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Le choix des éditeurs et le rôle des traducteurs

Culture > Littérature
17-11-00
Auteur : Catherine Verger
Les succès

Comment la littérature finlandaise arrive chez nos libraires...Paasilinna et Waltari sont les deux auteurs finlandais les plus souvent édités en France.  

Chez Denoël, l'éditeur de Paasilinna en France, la découverte date d'il y a 12 ans. "Le manuscrit du Lièvre de Vatanen envoyé par sa traductrice, est resté quelques années oublié sous une pile, raconte Marie Pierre Baye, ancienne collaboratrice de l'éditeur. Le directeur de collection qui l'a retrouvé par hasard l'a lu le soir chez lui et l'a trouvé formidable. C'est comme ça que "Le lièvre..." est devenu un best seller, réédité plusieurs fois et même vendu plus de 100 000 exemplaires en livre de poche".

Marie Pierre Baye n'est pas étonnée par le succès de ce roman : "C'est rigolo, truculent, ça déborde de vie, c'est très bien ficelé et bien raconté ". Selon elle, le cas Paasilinna serait assez atypique. Ce qu'elle connaît des catalogues d'éditeurs finlandais et des résumés de romans en anglais, lui donne une impression de "littérature assez sombre".

Une réputation observée aussi par un petit éditeur du sud-ouest de la France : Gaïa, découvreur de romans de Daniel Katz. "Katz, dont le premier livre a été édité par les Presses Universitaires de Caen, entre parfaitement dans notre créneau humour, explique Evelyne Lagrange. Le personnage est aussi séduisant que ses romans.  Constat d'Evelyne Lagrange, Katz est la moins bonne vente, parmi ses auteurs scandinaves : peu de publicité à la sortie, le handicap du "gros pavé"... "Oeil pour oeil, chien pour cochon" fait 400 pages !

La confidentialité ?

La littérature finlandaise serait-elle condamnée en France à la confidentialité ? "Pas nécessairement", répond Marc de Gouvenain, responsable du domaine scandinave chez Actes Sud . Sa maison d'éditions a publié plusieurs auteurs : Veijo Meri, Ilkka Pitkänen, Antti Tuuri, Tove Jansson, Mika Waltari et une trilogie de Leena Lander. Il estime que proportionnellement à sa population, la Finlande compte pas mal d'auteurs contemporains publiés en France mais qu'un pays de cette taille ne peut pas donner des dizaines d'auteurs remarquables. Il admet aussi subir une contrainte : publier en alternance des auteurs danois, suédois, norvégiens ou islandais afin de couvrir toute la palette de la littérature nordique.

Denis Ballu, lui, est plus sceptique sur la diffusion grand public des auteurs finlandais en France. Le patron des éditions L'Elan de Nantes observe que sur les six auteurs finlandais d'expression suédoise de son catalogue, la moyenne des ventes se situe entre 500 et 1000 exemplaires. Or un petit éditeur ne peut pas se permettre de faire des stocks: il faut vendre dans les mois qui suivent la parution.

Pessimisme nuancé ..."J'ai l'impression que les Français considèrent la littérature finlandaise comme quelque chose d'assez exotique. Ils apprécient les thématiques de l'enfance et de la nature, qu'on retrouve dans presque tous les romans. Et puis, il faut rendre hommage aux festivals comme Boréales qui mettent régulièrement un coup de projecteur sur ces auteurs venus du Nord"

Ses coups de coeur à lui, en dix ans d'édition, s'appellent Juhani Aho, "le Maupassant finlandais" ou Tove Jansson. Parmi les auteurs qu'il aimerait éditer un jour, le prix Nobel des années 30, Frans Emil Sillanpää.


Les traducteurs

Observateurs privilégiés de ce qui intéresse les éditeurs français, deux traducteurs : Anne Colin du Terrail et Gabriel Rebourcet. La première a fait connaître en France les romans de Paasilinna, le second est notamment à l'origine du succès français de l'épopée du Kalevala (10 000 exemplaires chez Gallimard).

L'un et l'autre ont le sentiment que les choses bougent entre la France et la Finlande. Davantage de traducteurs (on en compte moins d'une dizaine aujourd'hui). Un réel soutien public aux traductions, sous forme d'aides financières. Et du côté des auteurs, des textes plus originaux et moins marqués par "l'idéologie, la peinture sociale, l'isolationnisme des années soixante, soixante-dix" selon l'expression de Gabriel Rebourcet.

Les choses bougent mais il reste du chemin à faire, constate Anne Colin du Terrail. Elle note que les Finlandais n'ont pas une idée très précise de ce qui peut plaire aux lecteurs français : "Ils ont tendance à proposer des auteurs très sérieux, mais ce sont souvent les plus sinistres". Elle regrette aussi qu'il y ait un chainon manquant entre Helsinki et Paris : des gens qui se dévoueraient pour lire les centaines de livres qui sortent chaque année en finnois et en faire des notes de lectures à destination des éditeurs français. "Un travail ingrat qui prend du temps et qui est en général, mal payé".

"La littérature finlandaise est à un tournant, résume Gabriel Rebourcet, il y a des opportunités, mais la France est un pays difficile à conquérir, un pays exigeant sur l'écriture".

Signe évident de leur efficacité respective, les deux traducteurs croulent sous les commandes. Anne Colin du Terrail termine le nouveau Paasilinna pour Denoël. Gabriel Rebourcet, lui, s'occupe de Daniel Katz et de Pentti Holappa tout en publiant une anthologie poétique "Charbon le jour" aux éditions Riveneuve.

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