| Un handicap devient presque toujours une force |  |
“Un handicap devient presque toujours une force”, “Être créatif vous retire de la crédibilité”, “Pas de raccourci possible vers la nouveauté”, “Le livre de Rachel Carson - Printemps silencieux, 1962 - sur l’environnement a changé ma vie”,
extraits de l’interview qu’Olavi Lindén nous a accordé qui montrent un certain anticonformisme. Immédiatement Olavi précise qu’il n’est pas le père des fameux ciseaux Fiskars, les oranges.
C’est Olof Bäckström qui, en 1967, en a conçu la première paire, des ciseaux purement ergonomiques, que l’on peut aussi bien trouver chez son quincaillier de quartier qu’admirer au MOMA de New-York. De fait, Olavi n’a fait qu’améliorer le modèle de base, au fil du temps. Il en a également décliné la gamme ergonomiques, en créent des ciseaux de toutes tailles, pour tous les usages. En partant de l’idée d’ergonomie, Olavi a poursuivi avec une ligne complète d’outils de jardinage. Notamment un impressionnant sécateur télescopique de 3 mètres de long. Naturellement, Olavi se place à contre-courant de l’idéologie dominante. Et en matière de création, ça coule de source: son interview (voir ci-dessous) met en lumière certains trucs ou secrets. Et là où la plupart des créateurs se sentent obligés de changer régulièrement d’employeur - “Statistiquement, si vous restez plus de sept ans au même poste vous devenez suspect”, dira-t-il - Olavi aura uniquement connu Fiskars, depuis 1971. Olavi a récemment obtenu le prix du “Designer finlandais de l’année 2005”. En 2006, il obtenait le très respecté Prix “Kaj Franck”. | Outils comme des oiseaux |  |
À une centaine de kms à l’ouest d’Helsinki existe une micro-région totalement tournée vers les activités de fonderie et de production d’outils et objets métalliques: le terroir de Fiskars-Billnäs. À Billnäs, nous avons rencontré Olavi Lindén, un des grands maîtres actuels du design finlandais.
Q: Si vous revenez sur les influences qui vous ont le plus marqué, par laquelle commencez-vous? Olavi Lindén: “Très simplement, par la situation géographique de la Finlande: nous Finlandais sommes finalement davantage reliés à l’Est qu’à l’Ouest, mais personne ne veut plus en entendre parler! Et c’est dommage que la plupart de mes compatriotes le considèrent comme quelque chose de honteux: il ne faudrait jamais renier ses origines. Au contraire, je pense que c’est une chance formidable que nous avons, en Finlande.
Les technologies que nous avons utilisées jusqu’à une époque récente nous venaient d’outils, d’instruments ou de véhicules utilisés en Sibérie et en Mongolie, plutôt qu’en Europe. Pourquoi? Parce que le peuple finlandais a longtemps vécu coupé du reste de l’Europe et que nous avons dû tout faire par nous-mêmes, jusqu’à l’Indépendance de la Finlande (1917) et jusqu’aux années 1950 quand j’étais gosse.
Il n’y a pas eu, dans ce pays, de tradition d’artisanat, quand vous faites faire par des “spécialistes”. Les gens du cru, isolés comme ils l’étaient, devaient créer, fabriquer, réparer, par eux-mêmes. Par exemple: comme il n’y avait pas de vraies routes mais de l’eau un peu partout, une forte tradition de construction de bateaux est née, sur des siècles. Mais, y compris la façon d’utiliser un cheval de trait, tout venait aussi de l’Est: n’oublions pas qu’au moyen d’un judicieux système de harnais, un seul cheval pouvait tirer jusqu’à 10 tonnes de bois!
Je défie n’importe quel designer actuel de trouver mieux! Et cette influence orientale a suivi un développement très lent et très long, à travers les siècles, un peu comme l’évolution des oiseaux qui fait qu’à partir d’un type unique est apparue une dizaine d’espèces différentes, allant du pingouin à la chouette, en passant par l’albatros. Vous ne pouvez pas délibérément provoquer une telle adaptation: cela demande du temps.”
Olavi explique qu’il s’est inspiré du bec des oiseaux dans la réalisation de certains outils. | Les clients-femmes |  |
Q: Chez vous la nature semble occuper un rôle central. Pouvez-vous préciser les liens que vous entretenez avec elle? O.L. : ”Vous savez, né à Tammisaari et étant resté dans la région toute ma vie, j’ai toujours habité “dans” la nature. Pourtant, comme souvent les gens qui vivent à proximité de la nature, je ne l’idéalise pas particulièrement. Néanmoins, je passe du temps à l’observer, attentivement. Je regarde la façon dont les arbres et les plantes croissent, dont les oiseaux construisent leurs nids. Je suis convaincu que la nature a aussi le droit d’exister, telle qu’elle est. Par exemple, je trouve assez insupportable la façon dont nous exploitons intensivement les forêts, à des fins exclusivement économiques. Nous en avons fait des “réserves à bois”.”
Q : Parmi vos réalisations quelle est celle qui vous a donné le plus de plaisir? O.L. : ”Mon tout premier petit sécateur, conçu pour le jardinage et comportant un mécanisme intégré, parce qu’il intègre une nouvelle solution technique combinant design et processus de fabrication. Ce produit a été particulièrement apprécié par nos consommateurs, surtout les femmes.” Olavi revient sur l’importance de n’avoir que très peu de force à utiliser dans le maniement d’un outil. En effet, une femme ne dispose que de 60% de la force d’un homme, dans le meilleur des cas.
Dans le design d’outillage de jardin, la problématique se présente toujours ainsi: comment concevoir un outil utilisable avec autant de bonheur aussi bien par un homme de 30 ans que par sa grand-mère âgée de 80 ans? La réponse est évidemment donnée par l’ergonomie et la façon de transformer la plus petite force en plus grande force possible. Olavi a conçu une gamme complète d’outils de jardinage utilisables par tout le monde, sans distinction d’âge et de sexe, sans qu’il faille déployer énormément d’efforts, tel son sécateur télescopique ultra-léger permettant de tailler les branches les plus hautes d’un arbre. Impressionnant. | Compétences et incompétences |  |
Q : Vous êtes membre de l’orchestre symphonique de Lohja depuis 23 ans. Si vous n’étiez pas devenu designer auriez-vous pu devenir musicien? O.L. : ”Musicien, non, luthier, oui! En amateur, pendant mes heures de loisir, j’ai réussi à construire une cinquantaine de violons. C’est amusant parce que c’est un passe-temps que vous faites par plaisir, sans avoir aucune responsabilité, économique ou autre. J’ai même remporté trois fois le concours du meilleur luthier de Finlande.”
Olavi a inventé un “violonphon” (ndlr), instrument tenant à la fois du violon et du saxophone: “Le son qui sort par le pavillon est aussi bon et nettement plus puissant que celui d’un violon normal mais comme la forme en est trop étrange il n’est pas accepté dans le milieu des musiciens”, commente-t-il.
Devant nous, au cours de sa présentation, Olavi montre la photo d’un vol d’oies sauvages en migration et se pose la question: “Y a-t-il un être humain capable d’une telle précision, d’une telle perfection: ça veut dire que non seulement il n’y a pas de chef mais que chaque oiseau est capable de guider les autres, son tour de relais venu car il connaît le chemin!”
Il parle de la compétence inconsciente guidant ces oiseaux puis détaille: “Ensuite viennent la compétence consciente, l’incompétence consciente et, pour finir, l’incompétence inconsciente. Et, malheureusement, cette dernière pourrait être plus répandue qu’on ne le pense.”
Dans le processus de créativité Olavi préfère les coïncidences à la planification, le manque de contrôle au contrôle, l’absurdité à la rationalité, le risque à la sécurité, la désobéissance à la discipline. “Toute création demande du travail et une certaine somme d’expérience, le tout saupoudré de passion et je pense que la passion est ce qui importe le plus!”
- “Le seul problème est que la créativité n’augmente en aucune manière votre capital-crédibilité, dans nos sociétés. Si vous testez quelque chose de nouveau, de curieux, vous êtes assez vite considéré comme un fou”, conclut-il.
Olavi Lindén a aussi dit: |  |
- “Nous aurions intérêt à respecter davantage notre histoire: les catalogues d’outils publiés il y a 100 à 150 ans prouvent que nos ancêtres inventaient et utilisaient déjà des choses remarquables.”
- “À l’intérieur d’une entreprise, arriver à obtenir une féroce compétition interne, un critère généralement considéré comme une qualité, ne génère pas de créativité supplémentaire, contrairement à une idée très répandue.”
- “Du violon à un outil de jardinage, il n’y a pas si loin que ça: les deux instruments doivent être adaptés au mieux à la prise en main et à un effort minimum.”
- “Aucun avion moderne ne réussira à voler aussi bien qu’un moineau, sans oublier le don unique que possèdent les moineaux de pouvoir se poser sur un fil électrique!” Fiskars, en bref… |  |
La société Fiskars existe depuis 1649. Originaire d’un petit village finlandais, Fiskars s’est transformée peu à peu en une multinationale durant les 20 dernières années. Fiskars emploie 450 personnes à travers le monde. Récemment la compagnie a fait acquisition de la société française Leborgne (www.leborgne.fr) et du groupe finlandais Iitala.
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