L'écrivain
Né en 1926 à Helsinki, Bo Carpelan est la principale voix poétique suédophone de Finlande. Son oeuvre importante comporte aussi bien des romans que des recueils de poésie auxquels il se déclare plus volontiers attaché, et dont la majorité est pour l'instant inédite en France.
Carpelan a longtemps été bibliothécaire, occupation dans laquelle son amour profond des livres a trouvé à se réaliser, mais aussi journaliste. Il a rédigé une thèse de doctorat sur un auteur difficile, le dadäiste Gunnar Björling (1887-1960), dont l'influence est clairement perceptible sur son travail (laconisme, travail des formes brèves, visée morale). Le recueil de Carpelan" Le jour cède" fait allusion à celui de Bjorling "Le jour qui se repose" (1922). Les autres influences les plus notables qu'il a subies sont celle de Keats, de Wallace Stevens et du poète français Max Jacob.
Outre "Voix de l'heure tardive" (1971, inédit en français) et "Le vent des origines" (1993), son oeuvre comporte le très impressionnant "Axel", assurément l'un des plus importants romans du demi-siècle en Finlande, où l'auteur évoque, en plus de son amour éperdu de la musique, l'amitié fraternelle qui unit à la fin du siècle dernier son grand-oncle Axel Carpelan et le maître, le recréateur de la musique finlandaise, le compositeur Jean Sibelius (1865-1957). Certains passages de ce chef-d'oeuvre donnent - au sens musical du terme- des clés pour l'écriture en vers de Carpelan, faisant du roman un art poétique paradoxal. Ainsi : " En poésie, j'aime la simplicité et la sincérité ; je déteste les phrases ostentatoires, les ornements inutiles". Cette volonté de "faire de deux mots trois plus importants", cette recherche minimaliste du moins d'effets possibles s'accompagnent chez lui d'une quête de l'honnêteté morale et de la probité, très présente dans son recueil "La Cour", évocation à la fois nostalgique et attendrie de ses jeunes années, où le poète se fait enfant de son enfance.
Sa poésie, très marquée part le modernisme suédois mais aussi par la tradition moderniste finlandaise du début du siècle, telle que la personnalise Edith Södergran, opère brillamment, donc humblement, la synthèse entre les deux cultures littéraires majoritaires en Finlande, ce qu'accomplit aussi le travail de traducteur de Carpelan, qui a traduit Paavo Haavikko du finnois en suédois.
L'ensemble de son travail a été couronné par le Prix du Conseil nordique, la plue haute distinction littéraire du Nord de l'Europe.
Parmi les ensembles poétiques importants de Carpelan, encore inédits en français, il convient de mentionner "La Source" (1973), "Dans les pièces sombres, dans les claires" (1976) et "L'Année, telle une feuille" (1985), ce dernier recueil étant le chef-d'oeuvre poétique d'un auteur qui poursuit avec ardeur son travail dans plusieurs directions. C'est ainsi qu'il a très récemment donné un livret pour l'Opera de Abo / Turku intitulé "Le chevalier et le Dragon".
| Deux poèmes |  |
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Un brouillard monte des pierres, l'asphalte.
Les enfants dorment,
nul n'aperçoit ce dont ils rêvent
*
Après l'automne venait la douce, la réchauffante obscurité.
La lampe sous l'abat-jour brillait tôt.
Père tournait les pages d'un journal; de chez les nouveaux voisins
parvenait le bruit raclant d'une radio, une voix criarde
mais qu'atténuait aussi la faible, l'opiniâtre pluie.
Qu'attendions-nous donc ?
Je me souviens encore clairement
de cette impression de quelque chose de retenu.
Bo Carpelan en français
Poésie
Vivre en dépit des jours, Maspero, 1977
73 poèmes, Obsidiane, 1984
Le jour cède, Arfuyen, 1989
La cour, Atelier La Feugraie, 2000
La Source, Editions Rafael de Surtis, 2001
Romans
Axel, Gallimard, 1989
Le vent des origines, Gallimard, 1998 |