| Kalevala |  |
Le titre du premier roman de l’écrivaine Ranya ElRamly, Auringon asema (La position du soleil, 2002), évoque l’individu qui recherche sa place dans le monde, son soleil à lui, sous lequel il pourra enfin vivre pleinement. En cela, le livre s’inscrit dans une thématique que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres littéraires finlandaises de ces dernières années, qui traitent de la recherche de l’équilibre du moi, de la quête de l’identité individuelle. La narration chez ElRamly est aussi une quête d’un nouveau genre de narration, et on pourrait même développer la métaphore en disant que les associations d’idées évoquées par le soleil – lumière, couleurs – peuvent caractériser de façon plus large la littérature finlandaise des années deux mille. S’il est vrai que depuis quelques dizaines d’années déjà les prosateurs d’expression classique ont été rejoints par tout un groupe de narrateurs à l’écriture polyphonique, la gamme des styles et des coloris a commencé à s’élargir de plus en plus. De même, des écrivains d’origines culturelles très différentes commencent progressivement à faire entendre leur voix : l’offre en matière de littérature ne cesse de se diversifier.
La culture littéraire et la lecture ont toujours été tenues en très haute estime dans la société finlandaise. Väinämöinen, le personnage principal du Kalevala, l’épopée nationale finlandaise, est le maitre du chant et du verbe, son pouvoir repose sur la puissance du mot. La jeune culture littéraire finlandaise est née en même temps que la langue littéraire finnoise, il y a environ un siècle et demi. L’identité nationale elle-même s’est bâtie en grande partie sur la parole littéraire. Par rapport à d’autres pays, les Finlandais lisent, achètent et empruntent énormément de livres, et la lecture autant que la publication de livres nouveaux semblent être en constante croissance. Les statistiques de vente pour 2002 établies par l’Association des éditeurs de Finlande indiquent que les œuvres littéraires connaissant les meilleures ventes sont celles d’auteurs finlandais. Le tirage moyen des livres reste cependant relativement faible, l’aire de diffusion linguistique étant limitée : les livres en finnois peuvent toucher en Finlande cinq millions de lecteurs potentiels et les livres en suédois, 300 000.
D’après les études PISA réalisées par l’OCDE ces dernières années, les jeunes Finlandais sont les champions du monde de la lecture. L’étude de 2002 indique que 50 pour cent des jeunes Finlandais obtiennent la meilleure note en lecture, contre une moyenne de 32 pour cent dans les pays de l’OCDE. Cette note excellente s’explique notamment par l’existence d’un réseau de bibliothèques dense et diversifié, qui font de gros efforts pour se maintenir à la pointe de la société de l’information : les livres sont disponibles en abondance au niveau local aussi bien que national, et les enfants et les jeunes sont les clients les plus assidus des bibliothèques. Le statut dont jouit la lecture dans la société finlandaise contribue évidemment aussi à favoriser la lecture à l’école et à la maison. Pratiquement tous les ménages finlandais sont abonnés à au moins un quotidien. Les nouveaux médias incitent eux aussi à la lecture et garantissent un développement diversifié des techniques de lecture : le sous-titrage des émissions et des films étrangers à la télévision, l’internet et l’immense popularité des messages SMS font que les jeunes Finlandais pratiquent la lecture de bien des façons, et plusieurs heures par jour.
| Au fil des années |  |
L’action de l’État en faveur de l’art et de la culture est un facteur de développement stratégique de la société. L’objectif esr de porter dans les dix prochaines années la part de la culture à 0,4 % du PNB. Du fait du potentiel de diffusion limité, l’aide publique joue un rôle important dans la garantie des revenus des écrivains. L’aide de l’État à la littérature a commencé en 1865, année où furent attribués trois prix littéraires. De nos jours, les formes d’aide sont multiples. La plus importante consiste en bourses « pour compensation de prêt bibliothécaire », qui sont indexées sur les quantités de livres achetés par les bibliothèques. Un dixième des sommes annuelles affectées aux acquisitions de livres sert à soutenir le travail des écrivains et à payer des pensions d’artiste, pour un montant équivalent à environ 2,5 millions d’euros. Il est vrai que ce mode de financement, le plus important pour les écrivains, a baissé d’un tiers en dix ans, du fait de l’effondrement des acquisitions de livres par les bibliothèques victimes de restrictions budgétaires.
Au fil des années, la littérature finlandaise s’est fait de mieux en mieux connaitre au niveau mondial. Les statistiques du Centre d’information sur la littérature finlandaise (FILI) indiquent que plus de 4 000 titres ont été traduits dans des langues étrangères entre 1977 et 2001. Les langues de traduction les plus importantes sont le suédois, l’anglais, l’allemand, le français, l’estonien, le danois, le russe, le hongrois, le norvégien, l’espagnol, le japonais et le tchèque. La prose et la poésie représentent un peu moins de 2000 ouvrages, les livres illustrés pour enfants près de 400, les anthologies près de 700, les œuvres dramatiques environ 200 et les ouvrages non fictionnels pas loin de 750 titres. À ce jour, le Kalevala a connu 120 traductions dans plus de soixante langues ; les Moumines de l’écrivaine Tove Jansson ont été traduits dans plusieurs dizaines de langues, ce qui représente plus de deux-cent titres au total, et Les Sept frères, le classique d’Aleksis Kivi (1870) a été traduit dans près de vingt langues. Ces dernières années, des écrivains modernes comme Kari Hotakainen, Leena Lehtolainen, Hannu Raittila, Asko Sahlberg, Johanna Sinisalo et Kjell Westö ont vu leurs œuvres traduites dans des langues représentant des cultures très différentes, et l’intérêt ne cesse de croitre pour des genres littéraires variés. |