| Introduction |  |
Les oeuvres classiques et les pièces étrangères modernes tendent à trouver rapidement leur voie dans ce pays; mais les pièces finlandaises n'en représentent pas moins la moitié du répertoire. Jusqu'aux années 1980, le théâtre finlandais était investi d'une double mission - éducative et culturelle-, héritée des premiers jours de ce que l'on a appelé l'éveil de la conscience nationale. Mais, dans les années 1990, les choses ont changé. Les limites entre le théâtre et les autres formes d'art se sont estompées, laissant du champ, un peu partout dans le pays, à de nouvelles troupes expérimentales qui font foin des conventions et bouleversent les traditions. On dénombre une soixantaine de théâtres institutionnels permanents en Finlande. Le Théâtre National et le Svenska Teatern I Helsingfors (le Théâtre suédois d'Helsinki) comptent, avec d'autres théâtres municipaux créés dans les premières années du siècle, parmi les établissements les plus anciens. Tous ont élu domicile dans des édifices qui se distinguent dans la physionomie urbaine, chacun avec son personnel permanent, sa troupe et un répertoire joué, simultanément, sur plusieurs scènes du même établissement. La fin des années 1960 fut marquée par l'émergence de troupes de théâtre idéologiquement orientées; elles s'efforcent de favoriser l'accès de nouvelles audiences au théâtre - les enfants, la population rurale et les classes laborieuses. Leurs activités sont désormais bien ancrées, elles ont leurs propres établissements qui se fondent dans le décor environnant. Durant les années 1980, les jeunes renoncent à l'idéologie pour exiger une réforme de l'expression théâtrale. Parmi les nouvelles troupes, bon nombre ne connaissent qu'une vie éphémère, réunie par une seule production. Les acteurs vont et viennent, la démarcation entre le professionnel et l'amateur est floue.
Dans la comparaison internationale, le théâtre finlandais est fortement subventionné. Un parallèle peut être fait avec l'Allemagne, où les théâtres ont un statut culturel et une mission similaires. Les théâtres à vocation entièrement commerciale sont pratiquement inconnus. Parce que subventionnés, les prix des billets sont abordables, le théâtre est accessible au grand public. Des billets sont souvent vendus en bloc à des groupes qui parcourent de longues distances, dans des cars loués dans ce dessein.
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| Des troupes à répertoires aux productions théâtrales |  |
La révolution qui a marqué l'expression théâtrale durant la dernière décennie a affecté tous les théâtres. L'unité de l'expression artistique a disparu pour faire place à une spécialisation par théâtres mais également au sein des établissements. La volonté d'être de grands ou de petits établissements se manifeste simultanément. Diverses formes de théâtre vivent côte à côte et se complètent. Pour la plupart, les théâtres ont, en même temps, plusieurs pièces à leur répertoire.
Traditionnellement, le théâtre de la minorité de langue suédoise était tout à fait parallèle au grand courant du théâtre de langue finnoise. Si la langue reste un important symbole de l'identité, les petites troupes de langue suédoise tentées par les expérimentations théâtrales ont suscité leurs représentations en langue finnoise voire des productions bilingues. Ce bilinguisme est déjà une tradition au Lilla Teatern d'Helsinki. La minorité Rome s'intéresse aussi au théâtre et la minorité de langue sâme, en Laponie, participe à représentations transfrontalières dans la région arctique. On trouve des troupes de théâtre amateur un peu partout dans le pays. L'éventail des répertoires joués sur la scène principale des grands théâtres institutionnels est vaste: comédies musicales, pièces consacrées à des périodes historiques, classiques, comédies. Le répertoire se veut essentiellement familier, sûr; il utilise volontiers l'expression traditionnelle, il prend parfois position sur les questions de société. Les succès internationaux ne tardent guère à y être mis en scène. Mais presque tous les théâtres ont inscrit une comédie musicale à leur répertoire de base.
L'inauguration du petit auditorium du Théâtre national, en 1954, a initié la tradition des salles de représentation parallèles dans le théâtre finlandais. Au début, les petites scènes étaient le lieu où l'on tentait des expériences; peu à peu, elles ont fait place auxoeuvres contemporaines bien établies. Les oeuvres les plus récentes ont été transférées dans des salles de construction plus récente, de plus en plus petites, dont les répertoires évoquent, par leur caractère expérimental, les productions du théâtre d'avant-garde. Si les grandes salles sont remplies grâce aux efforts de marketing du service compétent du théâtre, le public qui fréquente les petites salles se compose davantage de "mordus" et ce sont souvent elles qui, dans la critique, remportent les succès les plus éclatants. Les troupes formées dans les années 1960, autour d'une ou de plusieurs productions ont contribué à souligner davantage le rôle de l'acteur et, d'une manière générale, l'expression théâtrale est à parité avec l'histoire fictive, créée par l'écrivain. La Finlande a toujours suivi de près l'évolution survenue dans le reste de l'Europe, et ces ambitions elles-mêmes sont liées au théâtre expérimental sous d'autres cieux. La danse suscite un intérêt grandissant, lui-même générateur de plusieurs théâtres de la danse; mais le mouvement bénéficie d'une attention accrue même dans les milieux du théâtre traditionnel. La musique, également, est devenue un élément essentiel de l'expression théâtrale.
| Ceux qui donnent le ton |  |
Les acteurs, traditionnellement, étaient au coeur de la vie théâtrale. Si le public semble vouloir continuer de choisir dans le répertoire en fonction des acteurs, le dramaturge occupe, depuis la fin des années 1960, une place solide. Dans leur grande majorité, c'est à lui que les critiques font référence pour évoquer telle pièce; les recherches consacrées au théâtre s'intéressent, pour la plupart, à l'auteur ou au metteur en scène.
Les jeunes dramaturges de la première génération de l'après-guerre ont conservé pendant plusieurs décennie leur position, bien établie. Ralf Långbacka doit sa réputation à son interprétation de Tchékov et de Brecht, Kalle Holmberg à ses mises en scène d'oeuvres de portée nationale, mais aussi de Shakespeare et de Strindberg. Tous deux ont été invités à travailler dans plusieurs pays, avant d'entrer, au zénith de leur carrière, dans le monde de l'opéra. Jouko Turkka, pour sa part, a établi sa réputation sur son interprétation d'oeuvres finlandaises, avant de mettre en scène, de plus en plus, des pièces dont il est lui-même l'auteur. Sa personne - qu'il s'agisse du dramaturge qui met volontiers l'accent - et de manière originale - sur le caractère physique, du pédagogue et de l'auteur - a suscité maintes fois le débat. Les femmes dramaturges ont toujours été fortement présentes dans le théâtre finlandais. Kaisa Korhonen représente une approche visuelle et impulsive; Ritva Siikala met en scène des drames familiaux intimes ainsi que de grands spectacles pour des femmes-acteurs. Cette même génération est encore représentée par Laura Jäntti, qui dépeint le psychisme des individus, Eija-Elina Bergholm qui étudie le rôle de l'expression visuelle, et Katariina Lahti qui a longtemps travaillé en Allemagne. La génération radicale face à la société a relevé le défi dans les années1980, notamment avec Arto af Hällström - acclamé pour ses mises en scènes d'oeuvres de Molière - et Raili Leppäkoski , metteur en scène du Ryhmäteratteri (litt. Théâtre du Groupe) qui est, elle aussi, la coqueluche des jeunes citadins. Elève de Turkka, Jussi Parviainen a écrit et mis en scène, à la fin des années 1980, une série de tragédies qui ont suscité la contreverse, imprégnées de l'angoisse du jeune homme moderne et des crises qui opposent les sexes. Esa Kirkkopelto reconnaît, lui aussi, l'influence de Turkka même si, pour les non-initiés, ses mises en scène riches en images musicales et visuelles affichent une vision exceptionnellement personnelle.
Les carrières d'auteurs et de dramaturges de Parviainen et de Kirkkopelto sont des reflets du théâtre finlandais de la précédente décennie; un théâtre où la signification du mot domine encore, mais renforcée par un nouvel élément, plus physique.
Les liens entre les auteurs et le théâtre se sont resserrés, en particulier par suite de l'enseignement donné à l'Ecole supérieure du Théâtre. Les jeunes auteurs travaillent en étroite collaboration avec les théâtres. Les radicaux des années 1960 voulaient que le théâtre apporte à l'enfant autre chose que les traditionnelles variétés mises en scène en période de Noël. Leurs théâtres pour les enfants - comme la Skolteatern (Ecole du Théâtre), et le Nukketeatteri Vihreä Omena (Théâtre de Marionnettes de la Pomme Verte) restent vigoureux. Le Pieni Suomi (Petite Finlande), né de la fusion de plusieurs théâtres, a créé de nouvelles productions, plus radicales, destinées à alimenter le débat sur le rôle du théâtre en tant que forme d'art. L'intérêt de jeunes metteurs en scène comme Otso Kautto et Leena Havukainen pour le théâtre s'adressant aux enfants a renforcé ce mode d'expression théâtrale. | Le pays des théâtres et des festivals d'été |  |
Malgré sa brièveté, l'été finlandais abonde d'événements culturels, au nombre desquels figurent en bonne place les représentations théâtrales en plein-air. Ni la pluie ni les moustiques ne sont capables de chasser le public de ces théâtres en plein-air, et les tentatives visant à transférer les productions dans les salles ont tristement échoué. Jusqu'à un passé tout récent, les pièces inspirées par le folklore et par les comédies dominaient le répertoire. Dans un registre plus sérieux, les classiques finlandais - les pièces d'Aleksis Kivi, en particulier - sont indiscutablement favorites. Un festival Kivi est organisé à Nurmijärvi. Dans les théâtres d'été, la démarcation entre les acteurs amateurs et les professionnels est floue, les projets ont souvent une saveur locale. Le théâtre d'été Pyynikki, à Tampere, qui s'est doté d'une scène tournante dans les années 1960, attira dans les premières années un vaste public venu voir "Soldat inconnu" de Väinö Linna. Ce théâtre a gardé ses ambitions et il monte des productions qui puisent parmi les classiques mondiaux et les pièces à succès finlandaises. Un autre théâtre d'été éminent, où les troupes de quatre jeunes théâtres se sont produites ces dernières années, a élu domicile à l'abri des remparts de la forteresse insulaire de Suomenlinna, en rade d'Helsinki. A Turku, l'ancienne capitale, la scène dressée sous les cieux est située au pied du vieux moulin de Samppalinna. La plupart des théâtres d'été ont pour particularité d'être situés dans un cadre naturel et d'offrir un décor attrayant. L'évolution du théâtre finlandais a également bouleversé les conventions du théâtre d'été, dont les programmes sont devenus plus variés, ces dernières années, avec une touche plus internationale. A côté de la fonction récréative, l'ambition artistique s'affirme plus nettement aux yeux du public, tout en se voulant pragmatique. Les succès des années 1990 sont les interprétations de Shakespeare par Ralf Långbacka, dans le décor de la forteresse insulaire en rade d'Helsinki, avec de jeunes acteurs du Théâtre Viirus.
Tête de liste des festivals, le festival d'Opéra de Savonlinna est devenu une tradition de plein droit; il jouit dans le monde entier d'une réputation d'excellence. Mais le théâtre a, lui aussi, ses festivals annuels. Au mois d'août, chaque année, le Festival du Théâtre d'Eté de Tampere rassemble des troupes internationales intéressantes, qui sont, pour la plupart, de petites compagnies expérimentales; il présente aussi les meilleures pièces du répertoire national de l'année écoulée. Ce festival, s'il n'est pas le seul, est le plus important événement du genre de l'année; dans toute la ville, il donne des représentations depuis la mi-journée jusque tard dans la soirée. Le Festival d'Helsinki met principalement l'accent sur la musique et les arts visuels, mais il permet aussi au public finlandais de découvrir des oeuvres étrangères importantes. Le Festival Helsinki Act, biennale organisée par l'Ecole supérieure du Théâtre, rassemble des troupes théâtrales, des artistes de scène, des étudiants et des chercheurs.
| Le nouvel environnement |  |
Les nouvelles réalisations ont créé un nouvel environnement de travail; mais l'adaptation à des scènes et à des constructions plus imposantes, mettant l'accent sur l'architecture et sur les équipements publics s'est avérée problématique, dans quelques cas. Il est toutefois évident que le théâtre des années 1990 dispose, en moyenne, de meilleurs locaux et qu'il est mieux équipé en Finlande que partout ailleurs. S'ils travaillent dans de nouveaux théâtres, les auteurs dramatiques Finlandais utilisent aussi, de plus en plus, d'autres constructions pour des productions uniques. L'événement Raivoisat Ruusut (Les Roses enragées), qui fut organisé pendant plusieurs années consécutives, en est un bon exemple. Un groupe d'actrices composa d'abord, dans un entrepôt désaffecté, un collage shakespearien intitulé "La Guerres des Roses", suivi l'été suivant par "Oreste" d'Eschyle. La troisième année, l'événement prenait de l'ampleur pour devenir un Festival de la Baltique, avec des tournées de troupes théâtrales des Pays Nordiques et des Etats Baltes. La grande halle d'usine de l'ancienne câblerie du Groupe Nokia a accueilli, à plusieurs occasions, des représentations organisées dans le cadre du Festival d'Helsinki. Au début des années 1990, le Théâtre de Turku a mis en scène plusieurs représentations dans des entrepôts et des immeubles vides. Des expériences similaires ont été conduites dans différentes régions du pays. On peut y voir une réaction à la stérilité et à l'absence d'une dimension historique des nouveaux édifices. Les locaux inhabituels évoquent le souvenir de leurs vies anciennes et le public doit assister aux représentations en-dehors des normes dictées par le théâtre institutionnel. |
| Les origines du théâtre finlandais |  |
Le théâtre finlandais est né dans une période de ferveur nationaliste, vers le milieu du 19ème siècle. Le drame en fut le premier genre: Aleksis Kivi (1834-1872), érigé au rang d'écrivain national finlandais, fut l'auteur d'une tragédie intitulée "Kullervo" (personnage de l'épopée kalévaléenne), d'une comédie, "Nummisuutarit" (Les cordonniers de la lande) et de plusieurs autres pièces qui sont restées dans le répertoire de référence; "Daniel Hjort", de J.J.Wecksell (1838-1907) fut, pour sa part, considéré comme le drame le plus significatif en langue suédoise avant Strindberg. L'année 1872 fut marquée par la naissance du Suomalainen Teatteri (Le Théâtre Finlandais). Son répertoire connut un incomparable succès dans les années 1930.
L'ouverture des frontières, après la guerre, souleva une vague d'internationalisme croissant. La scène adopta rapidement le nouveau réalisme américain, l'approche analytique française de la vie dans l'après-guerre et le drame russe - ce dernier fut toutefois fortement boudé entre les deux guerres mondiales. Les visites de troupes théâtrales étrangères augmentèrent. A côté du réalisme traditionnel, une nouvelle plage du théâtre finlandais évoluait. Tirant son influence du modernisme littéraire, il produisait des auteurs de théâtre comme Eva-Liisa Manner (1821-1996), Veijo Meri (né en 1928) et Paavo Haavikko (né en 1931). La génération radicale des années 1960 s'est intéressée tout particulièrement au contenu du théâtre. Des conflits artistiques et politiques apparurent entre le nouveau et l'ancien. Néanmoins, une interaction progressive gommait les différences, les théâtres nouveaux et anciens commençaient, de plus en plus, à se ressembler. Finalement, le théâtre finlandais ne connut pas de révolution; il fut l'objet d'une réforme contrôlée et graduelle. Parallèlement, vivait une puissante tradition populaire qui, par l'attrait durable qu'elle exerçait, garantit aussi aux compagnies jouant des répertoires, un espace suffisant où tenter les risques de l'expérimentation. A l'approche de cette fin de millénaire, le théâtre finlandais semble avoir perdu son unité d'antan, mais la structure institutionnelle reste vigoureuse et maintes innovations artistiques s'inscrivent dans le courant dominant. L'internationalisation en cours n'a pas ébranlé le caractère fondamental, domestique, d'un théâtre qui, typiquement, souligne le message parlé, l'expression artistique et le rôle-clé du dramaturge. |