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Helsinki cultiveé et intègre

Culture > Tendance
17-10-04
Auteur : Jean Pierre Frigo
Quadruple articulation

Marianna Kajantie soupire, marque une pause et lance: “Mon métier consiste à promouvoir la culture auprès des hommes politiques et ce n’est pas facile: lors des débats budgétaires la culture passe souvent à la trappe, puisque très peu d’entre eux l’ont choisi comme thème électoral.” Pourtant Marianna se bat. Directrice adjointe à la Culture pour Helsinki, elle compte déjà quelques beaux succès à son palmarès.

Quadruple articulation

“Sans culture, que serions-nous, que pourrions-nous faire, quelles formes et quelles directions prendraient nos vies?” a écrit dans un article Yrjö Larmola, Directeur à la Culture d’Helsinki. Questions simples et essentielles... La quadruple réponse donnée par la Ville d'Helsinki peut être lue à travers les missions remplies par les locaux culturels: “Éduquer les jeunes à la maison des Arts d'Annantalo, insérer les jeunes des banlieues de la capitale grâce à nos MJC de Malmintalo, Stoa et Kanneltalo, aider les étrangers récemment arrivés à s’intégrer grâce au centre multi-ethnique de Caisa et stimuler tout le monde, en invitant des groupes étrangers, à l’Aleksanterin teatteri (Théâtre Alexandre) ou au théâtre Savoy, développe Marianna Kajantie, Directrice adjointe à la Culture.

Brassages

Commençons par les salles. Étant une structure ouverte, l’Aleksanterin teatteri, dont elle a la charge, diffère des autres salles finlandaises: “La plupart des salles finlandaises sont des structures fermées, où les gens ont des emplois à vie. Au théâtre Alexandre, qui est une mini-salle de 400 places, nous disposons de toutes les possibilités: théâtre, ballet, mini-opéra. Je trouve cet endroit très proche du Théâtre du Châtelet à Paris, au niveau conception. On y a invité aussi bien des troupes françaises que japonaises ou russes”, explique Marianna qui pense qu’à Helsinki, sur le plan artistique professionnel, toutes les possibilités sont offertes comme jamais ça ne l’a été auparavant. Helsinki est le lieu de toutes les expériences imaginables et toutes les formes artistiques sont testées, que ce soit en musique avec l’Académie Sibelius ou en design à TAIK (Ecole supérieure des arts et du design). Au regard des chiffres, d’ailleurs, la proportion d’étudiants en art atteint des sommets dans la capitale finlandaise: “Je ne crois pas qu’il existe une autre capitale comme Helsinki, proposant de la danse, du théâtre, de l’art plastique, du ballet, différentes musiques, tout cela accessible à toutes les bourses”, dit-elle, tout en constatant que la Finlande produit un peu trop de bons musiciens et qu’il sera impossible que tous arrivent à vivre de leur activité au pays. Cette situation devrait en pousser la plupart à s’expatrier et transformer un handicap en avantage, la musique ayant besoin de toutes sortes de brassages.

Impasses

Gratuité, beauté des lieux et emplacements pour évènements, liberté et facilité d’accès pour tout le monde, constituent quelques plus de la vie culturelle à Helsinki. Pour comprendre l’énergie déployée par le très motivé département culture de la ville, emmené par Marianna, il faut revenir sur quelques aspects généraux de la vie culturelle en Finlande. Les cinquante dernières années ont vu l’Éducation Nationale de Finlande mettre l’accent sur la formation de professionnels - ingénieurs, chimistes, électroniciens, spécialistes et experts de tout poil - au détriment de la formation humaniste. Ce pli a été pris lors des années de reconstruction d’Après-guerre: il fallait faire tourner le pays, régler les réparations - exorbitantes - à l’ex-URSS et moderniser pour rendre la totalité de l’appareil de production efficacement compétitif. Mais parallèlement l’Éducation Nationale a occulté des pans entiers d’histoire, notamment les tensions avec l’ex-URSS, devenue par la suite le partenaire économique n°1 de la Finlande. Il n’empêche que le prix à payer pour cette priorité donnée à l’économique a résulté en autant d’impasses faites sur l’identité nationale finlandaise, en passant quasiment sous silence les appartenances européennes de la Finlande, en la sortant carrément de certains circuits politiques et culturels. Dès l’effondrement de l’URSS, très conscients de ce retard, des personnalités culturelles, comme Marianna Kajantie, se sont immédiatement employées à mettre les bouchées doubles pour rattraper ces retards. Leur vision a été - et continue à être - de compléter la formation culturelle des jeunes générations, qualitativement et quantitativement, de mettre à leur disposition ce que l’école ne leur donne pas. Songeons que la classe de Terminale n’offre qu’un embryon de cours de philosophie, davantage tourné sur les religions que sur une étude des penseurs et de la réflexion.


Melting pot prévu

Un autre point sensible est l’intégration. La Finlande n’a aucun passé, aucune histoire en tant que pays d’immigration. Au contraire elle a, de tous temps, plutôt été un pays d’émigration, vers l’Amérique du Nord, vers la Suède, principalement. Parallèlement, le peuple finlandais est resté très homogène, isolé du reste du monde. Pourtant les courbes démographiques montrent qu’il va falloir qu’ils s’y préparent, que le pays aura - dès 2007 - un déficit démographique à combler et qu’il faudra faire venir des étrangers, sans doute d’Inde, de Chine ou d’Amérique du Sud, pour occuper les postes laissés vacants par les départs en retraite. D’ores et déjà le pays doit se préparer à un “melting pot” à venir. D’ores et déjà il faut songer à intégrer les étrangers qui débarqueront en Finlande dans un futur proche. Marianna Kajantie travaille aussi en ce sens et dans cette optique...

Le sérieux d’Annantalo

En Finlande, dès que l’on aborde les sujets de l’identité des Finlandais, de l’intégration des habitants aux grandes villes, des étrangers au pays, la culture revient toujours au premier plan, tôt ou tard. Annantalo se présente comme un élégant bâtiment ancien, de style Empire, mais ouvert à tous les visiteurs depuis 1987. A chaque fois, on peut y visiter une exposition, un événement, parfois les deux simultanément, mais la vocation principale d’Annantalo est de compléter l’éducation culturelle et artistique des jeunes générations de Finlandais: “Pour l’enseignement de l’art, le niveau des écoles finlandaises demeure encore largement insuffisant, le professeur se contentant trop souvent de faire écouter des disques ou d’amener des photos d’oeuvres d’art et de vaguement les commenter. A Annantalo nous proposons autre chose”, s’enthousiasme Marianna. Cet autre chose ce sont des cours gratuits, par série de dix heures (5 fois deux heures de cours) proposés en compléments à des classes de collèges et de lycées: “Et ce sont des artistes ou artisans qui dispensent cet enseignement, ce qui est une occasion rêvée pour les profs de se remettre à niveau car pour la plupart c’est la première fois de leur vie qu’ils rencontrent un professionnel des métiers de l’art”, explique Marianna. Que ce soit en musique ou en peinture, les élèves disposent, pour la pratique, de tout l’équipement nécessaire, des instruments et outils véritables, afin de s’entraîner sérieusement. Inutile de dire que le syndrome bon marché de la pâte à modeler ou des boulettes de papier n’est pas de saison à Annantalo. Les élèves se sentent ainsi sainement respectés. Actuellement cette initiative connaît un tel succès que les postulants sont en liste d’attente sur plusieurs mois. “J’ai créé Annantalo, tout simplement parce que l’école finlandaise ne remplissait pas suffisamment son rôle sur le plan culturel”, précise Marianna.

Sans limites

A Helsinki, la culture paraît en de bonnes mains, avec des responsables sensibilisés et très motivés. Une particularité: les bourses et les subventions sont décernées de façon extrêmement ciblée: en 2002, étaient distingués la danse moderne, la musique légère et les arts multimédia. En 2003, ce furent au tour de la littérature, des arts appliqués et arts plastiques, incluant la BD. Quant à l’année 2004 elle met en valeur les musiques étrangères avec un accent particulier placé sur les musiques arabes. Dans la foulée de ce foisonnement Marianna s’est même permis de lancer une initiative de thérapie anti-suicide, les chiffres finlandais demeurant toujours inquiétants (les statistiques placent la Finlande très haut dans le monde, en ce qui concerne les suicides). Il s'agit d'un volet de cours de culture analysant des pièces de théâtre avec commentaire et interactivité avec une équipe thérapeutique sur cette analyse culturelle: “J’ai tenu à ce qu’on démarre ce cours sur le suicide à l’Université d’Helsinki. Ainsi, les lycéens, à qui il était en priorité destiné, se sont sentis valorisés de passer les portes de l’Université et sont venus y assister en grand nombre. On a également ajouté une possibilité de thérapie familiale, choix très important aussi bien pour notre système de Santé, que pour l’École ou la société. Eh bien, tout cela a été un grand succès, avec un grand public”, commente-t-elle. La culture, selon Marianna Kajantie, ne s’arrêtera jamais aux portes des musées ou des salles de concerts.

 

Liens

la plupart de ces sites ont une version en anglais

Bureau de la Culture d’Helsinki
www.kulttuuri.hel.fi

Aleksanterin teatteri
www.kulttuuri.hel.fi/aleksanteri

Savoy-teatteri
www.kulttuuri.hel.fi/savoy

Kanneltalo
www.kulttuuri.hel.fi/kanneltalo

Malmitalo
www.kulttuuri.hel.fi/malmitalo

STOA
www.kulttuuri.hel.fi/stoa

Annantalo
www.kulttuuri.hel.fi/annantalo

Caisa
www.kulttuuri.hel.fi/caisa

 
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