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Rentrée littéraire

Culture > Littérature
05-11-07
Auteur : Nicolas Benard
Une bd fantasque, un écrivain anglais, un autre de langue suédoise, c’est la rentrée littéraire 2007.

Une rentrée pourtant 100% Finlande !

Une fois n’est pas coutume, la rentrée littéraire finlandaise s’annonce sous le signe de l’originalité et de la diversité. Le régional de l’étape Matti Hagelberg s’illustre dans la bande dessinée baroque, la suédophone Monika Fagerholm nous entraîne dans une construction fantasmagorique où l’on perd pied et, last but not least, l’Anglaise Helen Dunmore s’essaye à la peinture historique de la Finlande au début du 20ème siècle. Vous nous suivez ?

Matti Hagelberg est un des chefs de file de la bande dessinée finlandaise contemporaine. Né en 1964, il fait partie des rares auteurs finnois, avec Ville Tietäväinen et Tommi Musturi, à avoir eu la chance d’être traduit en langue française.

L’Association, éditeur engageant et engagé – il a notamment publié Persépolis de Marjane Satrapi, avec le succès que l’on connaît – vient d’éditer « Kekkonen », 3ème opus de Matti Hagelberg disponible en France.

« Kekkonen », c’est Urho Kekkonen, homme politique qui a gouverné la Finlande de 1956 à 1981, soit, d’après l’Association, « De Gaulle, Pompidou et Giscard à lui tout seul. » Tout un programme. Amateurs de bandes dessinées traditionnelles, passez votre chemin. Les plus téméraires, plongez dans cet univers en noir et blanc, riche en courbes et en événements.

Bienvenus dans un monde déjanté, où l’on croise aussi bien des hommes politiques que des extra terrestres, ainsi que le King Elvis, où l’on séjourne dans le ventre d’un cétacé, puis dans une tombe, bien conscient de sa propre mort.

N’ayez pas peur de vous laisser emporter dans les méandres d’un esprit sans doute un peu torturé. N’ayez pas peur de vous perdre dans ce labyrinthe d’aventures aussi cocasses que surréalistes. Ne craignez pas de plonger dans l’univers tarabiscoté, abracadabrantesque et, avouons-le, pas toujours intelligible de cette œuvre décalée.

Et si, finalement, tout n’était que rêve et illusion ? A la lecture de cet ovni bédéiste, on n’apprendra pas grand-chose sur l’existence de l’illustre homme politique finlandais. « Kekkonen » est à mille lieux de l’hagiographie, encore moins du genre biographique à la mode. On sent dans le graphisme à base de carte à gratter l’influence du pop art et d’autres formes d’art contemporaines.

On suppute un certain nombre de références que les Français auront cependant du mal à saisir. Qu’importe, Jean-Christophe Menu, l’éditeur de Matti Hagelberg, voit en lui « un génie méconnu. » Sans aller jusque là, saluons l’originalité du travail, le souci du détail permanent, le découpage avant-gardiste du projet, même si certaines scènes échapperont au commun des mortels.

Matti Hagelberg, Kekkonen, l’Association, 30 €.

On quitte les lignes surprenantes de Matti Hagelberg, direction le méli-mélo lyrique et onirique de « La fille américaine » de Monika Fagerholm. Finlandaise de langue suédoise, celle-ci compose en effet, dans ce troisième roman, une partition déstructurée, où le silence des uns répond aux hurlements des autres, avec en fond sonore, la petite musique de la vie et de la mort.

L’histoire ? Quelque part en Finlande. Près d’une « maison de verre », en pleine forêt. Eddie de Wise, une jeune Américaine, rend visite à sa grande-tante. Elle finit noyée au fond d’un lac. A moins que non, finalement. Reste l’image, brouillée. On pense immédiatement à Ophélie, celle de Shakespeare.

Inconsolable, un jeune garçon des environs se pend dans sa grange. Dans le Coin, les habitants fantasment sur cet évènement mystérieux, presque mythique. Dès les premières pages, on frôle donc le roman policier. Les fils du thriller sont dénoués. Un simple fait divers ? Non, car les choses se compliquent.

Les histoires se croisent, les personnages aussi. On pense au chef d’œuvre du romancier norvégien Tarjei Vesaas, « Palais de glace. » Monika Fagerholm raconte en effet, au travers de la relation complice entre deux petites filles, Doris et Sandra, l’histoire d’une légende rurale, d’un mythe que chacun perçoit à sa manière. On navigue dans le temps, on se perd parfois, avant de retrouver le chemin de la lumière.

A moins qu’il ne s’agisse de l’obscurité. Cette « fille américaine » est une ode au roman libre, délié des chaînes du genre faussement contemporain. Liberté de ton, liberté de style. Liberté des personnages, prêts à nager dans une piscine sans eau, à s’aimer hors-norme, à mourir trop jeune.

Il n’est pas encore temps de « devenir adulte. Pas maintenant. » Ecrite en six ans, « La Fille américaine » a rencontré un immense succès Outre-baltique. Gageons qu’en France, les lecteurs habitués aux romans à quatre sous sauront trouver leur chemin dans les sous-bois tortueux des forêts finlandaises.

Monika Fagerholm, « La fille américaine », Stock, 24 €.

Terminons cette chronique par « La Maison des orphelins » de l’anglaise Helen Dunmore. Quel rapport avec la Finlande, me direz-vous ?

Ce huitième roman de l’écrivain britannique se déroule dans la campagne finlandaise, au tout début du XXe siècle. Le pays est encore un Grand duché placé sous la domination de l’empire tsariste.

Une jeune orpheline, Eeva, est placée chez Thomas Eklund, un médecin veuf et solitaire. Celui-ci se prend d’affection pour la jeune femme introvertie, mystérieuse. Eeva porte en elle les germes de la révolte finnoise face à l’occupant russe. Elle n’attend qu’une chose, rejoindre Lauri, son amant qui fomente l’agitation révolutionnaire à Helsinki.

Eprise d’amour et de liberté, Eeva saura-t-elle choisir entre la révolte salutaire et le terrorisme inexorable ?

Helen Dunmore est née dans le Yorkshire, en 1952. Elle a étudié l’Anglais à l’Université de York, avant de l’enseigner en Finlande pendant deux ans. Sans doute y a-t-elle trouvé l’inspiration pour se lancer dans l’écriture de « La Maison des orphelins ». Auteur de livres pour enfants, de romans, de recueils de poèmes, elle est aussi critique littéraire pour The Observer et The Times.

Elle a par ailleurs été, en 1996, la première lauréate de l’Orange Prize qui récompense un écrivain féminin anglais, avec « Un hiver enchanté » (Autrement, 1996). Saluée, voire encensée par la critique, « La Maison des orphelins » marie efficacement les codes du roman d’amour et le lyrisme des épopées révolutionnaires.

Il est cependant dommage d’attendre un peu plus de 200 pages pour que l’histoire décolle enfin. Helen Dunmore prend le temps de présenter les lieux, le froid finlandais, les forêts et les cœurs impénétrables. Quand même, tout cela fait un peu cliché. Reste que l’écriture, efficace et agréable, nous incite à plonger dans les affres d’un pays à l’aube de son indépendance.

Helen Dunmore, « La Maison des orphelins », Belfond, 21 €. 2

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