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Amorphis, Métal kalevaléen

Culture > Musique
22-02-05
Auteur : Nicolas Benard
En 1994, un OMNI – Objet Musical Non Identifié – atterrit dans les bacs spécialisés dans le Métal. L’album Tales From The Thousand Lakes d’Amorphis inaugure un courant: le doom-metal mélodique, savant mélange de riffs heavy et d’harmonie mélancolique. Il révolutionne surtout l’univers du Métal en associant à la musique un concept lyrique reposant sur le Kalevala.

Message culturel

 

Au début des années 1990, il n’existe pas encore de phénomène d’identification et de revendication culturelle au sein de la scène Métal internationale. Les groupes traitent le plus souvent dans leurs textes de la guerre, de la mort et de bien d’autres thématiques toutes très contemporaines. Si quelques références aux Celtes et aux Saxons (en Grande-Bretagne et en France) ou aux civilisations antiques (en Grèce et en Italie) apparaissent ici et là, elles ne participent pas d’une volonté de revendication culturelle. Avec Amorphis, le Métal véhicule pour la première fois un message culturel, historique, mythologique et se présente comme le vecteur de revendications à caractère traditionnel. Auparavant, la Finlande n’a pas encore de groupes qui s’exportent et, pour les amateurs du style, elle n’est encore qu’une contrée bien éloignée aux traditions et au folklore méconnus. Amorphis permet à la Finlande de sortir de son isolement et d’obtenir un écho certain auprès d’un public Métal ouvert aux nouvelles tendances qui s’offrent à lui.Le groupe se forme en 1990. The Karelian Isthmus, premier album d’Amorphis sorti en 1992, développe pourtant une thématique essentiellement axée sur l’histoire des peuples celtes. En 1994, les Finlandais sortent leur deuxième album, Tales From The Thousand Lakes – Contes des Mille Lacs, en français – via le label Relapse Records. Les textes de cet album sont cette fois intégralement basés sur le Kalevala, à la fois épopée nationale finlandaise et recueil de poésie populaire publiée dans sa version définitive par Elias Lönnrot en 1849. Le contenu lyrique du disque d’Amorphis est certes bien loin des 22.795 vers du plus célèbre livre finlandais. Pourtant, chaque titre reprend plusieurs épisodes du Kalevala et l’ensemble se présente comme une interprétation originale – et courageuse ! – de cette œuvre fondamentale de la littérature et de la culture finnoises.

 

Väinämöinen

Les titres de Tales From The Thousand Lakes développent deux histoires issues du Kalevala. La première, qui se rapporte à Väinämöinen, le principal héros des épopées finnoises, se déroule dans quatre chansons de l’album de la manière suivante :

In The Beginning (Au tout début) : Joukahainen, un jeune homme originaire de Laponie, quitte la maison de ses parents pour défier Väinämöinen dont la réputation comme chanteur n’est plus à faire. Les deux hommes s’affrontent en un duel de formules magiques.

Drowned Maid (La jeune fille noyée) : Väinämöinen est cependant bien meilleur chanteur et ses chants magiques menacent la vie du jeune Joukahainen. Pour avoir la vie sauve, ce dernier se voit obliger de céder à Väinämöinen la main d'Aino, sa propre soeur. Mais Aino refuse de vivre avec le vieux Väinämöinen. Elle décide donc de s’enfuir et finit par se noyer en cherchant à devenir une nymphe des eaux.

Forgotten Sunrise (Un levé de soleil oublié) : lorsqu’il apprend la mort d’Aino, Väinämöinen tombe dans un profond chagrin. Le vieil homme espérait tant vivre avec la sœur de son jeune concurrent…

The Castaway (Le naufragé) : de son côté, Joukahainen ne digère toujours pas sa défaite et veut venger la mort de sa sœur. Il précipite Väinämöinen dans les flots. Mais un aigle sauve le vieil homme des eaux et le transporte sur les rivages du village de Sariola.

La seconde histoire, développée dans cinq morceaux, raconte la noce entre Ilmarinen, le maître du mal, et la fille du pays du nord dont le nom n’est jamais mentionné :

Black Winter Day (Le jour de l’hiver noir) : le jour de la noce, la fille du pays du nord se pose des questions sur son désir d’épouser Ilmarinen. Juste avant le grand jour, elle sombre dans la mélancolie.

First Doom (Premier châtiment) : cependant, la noce se poursuit… Seul le marin Lemminkäinen n’est pas invité parce qu’il ne peut s’empêcher de provoquer des rixes. Lorsqu’il apprend qu’un mariage se déroule et qu’il n’a pas été invité, il devient fou de rage. Sa mère essaye de l’empêcher de se rendre au mariage en lui rappelant les trois châtiments auxquels il s’expose.

Magic And Mayhem (Magie et destruction) : après avoir rencontré quelques difficultés, Lemminkäinen finit par rejoindre les lieux du mariage. Il exige la meilleure bière, on lui donne à boire un hanap plein de serpents. Furieux, il tue le seigneur de Pohjola après l'avoir affronté par l'épée et dans un duel de formules magiques.

Into Hiding (Caché) : le père de la fiancée est tué, décapité par Lemminkäinen. Pour échapper à la colère des invités, Lemminkäinen se transforme en aigle et s’enfuit dans les cieux.

To Fathers Cabin (Vers la cabane des Dieux) : dans le ciel, il implore Ukko, le plus grand des Dieux, de le ramener à terre.

Kalevala band

Sur l’album suivant, Elegy (sorti en 1996), Amorphis puise son inspiration dans le Kantélétar, récits historiques, poésies lyriques et ballades versifiés publiés en 1840 à Helsinki, toujours par Elias Lönnrot. Le titre My Kantele (ainsi que le mini-album éponyme) fait référence à cet instrument traditionnel finnois, sorte de cithare dont le groupe use dans cette chanson.

A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, nombreux sont les écrivains, musiciens, peintres et intellectuels finlandais à rendre hommage au Kalevala, poème mêlant talentueusement des événements tragiques, lyriques et magiques. Amorphis s’inscrit dans cette lignée d’artistes influencés par l’oeuvre de Lönnrot. Le groupe tient néanmoins à ancrer sa musique dans le présent : « Il est vrai que nous aimons nous inspirer de ce genre de textes, essayer de les intégrer dans la vie d’aujourd’hui. La musique est le seul moyen de s’évader de ce que le monde contient de pire, de fuir la réalité. Quand on lit [le Kalevala, ndr], on peut facilement établir des comparaisons avec des faits que l’on lit aujourd’hui »(1). Le résultat est inespéré : Tales From The Thousand Lakes se vend à plus de 100.000 exemplaires, en Europe et aux Etats-Unis.

 

<psonormal />Sur l’album suivant, Elegy (sorti en 1996), Amorphis puise son inspiration dans le Kantélétar, récits historiques, poésies lyriques et ballades versifiés publiés en 1840 à Helsinki, toujours par Elias Lönnrot. Le titre My Kantele (ainsi que le mini-album éponyme) fait référence à cet instrument traditionnel finnois, sorte de cithare dont le groupe use dans cette chanson.

 

Amorphis n’est donc pas simplement un groupe de Métal, c’est aussi un phénomène culturel dont l’ambition et l’expression artistique ne se résument pas à la musique. Et malgré l’adoption d’une approche et d’un concept lyrique différents sur les albums suivants, le groupe a toujours conservé cette étiquette de Kalevala band.

 

(1)
Esa Holopainen, guitariste du groupe, dans le magazine Hard Rock, avril 2001

 

Discographie

The Karelian Isthmus, 1992

Privilege of Evil (mini-album), 1993

Tales From The Thousand Lakes, 1994

Black Winter Day (mini-album), 1994

Elegy, 1996

My Kantele (mini-album), 1997

Tuonela, 1999

Divinity (single), 1999

Story, 10th Anniversary (compilation), 2000

Am Universum, 2001

Alone (single), 2001

Chapters (compilation), 2003

Far From the Sun, 2003

Evil Inside (single), 2003

Day Of Your Beliefs (single), 2003

 

 

Liens

www.amorphis.net

 

 
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