| Introduction |  |
Le finnois fait partie du rameau des langues balto-finnoises de la famille des langues finno-ougriennes ou ouraliennes. Par le nombre de ses locuteurs, il s'agit de la plus importante des langues de ce rameau, avant l'estonien. Le rameau linguistique balto-finnois est une des branches les plus occidentales de la famille des langues finno-ougriennes; plus à l'ouest, on trouve encore la région des langues samies, parlées dans le centre et le nord de la Norvège. A l'est, la famille linguistique s'étend jusqu'aux rives du fleuve Ienisseï et à la presqu'île de Taïmyr; au sud, la famille linguistique est représentée par les Hongrois, présents dans le bassin des Carpates, en Europe centrale.
Les langues finno-ougriennes actuelles et les régions où elles sont parlées
Les langues de la famille des langues finno-ougriennes sont parlées par environ 23 millions de locuteurs. Mais bon nombre d'entre elles sont faiblement représentées: à l'exception du finnois, de l'estonien et du hongrois, toutes sont des langues de minorités, menacées et parlées dans des régions situées sur le territoire de la Fédération de Russie. Et parmi les langues balto-finnoises, le carélien, le vepse, le lude ainsi que des vestiges de dialectes ingriens et du vote sont parlées sur le territoire de la Russie. Bien qu'ils aient leur propre république au sein de la Fédération de Russie, les Caréliens ne représentent que 10% de la population de cette république; de plus, une remarquable proportion de Caréliens vivent hors de cette république, dans la région de Tver. La fragmentation de la langue en de nombreux dialectes qui diffèrent sensiblement les uns des autres a fortement entravé l'émergence d'une langue carélienne écrite et uniforme, jusqu'à ce jour. Le même problème de la langue écrite se pose pour de nombreuses langues ouraliennes, parfois même pour les langues les plus importantes par le nombre de leurs locuteurs. La région où le live est traditionnellement parlé est située en Lettonie, en bordure de la Courlande. Le live n'est plus parlé que par quelques rares locuteurs.
| Les langues balto-finnoises |  |
Le groupe des langues balto-finnoises se compose donc de sept langues, parmi lesquelles seuls le finnois et l'estonien sont importants - par le nombre de leurs locuteurs - et vivants. Ces langues sont proches parentes et, avec un peu de pratique, les locuteurs finnois et estoniens apprennent quelque peu à se comprendre, même si, au début, la compréhension de l'estonien semble impossible pour un locuteur de langue finnoise. A cet égard, ces langues ne sont donc pas aussi proches que, par exemple, les langues scandinaves le sont entre elles. Le rameau se compose cependant de prolongements de langues plus ou moins parentes et, par conséquent, les dialectes caréliens géographiquement les plus au nord sont très proches des dialectes de l'est de la Finlande (à tel point que leur compréhension mutuelle se fait sans difficulté). Le dialecte carélien le plus méridional, l'olonetsien, évoque, par contre, très fortement le lude et le vepse..
| Les langues samies |  |
Le rameau des langues samies constitue un double prolongement, géographique et linguistique. L'aire géographique où ces langues sont parlées s'étend, sous la forme d'une bande littorale d'environ 100 à 120 km, du littoral de la mer du Nord, à la hauteur de la Norvège centrale, jusqu'à l'extrémité orientale de la presqu'île de Kola. L'habitat des Samis est donc situé sur le territoire de quatre Etats: la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. On dénombre dix langues samies; celle qui rassemble le plus grand nombre de locuteurs est le sami du nord, parlé sur le territoire de tous les trois pays nordiques. La principale langue samie de la presqu'île de Kola est le sami de Kildin, tandis que dans les régions les plus méridionales où le sami est parlé en Suède et en Norvège, il s'agit du sami du sud. En Finlande, le sami d'Inari et le sami des Kolttes sont également parlés (cette dernière langue est également pratiquée dans la presqu'île de Kola), l'une et l'autre par quelques centaines de locuteurs - ce qui explique que ces langues sont extrêmement menacées. Le prolongement des langues samies n'est marqué que par une seule limite brutale: il passe entre le sami du nord et le sami d'Inari, séparant les langues samies de l'ouest et de l'est. Autrement, ce prolongement a pour caractéristique typique que ces langues ici géographiquement voisines sont toujours relativement proches les unes des autres sur le plan linguistique et qu'il est facile de comprendre la langue du voisin.
Il n'est pas possible d'indiquer l'effectif précis des Samis, car la définition même de l'appartenance samie varie d'un pays à l'autre. Les estimations varient entre 50 000 et 80 000. Les Samis sont les plus nombreux en Norvège, les moins nombreux en Russie (env. 4 000 personnes, dont quelques 1 500 seulement sont locuteurs du sami). Un certain nombre de petites langues samies sont au bord de l'extinction ( le sami d'Umeå et le sami de Pite en Suède et le sami d'Akkala en Russie) et le nombre de locuteurs de plusieurs d'entre elles représentent quelques dizaines ou quelques centaines de locuteurs (sami du sud en Suède et en Norvège, sami d'Inari et sami des Kolttes en Finlande, sami de Ter en Russie). Les activités économiques majeures des Samis sont essentiellement l'élevage des rennes pour les Samis du nord, tandis que pour de nombreux Samis de la zone boisée et (surtout les Samis d'Inari et pour les Kolttes) ainsi que pour les Samis de la mer, sur le littoral de l'Océan glacial, la pêche a joué un rôle important.
| Le mari, les langues mordves et les langues permiennes |  |
On trouve, dans la partie centrale de la Russie, trois rameaux majeurs de la famille des langues finno-ougriennes: le mari, les langues mordves et les langues permiennes.
Les Mordves, les Maris, les Komis et les Oudmourtes ont chacun leur république respective, où ils sont toutefois minoritaires. Les Mordves sont environ 1 150 000 mais, dans la république des Mordves, ils ne sont qu'un peu plus de 300 000. Deux tiers des habitants de la république des Mordves sont d'une autre ethnie, principalement Russes et Tatars. La grande majorité des Mordves vivent sur un territoire très étendu, à l'est de la république du même nom, dans une ceinture qui s'étend jusqu'à l'Oural, sur plusieurs républiques. La république des Mordves elle-même est située au sud-est de Moscou, au sud de la Volga, dans la grande boucle formée par ce fleuve.
La république des Maris est située à l'est de Moscou, sur le cours moyen de la Volga, principalement au nord du fleuve. Les Maris sont environ 670 000 au total, dont près de la moitié vivent dans la république qui porte leur nom. En dehors de cette république, les Maris sont les plus nombreux (106 000 personnes) à l'est, en Bachkirie. Au nord-est de la république des Maris, on trouve la république des Oudmourtes. Sur environ un million et demi d'habitants, les Oudmourtes sont 500 000 environ. De plus, un quart de million d'Oudmourtes vivent hors des limites de la république, principalement dans les régions environnantes de Kirov et de Perm ainsi que dans les républiques des Tatars et de Bachkirie. Cette région située au coeur de la Russie se distingue déjà, traditionnellement, par son caractère multi-ethnique; les richesses naturelles y abondent, de même que l'industrie qui les transforment, ce qui a attiré dans la région des représentants de nombreuses autres ethnies.
Le mari se différencie en trois dialectes majeurs que l'on peut considérer comme des langues indépendantes. Sans que l'on soit parvenu à constituer une langue écrite commune. On distingue deux langues mordves: l'erza et le mokcha, qui comptent environ un million de locuteurs, au total: les Mordves forment ainsi, après les Finnois et les Hongrois, le troisième groupe linguistique en importance; leur effectif est, approximativement, égal à celui des locuteurs de l'estonien. L'erza et le mokcha sont deux langues écrites.
Les langues permiennes sont au nombre de trois: le zyriène des Komis, le permien des Komis et l'oudmourte.
Par leur langue comme par leur culture, les Komis peuvent être différenciés en deux groupes: les Zyriènes et les Permiens. Ils ont leurs territoires respectifs - la république des Komis pour les Zyriènes, qui occupe une vaste superficie (un tiers de plus que la Finlande), est riche en ressources naturelles; elle se situe approximativement à la même latitude que la Finlande, entre le gouvernement d'Arkangelsk et les montagnes de l'Oural. Les Permiens ont leur district, sur le flanc méridional de la république des Komis. Comptés sur la base de leur appartenance ethnique, les Komis sont environ un demi million, dont 150 000 Permiens. Dans les deux groupes ethniques, env. 70% parlent leur langue maternelle.
Les langues ougriennes
Cohérent sur le plan linguistique, le groupe des langues ougriennes est géographiquement très dispersé. En particulier, le lien, sur le plan linguistique, entre le hongrois et les langues parlées par les Ougriens de l'Ob, en Sibérie, a été (et reste) considérée souvent comme incertaine; mais, en vertu de considérations historico-linguistiques, la parenté est indéniable. Certes, on ne peut pas parler de proche parenté à la manière des groupes majeurs décrits plus haut, mais ceci vaut également pour le groupe des langues samoyèdes. Le regroupement est d'ailleurs fondé davantage sur la proximité de la parenté et sur la faculté de se comprendre réciproquement que sur des innovations historiques propres à chaque groupe linguistique, lesquelles innovations différencient ces langues des autres rameaux et groupes de langues de la famille linguistique. Les membres du groupe ougrien sont donc, en plus du hongrois, le hanti (l'ostyak) et le mansi (le vogoule), langues parlées sur un vaste territoire dans les contrées les plus occidentales de la Sibérie, en bordure de l'Ob et de ses affluents. Hantis et Mansis sont moins de 30 000, au total, et moins de la moitié d'entre eux parlent leur langue d'origine. La distance géographique qui sépare ces langues s'explique par le fait que les Hongrois participèrent aux migrations dans le sud de la Russie et se retrouvèrent loin des anciens foyers de peuplement qu'ils occupaient aux environs de la chaîne de l'Oural. Les Ougriens de l'Ob, de leur côté, se sont probablement dispersés relativement tard, y compris dans la taïga, largement vers le nord; les Hantis - qui sont le plus au nord - se sont installés jusque dans la toundra, adoptant l'élevage des rennes des Samoyèdes qui s'y trouvaient de longue date. Hantis et Mansis ont leur district respectif, mais ces peuples indigènes ne représentent qu'un faible pourcentage des habitants. La majorité de la population multi-ethnique du district y a été attirée par l'industrie du pétrole et du gaz naturel.
Le groupe samoyède
Le groupe samoyède compte actuellement quatre langues samoyèdes du nord et une du sud. Les langues y furent plus nombreuses jadis, mais dès le début du siècle dernier, elles se fondirent dans les langues turques de la Sibérie. De nos jours, les Samoyèdes du sud ne sont plus représentés que par les Selkupes, qui vivent en bordure du Ienisseï, où ils sont les voisins orientaux des Hantis; ils sont environ 1 500. Les Nenets, qui sont environ 30 000, sont le groupe le plus important des Samoyèdes du nord. Ils vivent dans la toundra du nord, dans une région comprise entre l'embouchure du Ienisseï et les franges orientales de la presqu'île de Kola. Les petites langues samoyèdes du nord sont le yourak, l'énets et le nganasan.
| Traits structuraux et vocabulaires communs de ces langues |  |
Les racines du finnois plongent donc dans ce que l'on appelle le proto-finno-ougrien (la langue-mère), auquel on peut faire remonter, historiquement, toutes les langues décrites ci-dessus. Les considérations structurelles communes à toutes ces langues, avant tout, ainsi qu'un vocabulaire de base qui leur est commun parlent en faveur de cette protolangue finno-ougrienne. Sur le plan théorique, les structures sont plus importantes et elles sont la preuve la plus irréfutable d'un passé et d'une origine communs; en effet, la structure fondamentale est, généralement, ce qui se maintient le mieux bien que toutes les langues évoluent avec le temps. Quant au vocabulaire commun, il aide à mieux discerner le cadre de vie et le milieu culturel dans lequel cette protolangue finno-ougrienne commune fut utilisée.
Les caractéristiques typiques
Les caractéristiques typiques des langues finno-ougriennes sont, en même temps, celles dans lesquelles un locuteur de langue étrangère identifie facilement les spécificités du finnois. Il s'agit, avant tout, de la manière de décliner les mots, en ajoutant des désinences à la fin du mot, au lieu d'employer des prépositions, généralement utilisées en anglais et dans d'autres langues germaniques, comme dans les exemples suivants: autossa (auto-ssa) "dans (la) voiture", autolla (auto-lla) "avec (la)/en voiture". L'abondance des désinences casuelles du finnois est souvent considérée, typiquement, comme une caractéristique commune au finnois et au hongrois; le hongrois distingue une vingtaine de désinences casuelles, le finnois en a 15. Dans ces deux langues, le nombre des désinences casuelles a augmenté par rapport au stade proto-finno-ougrien, mais les éléments fondamentaux des désinences casuelles proviennent déjà des anciennes désinences que l'on fait remonter au proto-finno-ougrien. Autres particularités de la désinence, celle de la personne du verbe, ex. tanssin (tanssi-n) "je danse", tanssit (tanssi-t) "tu danses", hän tanssii (tanssi-I) "il/elle danse", ainsi que les suffixes possessifs, originaires des mêmes éléments de base que les désinences personnelles, et qui permettent d'exprimer les relations possessives, ex. autoni (auto-ni) "ma voiture", autosi (auto-si) "ta voiture", que l'on combine aussi avec les désinences casuelles: autollani "avec ma voiture", autossasi "dans ta voiture". Elles sont communes à toutes les langues finno-ougriennes.
Le vocabulaire commun
Le vocabulaire commun se compose, avant tout, de concepts de base relatifs à l'être humain (y compris la communauté, les noms des parents), au corps et aux activités majeures, ainsi qu'à la nature environnante. Sont également inclus dans les concepts de base, les notions grammaticales de base comme les pronoms, les termes relationnels désignant la direction et la localisation ainsi que les petits nombres. Les mots relatifs à la culture et aux activités liées au mode de vie décrivent la civilisation de la chasse/pêche et de la cueillette (ex. jousi, nuoli, jänne; pato, le barrage créé par le pêcheur, äimä la grosse aiguille; les caractéristiques du monde spirituel sont relatées par le terme noita, qui évoque le chaman et dont le sens contemporain, en finnois, est "le sorcier, la sorcière".
Les contacts indo-européens; un passé et un présent communs
Le finnois contemporain ne compte qu'environ 300 mots de base que l'on peut faire remonter au proto-finno-ougrien, mais le vocabulaire d'origine ancienne est démultiplié si l'on y ajoute les dérivés des mots de base. Le finnois a enrichi abondamment son vocabulaire de base à partir de différentes formes linguistiques indo-européennes ce qui indique que le finnois et les formes linguistiques qui l'ont précédé ont été, à tous les stades de leur évolution, en contact avec les différents stades linguistiques indo-européens. Une partie du vocabulaire emprunté est commune à plusieurs langues finno-ougriennes, et les contacts les plus anciens qui furent la source de ces enrichissements de vocabulaire peuvent être situés entre le proto-finno-ougrien et le proto-indo-européen. Le nombre des mots concernés n'est pas important, et les cas sûrs se limitent à quelques-uns: le mot nimi "le nom" est sans doute l'un des plus indiscutables. De même, les mots vesi "l'eau", myydä "vendre" et nainen "la femme" sont considérés comme faisant partie de cette strate d'emprunts. Sur le plan temporel, les emprunts les plus anciens ont donc été adoptés avant la dispersion du proto-indo-européen, probablement durant la première moitié du quatrième millénaire avant l'ère chrétienne. Cette datation sur la base indo-européenne permet aussi de dater la subdivision du proto-finno-ougrien. Les emprunts, en tout cas, semblent indiquer que l'expansion a eut lieu - si l'on fait une estimation grossière - vers la même époque. Sur la base de la reconstruction interne des langues finno-ougriennes, des différences entre les langues et du rythme de la différenciation - évalué sur la base de ces différences - on avait calculé que l'éclatement de la langue-mère aurait débuté, au plus tard, il y a six millénaires. Les datations correspondent donc assez bien. Les plus anciens contacts entre Finno-Ougriens et Indo-Européens se sont probablement produits près de la région où l'on suppose que ces langues étaient parlées, c'est-à-dire dans l'intervalle compris entre les steppes situées au nord de la mer Noire et la grande boucle de la Volga. Dans cette dernière région, on trouve encore une concentration de langues finno-ougriennes relativement éloignées les unes des autres et, selon la théorie la plus largement acceptée, c'est précisément au nord de la mer Noire que l'on situe de nos jours le "berceau" indo-européen.
En plus des emprunts qui eurent lieu au stade des protolangues les plus anciennes, une autre strate indo-iranienne, relativement plus tardive, s'inscrit dans les apports de l'est qui ont enrichi le finnois. Des innovations culturelles remarquables, matérielles et spirituelles, ont été empruntées aux langues indo-iraniennes et, à travers elles, des mots liés notamment à l'agriculture comme porsas "le porc", varsa " le poulain" et mesi "le miel"; au commerce comme le nombre sata "cent" ainsi que le verbe ostaa "acheter", mot-racine (n.b. avant lui, l'emprunt très ancien myydä); ainsi qu'un abondant vocabulaire mythologique et religieux comme taivas "le ciel", marras "mort" et, éventuellement jumala "Dieu". Une grande partie de ces mots sont encore assez largement présents dans les langues finno-ougriennes. Sur la base de la forme linguistique indo-iranienne, de leur source d'emprunt, ils sont cependant plus récents que l'étage du proto-indo-européen..
Les emprunts indo-iraniens
La forme linguistique finno-ougrienne parlée sur le territoire actuel de la Finlande est associée avec le plus de certitude à l'apparition de la"typique céramique peignée" dans la région qu'occupait la Finlande vers 3000 avant JC. Mais la langue n'a pas nécessairement été transférée tout à fait en même temps que le changement culturel; en principe, la forme linguistique finno-ougrienne a pu être parlée sur un territoire sans doute étendu, située entre la boucle de la Volga et la mer Baltique, et jusqu'aux montagnes de l'Oural. Par ailleurs, au moins une partie des emprunts indo-iraniens peuvent marquer une influence datant de l'ère de la céramique peignée, et venue de l'est. Indépendamment de l'ancienneté que l'on veut donner à la forme linguistique finno-ougrienne et en particulier au finnois parlés sur le littoral de la Baltique, il est clair que les racines de la langue finnoise sont à l'est, là où l'on parle, aujourd'hui encore, des langues apparentées au finnois.
Les emprunts baltes et germaniques
Parallèlement à la céramique peignée typique, la civilisation de la hache d'armes fait également son apparition, vers 2300 avant JC, sur le territoire de la Finlande. On estime que cette forme de civilisation représente des populations indo-européennes du nord, et l'on considère que les précurseurs les plus anciens des langues baltes et germaniques actuelles constituent la langue de cette civilisation. L'influence de ces civilisations sur le finnois se manifeste sous la forme d'un remarquable vocabulaire d'emprunt balte et germanique, lequel apparaît en particulier dans le finnois et dans les langues parentes les plus proches (langues balto-finnoises) ainsi que dans le sami, sous la forme de plusieurs étages. Les emprunts les plus anciens - tant baltes que germaniques - sont si anciens que les sources de ces emprunts ne se sont pas encore écartées sensiblement du proto-indo-européen; en fait, une période d'un millier d'années seulement sépare le moment où s'opère l'éclatement de la protolangue mentionnée et l'apparition de la civilisation de la hache d'armes. Ces mots ont cependant une diffusion occidentale limitée tant sur le plan indo-européen que sur le plan finno-ougrien, ce qui indique que les langues ont été adoptées précisément sur le territoire actuel de la Finlande ou à son voisinage. Ceci contribue aussi à prouver que le finnois, précisément, et les formes linguistiques qui l'ont précédé étaient parlés dans les régions actuelles il y a déjà plusieurs milliers d'années. Une grande partie des emprunts (pré)baltes et (pré)germaniques font référence à la nature. A cet égard, les mots liés à la mer sont particulièrement intéressants; empruntés à la forme linguistique balte, on trouve, en premier lieu , le mot meri "la mer" ainsi que les noms de poissons de mer lohi "le saumon" et ankerias "l'anguille". Ces mots, en tout cas, sembleraient indiquer, de manière irréfutable que les Proto-Finnois ou, plus exactement les Finno-Ougriens n'habitaient pas au bord d'une mer salée avant les premiers contacts baltes. Le vocabulaire finno-ougrien ancien contient abondamment des mots liés à la nature, relatifs à l'eau, mais tous indiquent des eaux continentales et leur faune. Les rivières, les oiseaux aquatiques et les poissons qui y vivent représentent le plus typiquement le matériau terminologique finno-ougrien. Les effets baltes et germaniques plus tardifs indiquent, avant tout, l'essor de l'agriculture. Les noms des plantes cultivées et le vocabulaire naturel, lié à l'agriculture, ont été très abondamment empruntés à ces formes linguistiques, tandis que les emprunts germaniques abondent dans le vocabulaire de la technique agricole et les emprunts baltes dans celui de la technique de construction. Ceci pourrait bien illustrer les spécialités de ces anciens peuples voisins dans l'environnement qui fut celui de l'âge du bronze et du fer.
Le vocabulaire du proto-scandinave
L'influence germanique plus récente, essentiellement proto-scandinave, fait son apparition dans la langue finnoise dans de nombreux domaines de l'existence. Le vocabulaire sociétal du proto-scandinave est particulièrement important, avec des emprunts comme kuningas "le roi, valta "le pouvoir/la puissance?", kihla "le gage", tuomita "condamner" et kaupunki "la ville". A propos des emprunts germaniques anciens, on a souvent renvoyé à ce fait intéressant, du point de vue des langues germaniques, que, grâce à sa structure phonétique conservatrice, le finnois a conservé les emprunts sous une forme très voisine de la forme originelle proto-germanique ou proto-scandinave; c'est précisément le cas, par ex., du mot kuningas, dont les successeurs, dans les langues germaniques se sont écartés très loin de leur forme originale, tandis que la forme finnoise est en quelque sorte identique à la forme originale, âgée de 2000 ou 3000 ans. Le nombre des emprunts augmente au fur et à mesure que l'on se rapproche des langues actuelles. En plus des étages d'emprunts déjà mentionnés, les plus récents incluent encore l'emprunt au slave, essentiellement au russe (ancien). Cet emprunt est cependant loin d'avoir l'abondance des emprunts scandinaves et suédois, et les sujets eux-mêmes sont davantage liés à l'économie ménagère et à l'alimentation ainsi qu'au vocabulaire militaire.
| Le finnois: les racines à l'est et le feuillage à l'ouest |  |
Dans l'ensemble, on peut dire des racines du finnois et des éléments structurels de la langue que le finnois est un mélange d'éléments venus de l'est et de l'ouest. La structure élémentaire de la langue et son noyau le plus ancien viennent de l'est, de même que les emprunts les plus anciens, lesquels, dans ce cas, sont tout aussi orientaux que le vocabulaire fondamental et le noyau de la famille linguistique indo-européenne. A part les transformations ultérieures du vocabulaire originel, ses dérivés et les mots composés, les mots empruntés - avant tout - aux langues indo-européennes constituent la majeure partie du vocabulaire de la langue. Les langues indo-européennes de l'ouest, depuis le proto-germanique et le proto-scandinave jusqu'aux langues germaniques actuelles et au patrimoine linguistique pan-européen ont influencé non seulement le vocabulaire mais également la structure de la langue en remodelant les anciennes structures de phrase du finnois dans le moule européen. Le finnois a donc une base acquise à l'est et une surface occidentale ou, pour utiliser une autre image: les racines à l'est et le feuillage à l'ouest. |