Interview de Timothy Persons, « Director of Professional Studies », par Andréa Holzherr
Tout d'abord, pourriez-vous présenter l'école, votre département, et bien sûr le rôle que vous y jouez ?
TP : L'Ecole superière des Arts et du Design de Helsinki est la plus grande école de son genre en Scandinavie ; nous avons à peu près 1100 étudiants inscrits en maîtrise, 400 en DEA et environ 60 en doctorat.
Combien de départements réunit-elle ?
TP : Il en reste cinq. Auparavant, il y en avait neuf, mais nous avons réduit leur nombre. Nous avons un département qui comprend le design industriel, le mobilier industriel, le design d'intérieur et de l'environnement, mais aussi la céramique et le verre. Il y a également un département pour la mode et le textile.
Puis nous avons le « media lab », avec environ 200 étudiants, la plupart en maîtrise, et un département pour l'enseignement artistique qui comprend surtout les étudiants de cinquième année.
D'autre part, il y a le département de la photographie et le département film et cinéma qui occupent les nouveaux bâtiments, avec des plateaux et des studios de tournages. Et enfin, nous avons un département « beaux arts » avec la peinture et la sculpture, principalement.
Quel est donc votre rôle en tant que « Director of Professional Studies » ?
TP : Ma tâche consiste à travailler avec tous ces départements et en priorité avec les étudiants en maîtrise. Je les aide dans la préparation de leurs projets pour le diplôme ; je vérifie les portfolios, leur apprend à écrire des textes et leur explique comment se présenter. Mais ça c'est seulement une partie de mes responsabilités.
Je travaille également comme commissaire d'exposition, j'ai par exemple organisé l'exposition de l'an 2000 au Musée National. J'organise aussi les expositions de fin d'année pour l'université : une au musée de la photographie, une au musée du design et une dans un espace alternatif pour la sculpture et la peinture. Nous sommes, avec le Royal College of Art de Londres, la seule université réalisant des expositions muséales pour les étudiants diplômés. Pour cela, les musées collaborent avec l'université. C'est un énorme travail !
Votre rôle est assez particulier pour un professeur dans une école d'art. Comment êtes-vous arrivé à l'Ecole superière des Arts et du Design de Helsinki?
TP : Il y a environ 10 ans, la Finlande sortait d'une récession économique terrible. Il n'y avait pas d'argent pour la culture et le marché de l'art était quasi inexistant. L'université manquait terriblement d'image. J'ai été engagé pour donner une sorte de lifting à l'école. J'ai commencé par l'observer et l'examiner pendant environ un an, pour voir ce qui pouvait être fait ou amélioré. Une des choses que j'ai remarquées, c'est que la galerie de université ne méritait pas autant de dépenses. D'abord parce que ses expositions étaient très inégales, mais surtout parce qu'il n'y avait pas de directeur, et donc pas de ventes ! Pire encore, on manquait d'argent pour payer le loyer. La galerie représentait une perte de 100 000 € par an. J'ai alors décidé d'utiliser cet argent pour des actions plus stratégiques, comme par exemple la participation aux foires d'art contemporain, l'édition oeuvres ou de catalogues, ou encore pour allouer des bourses à certains projets d'étudiants. C'était un pari et j'ai été très critiqué au début, mais ça a marché !
| Galerie Taik |  |
Mais l'école a toujours une galerie, la Galerie Taik, dont vous êtes le créateur, si je ne me trompe pas ?
TP : C'est exact, j'ai inventé la galerie Taik pour représenter l'université à l'étranger. Quand nous avons arrêté l'ancienne galerie de l'université, nous avons réalisé qu'il fallait quand même avoir la possibilité de montrer les travaux des étudiants. Nous avons alors cherché des espaces vides, à vendre ou à louer, et nous avons persuadé les propriétaires de nous les prêter gracieusement pour nos expositions. Les étudiants faisaient tout eux-mêmes : il peignaient les murs, accrochaient les oeuvres, écrivaient les communiqués de presse et les listes de prix, organisaient les vernissages, et tout a été fait d'une manière très professionnelle. Les expositions duraient en général six semaines. Puis nous avons commencé à participer aux foires d'art contemporain.
Alors, vous avez en fait eu besoin de la galerie Taik pour pouvoir participer aux foires ?
TP : Oui, car les foires d'art contemporain n'acceptent que les galeries d'art. Sans la Galerie Taik, nous n'aurions pas été acceptés ! Car même si les foires acceptent les universités, les stands accordés sont en général très mal placés. Mon passé dans le domaine des galeries d'art m'a permis de connaître les organisateurs des foires et j'ai pu les convaincre de me faire confiance. Au début, ils était plutôt sceptiques mais la Galerie Taik est devenue très compétitive, et, plus nous avons eu de reconnaissance, plus nous avons eu envie d'être professionnel. Finalement, ce sont les photographes qui ont été le plus remarqués.
Comment expliqueriez-vous ce nombre élevé de bons photographes à l'université d'Art et de Design de Helsinki ?
TP : Les raisons sont multiples, l'une est la présence de Jorma Puranen qui est un merveilleux professeur ! Il insiste aussi bien sur l'aspect technique que sur le contenu. Il a eu quelques uns des jeunes professeurs comme élèves, ce qui perpétue la tradition.
Mais ce n'est pas la seule raison, d'autant plus parce que jusqu'à récemment, il n'y avait pas de galeries pour la photographie en Finlande et le marché était quasi inexistant. C'est pourquoi j'ai pu convaincre les étudiants de ne pas faire de compromis. Ils ne vendaient pas, alors pourquoi faire des compromis ? Pendant ces années de vaches maigres, les étudiants accumulaient d'énormes stocks et quand nous sommes arrivés à la fin de la crise sur les foires d'art contemporain, les professionnels et les collectionneurs ont commencé à s'intéresser à eux tout de suite, car ils étaient prêts, ils avaient des oeuvres à présenter !
Quel était votre but en sortant de la structure de l’université ?
TP : Le premier but était de trouver des galeries d’art pour nos étudiants parce qu’ils n’en trouvaient pas chez eux. En retour, j’attendais d’eux qu’ils soient les ambassadeurs de la création artistique finlandaise. Esko Männikkö est un bon exemple, c’était un des premiers photographes que j’ai présentés à l’étranger et il a été découvert par la galerie Nordenhake, à Berlin. Au moment où il y a acquis une réputation internationale, le groupe d’étudiants suivant était prêt à se présenter avec Brotherus, Kella, Parantainen, … et c’était leur tour de se faire connaître. Nous utilisons chaque génération de photographes pour paver le chemin de la génération suivante. C’est important pour eux d’avoir la place et le temps de grandir et de ne pas devoir suivre le groupe précédent. L’université a pour politique d’aider les artistes techniquement et financièrement pour leurs projets, même après leur diplôme. Nous voulons leur donner une chance, nous ne leur fermons pas la porte au nez. Nous avons reçu beaucoup de critiques pour cette politique, mais cela fonctionne très bien. Nous en avons la preuve, car nous arrivons maintenant à la quatrième génération. Une grande part du mérite pour ce programma revient à Monsieur Yrjö Sotamaa, directeur de l’école. C’est un vrai visionnaire. Pour lui, il ne suffit pas d’être la meilleure école d’art en Scandinavie, il veut que l’université soit compétitive à un niveau international. Beaucoup de choses dépendent donc de moi, car c’est moi qui ai les contacts internationaux et parce que je ne suis pas seulement professeur mais également commissaire indépendant. Je peux faire accéder les étudiants à des expositions dans lesquelles ils n’arriveraient normalement pas à exposer.
Pour résumer, vous êtes donc professeur, « director of professionnal studies », galeriste, commissaire d’expositions, consultant …
TP : … et le plus important, je suis artiste – ce qui aiguise mon regard !
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