CultureEconomiePolitiqueSociétéTourisme
Recherche
Entreprendre
Etudier
Travailler
Visiter
Karita Mattila, diva en toute amitié

Culture > Musique
14-05-03
Auteur :
par Pierre Gervasoni
Critique musical au journal Le Monde
Métamorphose permanante

En Finlande, le chant est l'expression musicale par excellence. Avec ses nombreuses chorales d'amateurs et sa riche tradition d'opéra, cette « Italie du Nord » (comme la surnomment aujourd'hui plus d'un spécialiste d'art lyrique) se devait d'enfanter des chanteurs d'exception. Ainsi fut fait à la fin du XIX° siècle avec la grande soprano Aino Ackté qui triompha à Paris dans le rôle de Marguerite du Faust de Gounod.

Il fallut toutefois attendre la seconde moitié du XX° siècle pour voir s'installer durablement sur la scène internationale une pléiade de chanteurs finlandais. Le mérite en revint cette fois aux hommes, de Kim Borg à Jaakko Ryhänen en passant par Jorma Hynninen, Matti Salminen et Martti Talvela. Ce dernier, basse charismatique disparue à la fin des années 80, incarna avec grandeur et naturel la spécificité du chant finlandais. Personne, mieux que Karita Mattila, n'en maîtrise aujourd'hui les multiples facettes dans l'art du lied comme dans celui de l'opéra.

Au disque comme au concert, l'impression laissée par cette soprano à la très large palette vocale est celle d'une métamorphose permanente. Motivée tant par les inflexions de détail du texte chanté que par les mutations psychologiques du personnage investi.
Au sein d'une distribution réunie pour servir un ouvrage du répertoire (de Mozart à Strauss avec une prédilection pour Janacek dont le langage n'est pas sans rappeler parfois celui du premier Sibelius) ou en soliste à l'occasion de récitals idéalement modelés, Karita Mattila séduit par une présence hors du commun qui tire parti de ses talents d'actrice.

Une mèche détachée de sa blonde chevelure suffit à manifester un changement de registre (de l'insouciance à la gravité) dans le rôle-titre de l'opéra Jenufa de Janacek. Une seule inclinaison de la tête suffit à styliser L'Invitation du voyage de Baudelaire mise en musique par Duparc.

Tout semble étudié

De la couleur des robes - et des étoles - à la déambulation avec ou sans chaussures, tout semble étudié chez Karita Mattila avec le même soin que le parcours musical d'un soir. Puisant dans une nature généreuse, l'artiste recycle son incroyable énergie dans des interprétations qui touchent toujours le public par leur justesse. Qu'il s'agisse de pages d'anthologie ou de pièces créées sur mesure telles que les somptueux Quatre instants que lui a destinés sa compatriote Kaija Saariaho sur des poèmes d'Amin Maalouf.

Avec une telle prestance, Karita Mattila pourrait être vénérée comme une diva inaccessible. Elle est au contraire chérie par ses admirateurs comme une amie qui vient vers eux en toute simplicité. Comme lorsqu'elle termine ses récitals par la souriante chanson populaire finlandaise Minun kultani kaunis on (Ma bien-aimée est belle) où l'art vocal va jusqu'à englober les hennissements d'un cheval !

 

Liens

La discographie de Karita Mattila sur le site

www.fortunecity.com/tinpan/ivory/40/index.htm

 

 
Vos commentaires
Vous souhaitez réagir sur cet article, écrivez-nous.
Retour à la liste

 
Essentiel de la Finlande
 
  Août
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31