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Orchestre Sinfonia Lahti

Culture > Musique
13-06-06
Auteur : Jean Pierre Frigo
Le Sinfonia Lahti, l’orchestre de la ville de Lahti, fait énigme et exemple: comment cet orchestre, au départ, inconnu est devenu une des formations les plus dynamiques, en tournée dans le monde entier?
Le concert d’Hambourg

Tel un port d’attache le magnifique Hall Sibelius abrite le Sinfonia Lahti.

Lahti est une ville de 100.000 habitants située à cent kilomètres au nord d’Helsinki. Le hall a été inauguré en 2000 sur la rive du lac Vesijärvi, à l’emplacement d’anciens docks, trait-d’union entre passé et avenir, comme le Sinfonia lui-même. Un port est fait pour lever l’ancre et, régulièrement, le Sinfonia largue les amarres pour des tournées mondiales, outremer, puisque sa renommée a franchi les océans. En Chine, au Japon, en Amérique du Nord, sans parler de la Russie et de l’Europe, le Sinfonia fait vibrer les mélomanes des trois continents comptant en musique classique.

Que ce soit Tokyo, Londres ou New-York, chaque musicien du Sinfonia a son concert préféré cependant Tuomas Kinberg, directeur-intendant de l’orchestre, affirme que l’épopée du Sinfonia a réellement commencé en 1993:  “Notre concert  de 1993 à Hambourg, pour le festival Hammoniale, est resté dans toutes les mémoires. Pour la première fois le Sinfonia jouait à l’étranger, sans filet, et non sur invitation d’une ville jumelée avec Lahti. Mais ce jour-là nos musiciens ont joué comme des fous devant toute la critique internationale. Après cela rien n’a été comme avant”. 

Photo Seppo JJ Sirkka/Eastpress
Pour l’occasion les critiques se sont aussi demandé comment, sans qu’ils en aient eu vent, cet orchestre méconnu était parvenu à un tel niveau. Comment avaient-ils pu l’ignorer? Tuomas Kinberg rappelle que le Sinfonia travaillait énormément depuis 1988 sous la houlette d’un jeune chef d’orchestre nouvellement venu mais dont on allait reparler: Osmo Vänskä. Sans vraiment le réaliser, le Sinfonia venait d’inaugurer une série ponctuée de nombreux succès, dus à l’énergie d’Osmo Vänskä qui a fait hisser les voiles du Sinfonia.

Devenir n°1 finlandais


En Finlande la notoriété survient souvent par l’étranger: un artiste finlandais sera reconnu en Finlande parce qu’il l’a d’abord été dans un autre pays. Cet effet a pleinement joué pour le Sinfonia au fil des excellentes critiques obtenues. Osmo Vänskä aime revenir sur les progrès obtenus de 1988 à 1993: “Le chef d’orchestre fait toujours la pluie et le beau temps et avec le Sinfonia nous avons travaillé d’arrache-pied pour réussir. Je situe au début des années 1990 le moment où nous sommes arrivés à une chimie idéale entre musiciens et chef d’orchestre”.

Mais la route entamée en 1985, avec Ulf Söderblom au pupitre, a été longue puisqu’à l’arrivée d’Osmo, en 1988, le Sinfonia ne comptait que 50 membres et ne quittait jamais Lahti. De surcroît, l’orchestre n’avait pratiquement jamais enregistré, ses membres acceptant communément la vérité première que les meilleurs orchestres finlandais venaient d’Helsinki. Aux commandes de l’orchestre, Osmo allait, de conserve avec Tuomas Kinberg, conduire le Sinfonia vers des destinées plus ambitieuses:

“Dès 1988, ensemble, nous avons mis en place des ateliers collectifs pour tirer une vision idéale et réalisable du futur du Sinfonia”, se souvient Tuomas Kinberg. Et les musiciens ont marché: ils voulaient enregistrer, gagner des prix, partir en tournée dans le monde entier, faire sortir leur Sinfonia de l’anonymat. Tuomas poursuit: “La proposition la plus saugrenue était le souhait, émis par quelques-uns d’entre nous, que l’orchestre devienne n°1 de Finlande!”, un rêve paraissant aussi réalisable alors à que de ramasser des fraises à Suonenjoki en janvier.

Un moyen face aux lourds


“Nous avons continué avec les ateliers. Ils permettent de veiller à notre cohésion, à notre bonne entente. Il s’agit d’éviter la constitution des factions rivales qui minent trop souvent les orchestres”, précise Tuomas Kinberg. De fait, un solide esprit d’équipe pourrait être ce qui fait la différence entre le Sinfonia et les autres orchestres. Violoncelliste, Sanna Palas abonde dans ce sens: “Très hiérarchisée, la marche d’un orchestre symphonique n’a rien à voir avec la démocratie. Alors, nos ateliers sont l’occasion pour les moins connus d’entre nous d’exprimer leurs doléances, de se faire écouter”.

Idée reprise par Timo Ahtinen, contrebassiste: “Pour un orchestre, faire du bon travail hors la capitale n’est pas facile: il nous faut vraiment la foi. Et grâce à notre esprit d’équipe, nous y arrivons. L’ambition de notre orchestre, le fait que chaque année il progresse un peu plus, que tout le monde en veut, me semblent ce qui compte par dessus tout!”. Le Sinfonia a-t-il repris la devise des Quatre Mousquetaires: “Un pour tous, tous pour un!”? “Il faut reconnaître qu’avec nous un musicien peut prendre tous les risques qu’il veut puisqu’il sait que nous, l’orchestre, sommes là, présents derrière lui. Et si son solo ne sort pas si bien ce jour-là, nous lui apporterons toujours le soutien qu’il attend. Et quand il est bon nous nous battons presque pour le féliciter!”, confie Jaakko Kuusisto, premier violoniste. Membre du Sinfonia depuis 1997, Jaakko possède talent et potentiel pour faire carrière où il le désire mais n’y songe même pas:

“L’orchestre possède une âme qui l’amène à jouer de mieux en mieux. Les musiciens ressentent une motivation exceptionnelle et personne n’imagine jouer autre part”. Autre avantage, la relative petite taille du Sinfonia autorise flexibilité et maniabilité: “Avec 70 musiciens, en formation maximum, le chef d’orchestre peut contrôler le Sinfonia à sa main. N’oublions pas qu’un orchestre symphonique approche la centaine! Je crois que notre statut de poids moyen, bien géré n’offre que des “plus” face aux  poids lourds de la profession”, explique Jaakko.

Trois œuvres hebdomadaires


En coulisses, c’est une autre planète: “Lahti ne compte que 100.000 habitants et nous avons la salle de 1250 places du Hall Sibelius à remplir à chaque fois. Notre survie dépend donc de la capacité que nous aurons ou non à attirer un public venu de tout le Sud de la Finlande, Helsinki compris, et pas seulement Lahti”, fait savoir Timo Ahtinen.

“Les métropoles comme Paris, Londres, et même Helsinki, ont au moins trois orchestres importants et un public local suffisant mais pour Lahti il nous faut agir autrement”, continue Timo. L’effort porte sur une programmation imaginative et variée allant d’adaptations de musique pop, passant par les standards du jazz et toutes les couleurs de la musique classique pour parvenir au répertoire complet de Jean Sibelius, cheval de bataille du Sinfonia.

Les médias en sont pratiquement arrivés à considérer le Sinfonia comme l’orchestre de Sibelius, ce qui ne satisfait pas pleinement Osmo Vänskä: “Ce sont les médias qui nous ont baptisé “orchestre Sibelius”. Pas nous. Car nous ne dévierons pas de notre but qui est de produire la meilleure musique possible, toutes compositions confondues. Pour ce faire nous jouons bien d’autres compositeurs que Sibelius. Pour rester dans les Nordiques je citerai: Aho, Kokkonen, Klami, Ahmas, Marttinen, Nielsen et rien que pour les Français: Debussy, Ravel, Dutilleux, Ibert, Lalo, Fauré, Saint-Saëns”.

“Cette programmation très riche nous donne un travail fou: trois œuvres nouvelles par semaine à apprendre. Les œuvres que je préfère? Les compositions finlandaises pour violoncelle, bien sûr et Chostakovitch”, ajoute Sanna Palas. “Le Sinfonia travaille à un rythme échevelé, à pleine charge, et ça entraîne quand même des risques de rupture, d’usure”, remarque Matti Tuomisto, spécialiste du domaine musical finlandais.

La couleur de l’argent


Impossible de passer sous silence les superbes enregistrements réalisés pour la marque Bis qui ont tant fait pour la notoriété du Sinfonia: “Nos enregistrements sur Bis ont toujours été de très haut niveau, de classe mondiale dirais-je même”, juge Osmo Vänskä. Il est vrai que les bonnes relations entre Robert von Bahr, le propriétaire de Bis, Tuomas Kinberg et Osmo ont permis d’arriver à ces résultats.

De même, le réseau de relations créé par Tuomas lui a permis d’accéder aussi bien aux responsable de la ville de Lahti qu’à ceux des entreprises locales dont quelques unes sponsorisent le Sinfonia.

“Avec le sponsoring nous tenons une formule originale, pratiquée couramment aux USA mais rarement en Finlande. Le Sinfonia y inaugure donc ce mécénat d’un nouveau genre”, observe Petri Lehto, bassiste. De fait, le sponsoring du Sinfonia repose à nouveau sur la confiance: il y a quinze sponsors et pas un de plus. Si l’un d’eux décide de sortir de la liste, il s’engage à trouver une autre société pour le remplacer. Tuomas Kinberg renchérit:

“En 2004, nous avons vendu pour 584.000 € de billets et l’argent venu du sponsoring s’élevait à 520.000 €” (ce qui représente 88 % de la billetterie). Dans ce domaine, les autres orchestres finlandais évoluent entre 50 % (Kuopio) et 5 % (Oulu), le Philharmonique d’Helsinki étant à 18 %”. Mais les autres orchestres tournent à l’aide de subventions municipales. Le Sinfonia a dû impérativement faire un choix différent, la ville de Lahti ne disposant pas des ressources nécessaires à un tel financement”, signale Matti Tuomisto. Précisons que Lahti, plus que toute autre ville finlandaise, a été frappée de plein fouet par la crise de 1992-1994, la quasi totalité de son appareil industriel produisant pour une URSS devenue insolvable.

Ciel étoilé


Assister à un concert du Sinfonia dans son hall Sibelius de Lahti assure de fortes émotions, acoustiques et visuelles. Arriver sous la haute voûte boisée du foyer, découvrir le lac au-delà des baies vitrées, se mêler à l’attente fiévreuse des aficionados, ressentir la salle de concert, toute en bois elle aussi, comme placé à l’intérieur d’un violon ou d’une contrebasse et rentrer dans le son chaleureux et “ocre-noisette” du Sinfonia vaut le détour! Est-ce parce que les musiciens du Sinfonia sont pour la plupart des femmes que l’on arrive à cette qualité sonore? Les cordes, notamment, emmènent l’auditeur telles des voiles, toujours plus loin au large. Certains, tel Tuomas, ne cachent pas que le Sinfonia va devenir un des cinq premiers orchestres au monde. La magie opère et les auspices sont de bonne augure: au plafond du hall sont serties les étoiles du jour de naissance de Jean Sibelius, 8 décembre 1865.        
Sites Internet à consulter:

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Quelques CDs incontournables du Sinfonia:

- Jean Sibelius: Symphonies n°1, n°2, n°5, Karelia (avec Kalevi Aho), La Tempête (BIS-1992).
- Kalevi Aho: Symphonie n°8 (BIS-1994)
- Joonas Kokkonen: Œuvres pour orchestre (Vol. 1) (BIS-1990)
- Rautavaara, Bashmakov, Sallinen: Concertos pour flûte (BIS-1996)
- Niccolo Paganini: “Nel cor più non mi sento”, Campanella et œuvres diverses (BIS-1999).


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ENCADRÉ SUR L’ÉDUCATION MUSICALE EN FINLANDE:

Qu’un pays de 5,2 millions d’habitants en vienne à avoir une quinzaine de bons orchestres symphoniques, des chefs d’orchestre (Esa-Pekka Salonen, Jukka-Pekka Saraste, Leif Segerstam, Osmo Vänskä), des compositeurs (Kaija Saariaho, Magnus Lindberg, Kalevi Aho), des musiciens (Karita Mattila, Matti Salminen, Laura Mikkola, Kari Krikku, les frères Kuusisto), en pagaille, pour ne citer qu’eux, ne doit pas surprendre: l’éducation musicale occupe une place particulière dès l’enfance des jeunes Finlandais.

Ces stars ne sont que la pointe visible de l’iceberg. Si le système scolaire ne pourvoit qu’une heure de musique par semaine, on compte quelques 90 instituts de musique répartis dans tout le pays (voir www.musiikkioppilaitokset.org). La Finlande dénombre également un grand nombre d’écoles privées, pour les amateurs n’ayant pas réussi à intégrer ces instituts dont l’entrée exige un certain niveau technique et artistique.

Post-baccalauréat, le pays compte encore une dizaine de conservatoires dont le cursus mène droit à la profession de musicien. L’académie Sibelius, avec ses départements divers (classique, jazz, folk, chant, etc…) est le plus prestigieux d’entre eux. Sans conteste il existe en Finlande une belle sensibilité pour la musique. Mais étant donnée la structure décentralisée du pays en la matière, il existe aussi de meilleures facilités pour suivre une ligne d’enseignement musical. Les résidents des zones les plus reculées du pays disposeront toujours de possibilités de faire de la musique.

 
A W A R D S:

MIDEM CLASSICAL AWARD 2006
Aho: Concerto for Flute and Orchestra (2002)
BIS-CD-1499

PLATINUM RECORD 2004
Sibelius – Music from Timo Koivusalo´s film
BIS-CD-1295

GRAMOPHONE NOMINATION 2003
The Best Recording of Orchestral Music
Jean Sibelius: Rondo of the Waves
BIS-CD-1445

CANNES CLASSICAL AWARD 2001
Jean Sibelius: Kullervo
BIS-CD-1215

GOLD RECORD 2001 
Finnish Hymns
BIS-CD-1149

GOLD RECORD 1998
Christmas Wonderland
BIS-CD-947     

GOLD RECORD 1998
Finlandia  - A Festival of  Finnish  Music
BIS-CD-575

CANNES CLASSICAL AWARD 1997
Jean Sibelius:
The Wood-Nymph
Swanwhite
A lonely Ski-Trail
BIS-CD-815

CANNES CLASSICAL AWARD 1997
GRAMOPHONE AWARD 1996
Jean Sibelius:
Symphony No 5, Op. 82 (original version 1915, WPR)
En Saga, Op. 9 (original version 1892, WPR)
BIS-CD-800
    
ACADÉMIE CHARLES CROS GRAND PRIX DU DISQUE 1993
Jean Sibelius:
Incidental Music to “The Tempest” (Shakespeare) Op. 109 (complete version, WPR)
BIS-CD-581

GOLDRECORD 1992
GRAMOPHONE AWARD 1991
Jean Sibelius:
Violin Concerto, Op. 47 (original version 1903/1904, WPR and final version 1905)
Leonidas Kavakos, violin      
BIS-CD-500          

WPR = World premiére recording

Liens

- www.sinfonialahti.fi (pour le Sinfonia)
- www.musiikkioppilaitokset.org (pour l’éducation musicale)
- www.siba.fi (pour l’académie Sibelius)
- www.popjazz.net

 
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