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Maria Kallio mène l’enquête

Culture > Littérature
30-07-05
Auteur : Taïna Tervonen
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Portrait croisé de Leena et de Maria

Installée sur une terrasse de café parisien, Leena Lehtolainen commande un Perrier et esquisse un sourire amusé : « Il y a très exactement 29 ans, j’étais à Paris pour la première fois. J’avais 12 ans et j’avais payé mon voyage avec mes premiers droits d’auteur. »

Aujourd’hui, elle en a 41 et est de nouveau à Paris grâce à un livre. Mon premier meurtre est paru en français en septembre 2004 aux éditions Gaïa.

Entre son premier roman écrit à l’âge de 12 ans et celui dont elle vient de remettre le manuscrit à son éditeur finlandais, il y a eu treize autres livres, dont huit polars de la série Maria Kallio, du nom du personnage principale : une petite femme policière aux cheveux roux, à la volonté de fer et à la langue bien pendue. Dans un univers souvent très machiste, elle fait preuve d’une force de caractère à toute épreuve, tout en restant, dans son quotidien, une femme ordinaire qui jongle entre les horaires de la crèche et les tours de garde.

« J’avais envie que les lectrices puissent se reconnaître dans Maria. Toutes les femmes finlandaises connaissent ce jeu d’équilibriste entre le travail et la famille ! » s’exclame Lehtolainen. Ainsi, tout au long des romans, Maria se posera mille et une questions sur le mariage, tombera enceinte au moment même où une promotion lui est proposée et s’arrachera les cheveux pour faire garder un enfant malade.

Des meurtriers ordinaires

Maria, c’est aussi un peu la revanche de Lehtolainen sur les personnages féminins du polar finlandais. « Ce sont des commères qui mettent le bazar au lieu de faire avancer l’enquête. Elles ne tiennent jamais le premier rôle et leur contribution à l’enquête se limite à rapporter les dernières rumeurs qui circulent », explique Lehtolainen, entre agacement et amusement. « Des personnages très caricaturales, en somme. »

Lehtolainen, elle, a d’autres modèles. Elle adore les polars de Sarah Paretsky, de W. I. Warshawski et de Sharon McCone. Leurs héroïnes n’ont pas d’équivalent en Finlande, alors elle décide d’en créer une. Pas de figure de détective privé – Maria sera policier.

« Je voulais analyser les rapports de pouvoir, les situations où sa place dans la hiérarchie oblige un individu à agir contre sa conscience », explique-t-elle.

Les lecteurs de Lehtolainen ne trouveront pas de grandes conspirations ni d’intrigues de tueurs en série dans ses polars. C’est plutôt le quotidien du Finlandais moyen et la façon dont le drame fait basculer l’individu qui intéressent l’auteure. Les meurtriers que traque Maria sont des mères de famille, des hommes divorcés, des jeunes sportifs. Des gens on ne peut plus ordinaires.

« Je ne crois pas qu’il y ait des bons et des mauvais sur cette terre », dit Lehtolainen. « Il y a juste des individus que les évènements de la vie poussent à commettre l’irréparable. C’est cela que j’ai envie de donner à voir. »

Un personnage attachant

Ce sont souvent ses propres questionnements qui poussent Lehtolainen à commencer un nouveau roman : « Je viens de terminer un polar sur la prostitution. Ca faisait un moment que le sujet m’intriguait. A-t-on le droit de condamner ou de considérer comme une victime une personne qui vend son corps de son plein gré ? »

Maria partage cette envie de comprendre. Elle s’implique et sympathise, et a parfois du mal à garder le recul nécessaire face aux victimes et aux bourreaux. C’est certainement ce côté très humain et attachant du personnage qui a séduit les lecteurs, peut-être au-delà même des intrigues.

En Finlande, les livres sont devenus des best-sellers qui ont inspiré un film, une série télévisée, des pièces de théâtre. Maria vit sa vie dans l’imagination des lecteurs, au point de devenir un personnage quasi réel, qui suscite des discussions passionnées. Ce fut le cas lors de la diffusion en 2003 de la série télévisée. Le personnage de Maria porté à l’écran fut ainsi jugé « trop mou », trahissant le caractère de la « vraie Maria ».

Lehtolainen s’en étonne encore. « C’était très virulent. Jamais je n’aurais pensé que les gens prendraient mes livres à ce point au sérieux ! » Mais la surprise est vite balayée par un sourire malicieux : quoi de plus gratifiant pour un auteur que de voir ces personnages prendre vie ? Elle cite deux lettres de lecteurs qui l’ont marquée : une jeune femme qui explique avoir réussi à mieux gérer sa vie professionnelle et sa vie familiale en lisant les polars, et un policier qui la remerciait de donner à voir, de façon aussi réaliste, le quotidien de ses collègues. Décidément, Maria en a séduit plus d’un !

 

Mon premier meurtre, de Leena Lehtolainen. Ed. Gaïa, 2004.

Le prochain titre de la série est en cours de traduction.

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