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Quelques stars du design finlandais

Culture > Design
06-09-04
Auteur : Jean Pierre Frigo
Sari Anttonen

Dans la longue histoire du design finlandais, une saga d’un siècle et demi déjà, les Alvar Aalto, Kaj Franck, Tapio Wirkkala et Timo Sarpaneva feraient presque oublier quelques femmes de la plus haute importance. Quatre d’entre elles - Dora Jung, Armi Ratia, Kyllikki Salmenhaara et Hilkka Jarva - jouèrent sur tous les registres du design : mobilier, textiles, ustensiles. En 2004, on retrouve une designer-femme à l’avant-garde du design finlandais, Sari Anttonen, 37 ans. Sari nous a livré son opinion sur le desgin, cette spécialité finlandaise majeure, parallèlement à l’architecture. En prime, elle a bien voulu nous donner quelques noms “qui montent” en design industriel : Sara Renvall, Klaus Aalto, Mikko Paakkanen et un déjà “grand” du design graphique : Lasse Kangasmaa, 29 ans.

Le durable débarrassé d’Aalto

Sari Anttonen crée sous le label de sa compagnie “Reflex Design” et enseigne à la TAIK d’Helsinki (Ecole supérieure des arts et du design de Helsinki), la Haute École de Design finlandais: “La formation à la finlandaise c’est l’accent mis sur l’utilisation des matières, sur la technique. Nous inculquons la capacité à résoudre des problèmes techniques, à “penser” des structures solides. Finalement cette formation fait que chaque designer est capable de trouver la solution à pratiquement n’importe quelle énigme technique!”, entame Sari qui ajoute: “Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas formés et ne formons pas à “essayer de faire du beau”! Il s’agit simplement de travailler sur la matière, sur de nouvelles applications”. Au passage Sari révèle qu’elle aime particulièrement les designers qui osent tester divers matériaux, elle même ayant beaucoup joué avec les matériaux recyclables. Pour ce qui est de l’”identité finlandaise” en matière de design, elle déclare: “Il est de plus en plus difficile de différencier le design selon son pays d’origine: avant il existait une “ligne finlandaise” nette mais ce n’est plus le cas. Selon moi, s’il y a une identité finlandaise c’est dans l’effort que nous faisons pour travailler “en profondeur” sans exagérément s’intéresser à la surface, au superficiel. En bref, nous construisons du “durable”!” Comme les architectes, elle confirme elle aussi qu’Aalto ne pose plus problème: “Aalto a été évacué par les gens de ma génération. Je reconnais que nous sommes entourés par lui, en Finlande, même si c’est du passé, même s’il est dépassé. Heureusement qu’il existe d’autres modèles! Pour moi Alvar Aalto ne subsiste que comme un “designer ordinaire”, n’ayant plus rien à voir avec notre identité actuelle, faisant partie de notre histoire sans entrer dans notre réalité. En tout cas, je le répète formellement, les jeunes designers finlandais d’aujourd’hui ne se réfèrent plus à Aalto.”

A ce stade il était devenu urgent de rencontrer quelques “étoiles montantes” du design finlandais.


Saara Renvall: un dimanche à Helsinki

Saara Renvall, 30 ans, est avec Elina Aalto et Krista Kosonen un des membres fondateurs de l’IMU, le “Finnish National Design Team”. Ces éléments d’avant-garde du design finlandais ont déjà participé à trois expositions : Londres (2002), Milan (2003) et New York City (2004): “Depuis NYC je suis obsédée par les boutons. Je travaille actuellement sur les fonctions qu’on pourrait développer à partir des boutons, sur la multitude de possibilités décoratives qu’ils offrent. Je passe mon temps à expérimenter de nouvelles choses”, lance Saara qui, revenant récemment d’un stage au Japon, a découvert une nouvelle matière très solide, un alliage de papier et de soie à tresser. Pour Saara le design finlandais se caractérise par un “concentré de minima” (toujours le vieil adage “Less is more” / “Moins par moins égal plus”), un design n’incluant que l’essentiel, comme une “double-distillation” de design. Et elle continue ses expériences: “Je viens d’inventer un bijou fluorescent, comme un clip, comme une photo qu’on porterait sur soi”, révèle-t-elle. Elle a également élaboré une autre trouvaille: un rideau “double”, avec deux faces “extérieur/intérieur”, deux côtés imprimés donnant un sentiment différent selon que l’on se trouve dans la pièce ou dans la rue. Il comporte des coutures en fil d’argent. “Ce qui m’inspire? Helsinki, ma ville, ses ponts, les toits de ses maisons, ses ports avec leurs containers, j’ai souvent la sensation de “contrôler” toute la zone avec sa nature, sa mer, ses forêts tout autour. C’est un sentiment très fort!” Sara s’avoue aussi assez satisfaite de son fauteuil/chaise longue “Sunnuntai”, créé en 2003: “Sunnuntai, c’est dimanche, c’est une excellente façon de se relaxer, de lire, de rêver...” L’enseignement de TAIK, la Haute École de Design?: “On trouve à TAIK à la fois la rigueur de l’industrie et une liberté complète mais de toute façon, dans cette profession, il faut s’éduquer soi-même, c’est la seule chose qui compte vraiment.”


Le pique-nique de Klaus Aalto

“Je crois qu’en Finlande il nous faut des créations avec une fonctionnalité forte. C’est ça pour moi l’identité du design finlandais”, nous dit Klaus Aalto, designer débordant d’originalité. Son meuble “Take out” comprend des tiroirs-valises, “Pour un enfant ça servira à y mettre ses jouets pour les emmener avec lui”, Klaus explique que l’urgence de créer un objet ou une pièce de mobilier lui vient du besoin d’avoir quelque chose qui lui manque ou de remplacer une chose qui marche mal et trouver le truc pour la faire fonctionner. “Avant de créer il me faut toujours un concept, ensuite j’arrive à dessiner une chaise, un accessoire. Mais sans concept je ne peux rien faire”, avoue-t-il. Klaus a inventé un gril “pique-nique”, léger, que l’on peut emmener partout et qui sert aussi bien à chauffer de l’eau qu’à griller des saucisses. Il avoue qu’il ressent une profonde nostalgie pour la culture “trash” ou “pop” des années 1950 à 1970, pour ces objets que l’on peut voir dans les films de Truffaut et de la Nouvelle Vague française de l’époque: “Les années 1980 ont été un peu une parenthèse pour le design finlandais mais maintenant ça revient: regardez les grands noms qui sortent depuis: Harri Koskinen, Stefan Lindfors, Ilkka Suppanen, Sari...” énonce-t-il. Klaus aussi revient sur cette vision de ne pas rechercher la beauté mais de parvenir à remplir une fonction dans la réalisation d’un objet: “Un simple morceau de métal, jamais “sur-dessiné” mais doté d’une fonction puissante devient vite un objet-culte! Et puis les choses avec une rayure ou un défaut m’intéressent car elles ne sont pas faites pour le beau (un costume élégant avec des taches dessus fait se poser des questions, a une histoire et ça le rend immédiatement intéressant)”, précise-t-il.

La dernière création de Klaus est une table très fine repliable et transformable en poster mural.


Mikko Paakkanen: sorties d’hiver

La chaise “Nietos” de Mikko Paakkanen connecte directement à la neige: “Nietos en finnois, ce sont ces vagues, ces ondulations formées sur la neige par le vent. Pour concevoir ma chaise je suis aussi parti de l’idée de ces “anges de neige” que les petits Finlandais forment physiquement dans la neige, une forme “moulée”, parfaitement adaptée au corps”. Le succès de Nietos est certainement dû à une double idée: créer un siège de bureau qui permette de se reposer réellement et un siège “qui fonctionne”, avec de vrais accoudoirs sur lesquels on peut vraiment poser quelque chose: “Avant TAIK, j’ai commencé par travailler le bois pendant deux ans, comme charpentier, ce qui m’a conduit à construire mes propres meubles.” Les œuvres de Mikko: “Kide”, une chaise “cristal”, “Hammock Chaingang”, un génial quatuor de hamacs, “Mummola”, un double divan rappelant les “Conversations” de Style Empire, “Reki”, un siège “traîneau”, une ceinture conçu spécialement pour un ami artiste finlandais: “A 10 ans je jouais de la guitare et de la basse et voulais fabriquer des instruments de musique en bois!” Pour Mikko le minimalisme finlandais vient de l’urgence de fabriquer alors que tout - nature, éléments - est contre vous: “Dans la campagne d’Imatra, l’univers de bois et de neige d’où je viens, l’hiver, à cause du froid, vous n’avez pas le temps de penser: il faut agir vite. En plus, vous avez toujours trop de choses à accomplir simultanément. Il est donc impossible de rester trop longtemps dehors, à cause du froid...” C’est ce qui explique l’absence de décorations, d’enjolivures de raffinements et la recherche de la simplicité la plus directe.


Lasse Kangasmaa, le super fin

Avec Lasse Kangasmaa nous glissons vers le design graphique: “Je dessine de la déco, des sites internet, du design en 3 D pour du packaging. Mais le plus souvent je fais des couvertures de CD, des posters, des couvertures de livres, des “flyers”, des logos, de l’animation pour ordinateur”, se présente Lasse. Après avoir travaillé six mois à Londres, Lasse est revenu en Finlande, définitivement persuadé qu’en tant que designer-graphiste il avait une identité bien à lui: “Après Londres, je suis repassé par mon école de Lahti pour terminer mes études, mais j’avais enfin compris ce qui se passait!” Lasse avoue être assez fier d’une de ses trouvailles pour “flyer” : “C’était pour une grande marque de bière et j’avais mis le chiffre 8 en style digital: “à peler”. A partir de ça vous pouviez retrouver tous les autres chiffres. Les gens prenaient ça dans la rue et s’amusaient à trouver ce qu’il y avait derrière le huit.” Lasse refuse de prendre le design trop au sérieux et voudrait faire sourire les gens qui voient ses œuvres ou les visiteurs de son site www.superfine.tv L’enseignement de Lahti lui convient aussi à merveille: “L’école de Lahti est une petite structure où il y a plus d’enseignants que d’étudiants! La petitesse est ici un énorme avantage. Pourtant si vous voulez être connu, il faut sortir de Finlande et passer à l’international”, constate laconiquement Lasse. Il parle de l’école de Liminka, près d’Oulu, où un de ses oncles enseigne et nous oriente vers les websites qu’il trouve important, notamment www.uailab.com (un site brésilien pour designers-graphistes) et www.iloa.fi , qu’il a aidé à concevoir.

Sari Anttonen a dit :

- “Le fauteuil d’Yrjö Kukkapuro - « Karuselli » (1964) et la chaise “Aslak” (1958) d’Ilmari Tapiovaara m’ont plus inspirée que toute la production d’Alvar Aalto réunie.”

- “Notre génération entretient des rapports d’ouverture: nous nous parlons beaucoup, communiquons sur que nous faisons mais je ne pense pas que nous nous influençons énormément les uns les autres.”

- “J’aime la Française Matali Crasset pour sa colonne « Hospitalité », combinant différentes fonctions… Elle « casse » les archétypes du mobilier, ne se répète jamais.”

- “J’aime aussi les Frères Bouroullec qui ont conçu des tables super longues, modifiables et rassemblant diverses fonctions.

 

 

Liens

 

www.uiah.fi

Sari Anttonen: www.alvaraalto.fi

Saara Renvall et Klaus Aalto: www.imudesign.org

Mikko Paakkanen: www.avarte.fi

Lasse Kangasmaa: www.superfine.tv

www.uailab.com

www.iloa.fi

 

 
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