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Les orchestres au coeur de la musique

Culture > Musique
15-01-02
Auteur : Finfo
L'orchestre est le socle le plus important de la vie musicale en Finlande. Répandus dans tous le pays, les orchestres sont des foyers culturels dans les centres de leurs régions, d'où l'énergie rayonne, répondant aux besoins des environs.
photo Matti Tirri

On dénombre actuellement une trentaine d'orchestres professionnels en Finlande: 14 orchestres symphoniques professionnels proprement dits, 8 orchestres de chambre composés de musiciens salariés, auxquels s'ajoute une dizaine d'orchestres professionnels réunissant des musiciens indépendants. Les orchestres symphoniques professionnels complets, qui emploient entre 73 et 112 musiciens, ne sont que cinq, mais d'autres plus petits (28 à 60 musiciens) entrent dans la catégorie des orchestres symphoniques par leur répertoire et grâce aux concerts plus importants qu'ils donnent avec le concours de musiciens indépendants.

Les villes soutiennent leur orchestre

Rapporté à l'effectif de la population de la Finlande (5,2 millions d'habitants), on y trouve probablement plus d'orchestres que nulle part ailleurs dans le monde. Qui plus est, leur distribution dans les différentes régions du pays est remarquablement régulière. Comment cette richesse orchestrale a-t-elle été organisée, en pratique? Comme dans tous les pays nordiques, le rôle des pouvoirs publics, qui entretiennent les orchestres, est considérable. La responsabilité première incombe aux villes qui ont des orchestres; en effet, elles couvrent, en moyenne, 60% du budget de leur orchestre. L'Etat intervient dans le financement de la plupart des orchestres, en moyenne à hauteur de 25%. Cette aide est définie par la loi sur les théâtres et les orchestres.

Si la politique culturelle de l'Etat et des villes fait une place de choix aux orchestres, il est important de se souvenir que la tradition de l'orchestre n'est pas le fruit de l'initiative de l'Etat. C'est, en fait, tout le contraire: tous les orchestres finlandais sont nés, véritablement, grâce à l'influence de mélomanes locaux. Sans exception, les instances officielles sont intervenues ultérieurement, apportant leur aide à un stade o le sérieux de l'orchestre était manifeste tout comme son désir de se développer.

Le doyen des orchestres finlandais, l'Orchestre philharmonique de Turku, vit le jour dès 1790, mais plus de 130 ans furent nécessaires avant que la ville de Turku le prenne sous sa protection et le fasse bénéficier d'un financement. L'Orchestre symphonique d'Helsinki fut créé, pour sa part, en 1882, et la ville de Helsinki en fit son orchestre dès 1919. L'historique des autres orchestres finlandais est similaire, même si leur naissance est plus proche de nous dans le temps: ainsi, la Société de Radiodiffusion finlandaise créait, dès 1927, un petit orchestre de studio, qui grandit pour devenir l'actuel Orchestre symphonique de la Radio finlandaise; les mélomanes de Tampere créèrent à leur tour, en 1930, un orchestre que cette ville prit sous son aile protectrice, en 1947. A Kuopio, les activités orchestrales avaient débuté en 1909, mais il fallut attendre jusqu'en 1976 pour que l'orchestre bénéficie de la protection de la ville.

 

La musique vivante est appréciée

La prolifération des orchestres municipaux un peu partout en Finlande n'a véritablement démarré qu'après la Seconde Guerre mondiale; en même temps, leur niveau commença d'augmenter régulièrement. Dans les années 1980 et 1990, en particulier, le niveau professionnel des orchestres s'est élevé à tout point de vue, et les meilleurs ont accédé à la notoriété internationale. L'apparition dans les orchestres d'une nouvelle génération de musiciens, de plus en plus habiles et ambitieux, est la raison majeure de ce phénomène. L'Académie Sibelius, seul établissement d'enseignement supérieur de la musique, et les onze conservatoires disséminés un peu partout en Finlande qui confortent son activité ont réussi à produire suffisamment de professionnels au plus haut niveau, satisfaisant aux besoins des orchestres du pays. Ceci explique pourquoi les musiciens étrangers restent faiblement représentés dans les orchestres finlandais. Le soutien, indispensable, à la formation professionnelle est venu de quelques 140 écoles de musique destinées aux enfants et aux jeunes; subventionnées par les fonds publics, présentes dans toute la Finlande, elles veillent à permettre aux jeunes talents d'être placés, de bonne heure, sous la direction de professionnels. L'étonnante ascension des chefs d'orchestre finlandais au pinacle mondial est aussi une des raisons du succès que connaissent les orchestres. Cette situation leur a ouvert des perspectives favorables et les orchestres ont, par ailleurs, été le ferment qui a permis à leurs dirigeants de s'exprimer. Ne pas oublier non plus que les orchestres ont acquis une maîtrise considérable durant les années 1990. La politique pratiquée par les orchestres finlandais a également fait la preuve de sa vitalité en ce sens que la supériorité des trois plus grandes villes n'est plus une évidence. A côté des grands orchestres traditionnels - comme l'orchestre de l'Opéra national de Finlande, l'Orchestre symphonique de la Radio, à Helsinki, l'Orchestre philharmonique de Tampere et celui de Turku - de nombreux autres cas de réussites sont là pour nous étonner. L'exemple le plus criant est peut-être celui de l'Orchestre de chambre de Kokkola, qui compte 35.000 habitants seulement; ses enregistrements et ses tournées lui ont valu droit de cité parmi les meilleurs orchestres de chambre dans le monde. Le Sinfonia Lahti est un autre cas de succès étonnant: de cette ville en récession, minée par le chômage, est né un orchestre qui a glané des prix du disque dans toutes les grandes enceintes et qui entreprend, maintenant, une vaste activité de tournées.

Le récent essor des orchestres du nord de la Finlande est intéressant, lui aussi. L'Orchestre symphonique d'Oulu, "le plus septentrional du monde", a attiré l'attention par son niveau qui a rapidement pris des ailes, et l'Orchestre de Chambre de Laponie, plus septentrional encore; cet orchestre doit sa notoriété à son répertoire extrêmement moderne et dénué de préjugés. L'Orchestre symphonique Vivo est un phénomène intéressant lui aussi - cette formation de jeunes recrute dans toute la Finlande des étudiants en musique talentueux; de nombreux jeunes issus de ses rangs sont devenus des professionnels dans les rangs d'autres orchestres. De temps à autres, des critiques se font entendre en Finlande, dénonçant le nombre excessif des orchestres et leur trop petite taille. La culture orchestrale finlandaise a évolué, il est vrai, dans une direction différente de celle suivie par ses voisins scandinaves. Il a été jugé plus important, en Finlande, de garantir la production musicale vivante dans les différentes parties du pays, même sous la forme de petits orchestres de chambre, plutôt que de concentrer les ressources sur quelques orchestres symphoniques complets, dans les grandes villes. Le lien avec la pratique musicale vivante peut ainsi être préservé.

Les menaces qui accompagnent les années de récession n'ont, évidemment, pas pu être évitées. Confrontées aux difficultés économiques les plus graves, les villes se sont interrogées, à l'occasion, sur la pertinence de l'activité orchestrale; pourtant, elles ont toujours fini par continuer de soutenir les orchestres. Les valeurs liées à cette activité ont été jugées plus importantes que les dépenses. Sur le plan géographique, la Finlande est un pays très étendu et faiblement peuplé. C'est pourquoi, en règle générale, les villes se sont fiées à elles-mêmes. Si l'on veut garantir, en ville, des prestations orchestrales de qualité, avoir son propre orchestre est considéré, pratiquement, comme une évidence. N'a-t-on pas dit, même - et maintes fois - qu'une ville sans son orchestre n'est pas une ville.

 

La loi sur les orchestres

L'idée fondamentale qui préside à la politique finlandaise en matière d'orchestres, et plus particulièrement la loi sur les orchestres, réside dans le fait que l'Etat soutient l'activité d'un orchestre, si la ville o il a élu domicile est prête à investir dans celui-ci et à s'engager vis-à-vis de lui. Entrée en vigueur en 1993, cette loi énonce laconiquement que "la condition préalable à l'obtention de l'aide d'Etat est que le propriétaire du théâtre ou de l'orchestre est une commune, un groupement de communes ou une collectivité privée ou encore une fondation dont les tâches statutaires sont l'exercice d'une activité théâtrale ou orchestrale ou encore l'entretien d'un théâtre ou d'un orchestre; et que le théâtre ou l'orchestre se produisent de manière permanente et professionnelle". Dans la pratique, cela revient à dire que l'Etat n'intervient pas, à proprement parler, dans les activités des orchestres; il participe simplement à leur entretien financier. L'Etat garantit la continuité et il crée la sécurité économique, mais il laisse le pouvoir de décider au gestionnaire local et à l'orchestre lui-même. L'Etat n'exige rien d'autre que l'activité permanente et professionnelle. L'Etat a donc contribué à doter les orchestres de liberté, sans limiter celle-ci. La loi sur les orchestres garantit une subvention régulière versée par l'Etat à 22 orchestres, à une formation big band et à un groupe de musique populaire. Deux grands orchestres seulement restent en-dehors de ce dispositif: le financement de l'orchestre de l'Opéra national vient, directement, de l'opéra, tandis que la Radiotélévision finlandaise (Finnish Broadcasting Company) assume les dépenses de l'Orchestre symphonique de la Radio. Les auditeurs ont trouvé les orchestres Les audiences en diminution sont un problème actuel, auquel presque tous les orchestres occidentaux sont confrontés. La Finlande est une rare exception, à cet égard. Comme le tableau joint en annexe l'indique, les audiences ont régulièrement augmenté ces dernières années. L'année 1996 est à marquer d'une pierre blanche, dans la mesure o plus d'un million de personnes sont venues écouter les concerts donnés par les orchestres. Le chiffre d'un million correspond à 20% de la population de la Finlande - ce taux est un des plus élevés du monde.

Une des raisons qui expliquent l'audience abondante tient, peut-être, à une politique réussie dans le domaine de la musique. En raison de l'aide abondante de l'Etat et des villes, les prix des billets sont très abordables et, de la sorte, aucun Finlandais n'est exclus de l'accès aux concerts, en tout cas pour des raisons financières. Les prix des billets d'un concert symphonique ordinaire varient entre 10 à 15 Euros.

Il n'est pas rare que les orchestres symphoniques soient taxés de conservatisme en matière de politique de répertoire. Les orchestres finlandais n'ont pas échappé à cette critique et, bien sžr, toute critique a un fondement.Le répertoire classico-romantique est privilégié, en partie parce que c'est le voeu du public et en partie parce que l'une des plus importantes tâches des orchestres est de rejouer pour chaque génération les grandes oeuvres de l'art de la composition musicale. La part de la nouvelle musique - finlandaise, en particulier - a toujours été importante en Finlande. Les statistiques font état de cette vitalité: les orchestres finlandais ont commandé et joué en premier concert 46 nouvelles oeuvres pour orchestres en 1995, puis 36 en 1996, 42 nouveautés en 1997 et 33 en 1998.. Les orchestres sont donc particulièrement actifs et commandent sans discontinuer de nouvelles compositions. Le problème n'a jamais été les premiers concerts, mais les suivants: en Finlande comme ailleurs en Europe, la première est souvent la dernière. Un nouveau chapitre de l'histoire de la musique finlandaise est écrit en automne 1997, lorsque 14 orchestres s'engagent dans le projet Back into the Future - Composers as Part of the Orchestra (litt. Retour au futur - Les compositeurs font partie des orchestres). Avec ce projet, les orchestres ont choisi d'avoir leur propre compositeur et ils ont pris l'engagement de travailler avec celui-ci pendant un à cinq ans.

Les résultats, jusqu'à présent, ont surpris positivement tous les participants. L'arrivée du compositeur dans un orchestre dont il devient membre a insufflé une nouvelle énergie, apporté de nouvelles idées et de nouvelles motivations dans le travail orchestral. Non seulement les compositeurs composent pour leur propre orchestre, mais ils participent également à la conception du répertoire, mènent des projets avec des élèves, donnent des conférences dans leur localité etc. Le plus intéressant est de constater que les réactions du public ont été presque débordantes: avoir "son" compositeur, c'est clairement trouver la bonne formule pour jouer une musique neuve et - peut-être - difficile à digérer pour l'audience des concerts. Lorsque le compositeur est celui de l'orchestre et du public - "le sien" - sa musique est accueillie avec un intérêt tout à fait différent. Au mythe historique - perruque poudrée etc. - et bien mort s'est substitué le compositeur vivant, bien réel et présent.

 

De la passivité à l'activité

L'orchestre symphonique actuel n'est plus un établissement de production qui produit simplement des concerts. Les orchestres ont activement recherché de nouvelles formes d'activités qui s'ajoutent à celles qu'ils avaient déjà; ils sont sortis de leur coquille et ils ont noué et développé des liens avec la communauté qui les entoure.

En Finlande, parallèlement à leurs activités traditionnelles, les orchestres recherchent constamment de nouveaux moyens de rencontrer les publics de tous les âges - jeunes et vieux. Les différents projets menés avec les élèves des écoles ont reçu un excellent accueil. En plus des concerts scolaires traditionnels, les Finlandais ont mis au point des actions "coup-de-poing" pédagogiques avec les classes d'élèves, offrant aux enfants la possibilité de participer eux-mêmes, de composer sous la direction de musiciens professionnels et de pouvoir interpréter eux-mêmes leurs propres "oeuvres". Ainsi a-t-on voulu activer les enfants - au lieu de l'écoute passive, ils ont aussi produit "leur" musique, accédant ainsi, d'une tout autre manière, à l'univers de l'orchestre.

Des concerts ont été organisés en plein-air - une nouvelle tendance qui fascine! Les orchestres ont conquis les parcs, les places et les centres commerciaux, offrant des concerts gratuits à un public de plus en plus nombreux, qui rassemble jusqu'à dix mille participants. Objectif: aller là o sont les gens, et ne pas attendre passivement que les gens trouvent eux-mêmes les orchestres. Tout ceci garantit que les orchestres finlandais sont prêts à relever les innombrables défis de l'an 2000. A côté de la tradition d'hier, classique et d'une valeur incalculable, de nouvelles formes d'activité émergent. De nouvelles compositions, de nouvelles rencontres avec les publics, de nouvelles formes de coopération entre compositeurs et d'autres formes d'art - et, avant tout, un professionnalisme et des ambitions constamment grandissants.

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