômeurs finlandais a été rendu trop facile. Il faudrait davantage exiger de la part des demandeurs d’emplois qu’ils soient disposés à déménager d’une localité à une autre.
La Finlande compte peu de travailleurs étrangers. En proportion, parmi les pays de l’OCDE, seuls la Corée, le Mexique et le Japon comptent moins de travailleurs étrangers.
L’aide à l’agriculture ne profite pas
L’agriculture et la politique régionale ne sont pas épargnées. La première, en effet, est jugée excessivement aidée, car l’agriculture n’est pas un secteur de croissance à proprement parler. C’est pourquoi l’aide dont elle bénéficie n’accroît pas le bien-être.
Des fusions intercommunales ont été entreprises en Finlande. Il y reste néanmoins 350 communes : beaucoup trop aux yeux de l’OCDE ! Les petites communes ne sont pas efficaces et elles ne savent pas investir efficacement les ressources. Ce sont les communes qui, en Finlande, assument les dépenses vieillesse et maladie ; contenir ces dépenses nécessite une organisation efficace.
En Finlande, l’âge du départ à la retraite est le plus bas des Pays Nordiques. Selon le rapport de l’OCDE, la Finlande devrait réformer son système de retraite. L’accès à la préretraite à 57 ans devrait être empêché. En outre, les retraités devraient être encouragés à être actifs et, par exemple, à travailler à temps partiel.
Résultats de l’enseignement – les propos sont élogieux Le rapport de l’OCDE ne tarit pas d’éloges sur la situation de l’enseignement. Selon l’enquête Pisa, la Finlande arrive en tête dans le monde pour ce qui est du niveau de l’enseignement. (La Finlande a régulièrement bien réussi dans les tests de l’enquête Pisa. Elle est en tête pour les sciences et vient au deuxième rang pour les mathématiques.
On pourrait s’imaginer que l’OCDE prodiguerait des félicitations pour ce succès et inviterait à sourire de satisfaction. Mais, non ! Il faut chercher les défauts, et quand on cherche, on trouve ! L’enseignement supérieur, en Finlande, a des problèmes.
Le rapport sur la Finlande blâme le système des examens d’entrée dans les établissements d’enseignement supérieur ; il serait responsable de retards dans l’entreprise des études et d’interruptions de celles-ci. On trouve aussi un indicateur qui révèle les problèmes. En Finlande, 30% des personnes âgées de 27 ans sont encore aux études. C’est plus que dans aucun autre pays retenu dans la comparaison.
Seulement 40% des inscrits dans l’enseignement supérieur passent leur diplôme final en six ans ; le rapport s’interroge sur la durée prolongée des études.
Le rapport propose aussi que l’enseignement supérieur, gratuit à l’heure actuelle, soit rendu payant, en partie. La contrainte économique obligerait à accélérer les études. La proportion de chercheurs génère la foi dans l’avenir Bien que le système de l’enseignement supérieur puisse être amélioré, il n’en a pas moins produit un nombre record de titulaires de doctorats. Rapporté au chiffre de la population, après la Suède et la Suisse, c’est en Finlande que l’on trouve le plus de docteurs d’universités.
L’économie finlandaise se porte bien, mais des problèmes l’attendent. Ces problèmes, le rapport de l’OCDE sait les énumérer, pour ensuite, aussitôt, préconiser des idées pour y remédier. C’est ce que fait l’OCDE dans tous les rapports par pays.
Bien que les menaces soient là, il y a aussi de quoi nourrir la confiance dans l’avenir. La Finlande a foi dans la recherche. Au total, 77.000 personnes font de la recherche, c’est-à-dire 2,5% de l’effectif de la main-d’œuvre. On fait, en Finlande, relativement plus de recherche et de développement que dans aucun autre pays de l’OCDE.
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