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Designer-maison chez Issey Miyake et Iittala, créateur chez Svarowski et Venini, inventeur de la célèbre block-lamp, la réputation du designer finlandais Harri Koskinen est déjà faite et cet éternel adolescent de 34 ans évolue maintenant entre Paris, Tokyo, Milan et Helsinki. Sorti de TAIK, l’École Supérieure des Arts et de Design d’Helsinki, en 1996, Harri a immédiatement décollé, laissant en huit ans de création continue de nombreux éclats, traces dans son sillage. La maestria avec laquelle il combine les matériaux pour en tirer les lignes les plus minimalistes ramène régulièrement à un Mondrian, parfois à un Kandisky. Certains placent déjà Harri sur la même orbite que les Sarpaneva, Wirkkala, Franck, grands maîtres finlandais du design, comme s’il avait déjà passé le mur de la lumière. Paradoxe ou rapprochement, c’est à la lueur des néons de son bureau d’Helsinki que nous avons réussi à intercepter cet Homme Tranquille du design: Harri Koskinen.
Le design comme hobby
Une bonne moitié des créations de Harri Koskinen sont en verre et il est sérieusement considéré comme un expert en la matière (le cas de le dire!) car la liste de sa production d’objets en verre, pour Iitala par exemple, traîne déjà par terre: ATLAS, le chandelier, HALO, le bougeoir, MUOTKA, un vase à la Aalto, REMAIN IN LIGHT, une lampe, etc... Pourtant Harri a également créé des meubles: une chaise-longue (BIRCH BARK), un sofa (SOFABED), une chaise (MUU pour Montina), une autre chaise pour Woodnotes, une table de travail (LOW WORKING TABLE) et même un lit-matelas pneumatique (WINTER AIRBED). Il vient de rééditer le coup de la block-lamp avec un autre OVNI de luminaire, métallique cette fois (LAMPPU pour Oluce), une luxueuse torche démontable! Cette profusion semble laisser Harri de marbre (et ça tombe bien car c’est il n’a jamais travaillé cette matière!). Il reste d’une modestie toute finlandaise et ne se sent aucunement star: “Au contraire, je ne me sens pas spécialement “arrivé”. Bien sûr, si ça continue à ce rythme on en reparlera mais laissez-moi dix ans! Vous savez j’ai une incapacité totale à raconter des mensonges. Je pense que le design est une activité fantastique, un hobby merveilleux et que j’ai une chance extraordinaire puisque je suis payé pour faire ce que j’aime le plus au monde! Donc, ça tombe à pic!”, explique Harri.
Un achat d’Issey Miyake
Harri vient d’un petit village de l’Est de la Finlande: Karttula, ou plus exactement d’une ferme à 16 kms de Karttula: “Mon père est agriculteur et ma mère infirmière. Quand j’étais gosse notre voisin le plus proche se trouvait à 3 kms et mon copain de classe le moins éloigné, à 8 kms de chez nous. Il n’empêche que la vie était super relaxe. Entre 14 et 18 ans j’ai joué de la guitare dans un groupe de rock ce qui m’a probablement conduit à devenir accro à la musique indépendante underground. J’y trouve une énergie énorme!”. Pour Harri la Finlande condense à la fois l’obscurité des longs hivers et la lumière des étés: “C’est le pays de la lumière et de son poids”, insiste-t-il. Et le poids de l’architecture ou du design finlandais? Selon lui, réaliser un projet de maison complet, comme Aalto l’a fait avec la Villa Mairea, n’est plus possible aujourd’hui: “Maintenant on voit des constructions partout en Finlande mais dans les années qui vont de l’Indépendance (1917) jusque vers 1950/1960, le pays était encore vide et tout était à faire. C’est ainsi qu’un autre type de projets a vu le jour. A l’époque les architectes et designers sont parti de rien, de la table rase. Ce n’est plus le cas aujourd’hui!”. Harri confie qu’il ne rêve pas, qu’il ne fait pas de projets abracadabrants. La seule ligne qui l’intéresse: collaborer avec l’industrie. Au passage, sa société s’appelle Friends of Industry: “Nouvelles inventions, nouveaux matériaux, nouvelles technologies nourrissent mon imagination. Sinon, je trouve des stimulations partout où je vais”. Avec Issey Miyake, la collaboration a pris un tour cocasse: “Je me suis toujours senti très proche du Japon, en phase avec ce niveau de sensibilité. La block-lamp venait de sortir à Stockholm et avait déjà reçu d’excellentes critiques et je reçoit un appel de ce monsieur japonais me demandant si j’en étais bien le créateur et m’avouant qu’il en avait déjà acheté plusieurs, cinq je crois. C’était Issey Miyake! Notre collaboration est partie de là”, précise Harri.
| Professionnelle |  |
Ancrages
Un objet -culte comme la block-lamp ne sort pas comme ça, de la poche d’un souffleur de verre. Harri reconnaît quelques forces, issues de sa formation en Finlande: “J’ai commencé par faire, pendant presque 5 ans, l’École de Design de Lahti. Je trouve que c’est une merveilleuse école parce qu’on vous y enseigne à ne concevoir que ce qui est réalisable, ou presque! Ce que vous jetiez sur le papier, vous deviez le réaliser!!! 50% de notre temps d’études passait dans le design et 50% dans la réalisation de ce que nous avions élaboré en classe. Cela prouve à quel point nous étions en phase avec le concret. Et grâce à l’enseignement de Lahti ça m’est resté”, raconte Harri. S’il a touché - et continue à toucher - un peu à tout, meubles, design d’intérieur, Harri se considère avant tout comme un spécialiste de l’objet. Pour lui le monde du design consiste d’abord à tester les caractéristiques des matières, leurs possibilités, connaître leurs degrés de résistance: “Être designer demande du professionnalisme, de savoir communiquer avec énormément de gens, davantage qu’on ne le pense car cela va des ingénieurs aux avocats! Surtout, il faut que les coûts restent abordables. En tenir compte est impératif!”, insiste Harri.
Quid du luxe et des solutions? (quelques questions de plus)
Quelles sont les matières que tu préférerais travailler dans l’absolu?
"Généralement je ne prends pas une matière comme point de départ. Mais je dois avouer qu’il m’est totalement impossible de faire un design de table de verre ou de chaise en métal destinées à une utilisation normale, quotidienne. Chaque matière possède ses caractéristiques et j’essaie toujours de me connecter dessus.”
Certains designers ont tendance à se spécialiser sur quelques aspects de l’existence, comme les meubles de confort ou de relaxation, les objets de travail. Quel serait pour toi cette spécialisation?
“Disons que dans un monde parfois confus, j’essaye de donner du sens à mes créations. Je travaille dans la collaboration la plus étroite possible avec mes clients, m’efforçant de comprendre au mieux leurs demandes aussi bien élémentaires que quotidiennes dans la création du luxe et la plupart de mes clients travaillent dans ce secteur du luxe. Pour moi ce qu’on appelle “luxe” doit permettre de prendre plaisir à l’utilisation d’objets très quotidiens. Je ne supporte pas le kitsch! Dans la pratique le besoin de luxe représente un tabou, ça doit être caché! En Finlande le mot luxe a une connotation très péjorative. Mais ça ne me dérange pas!”
Certains designers - comme Jasper Morrison - remettent en question jusqu’à l’idée de “création” et préfèrent se considérer comme de simples “producteurs”, fournissant la solution à un problème. Comment vois-tu cela?
“En tout cas je n’arrive pas à encore me voir comme un artiste étant donné que j’ai principalement fait du design industriel. Le design reste pour moi une problématique sur les idées et la solution à un problème davantage un défi qu’une façon de s’exprimer. Pourtant ce n’est pas uniquement de la technique car ça couvre aussi bien les champs économiques, esthétiques et éthiques. Parfois ça repose sur le client avec lequel nous collaborons mais si quelqu’un a la chance de collaborer avec EDRA, par exemple, il va de soi que donner la solution à un problème n’a plus d’importance!”
| Contrepoint |  |
Contrepoint par Ilona Törmimäki, designer et ex-condisciple de Harri Koskinen
Du verre
Ilona Törmimäki a étudié à TAIK - École Supérieure des Arts et de Design d’Helsinki - en même temps que Harri. Nous lui avons demandé ses vues sur Harri: “Je pense qu’il a du succès parce qu’il a choisi de se concentrer sur un secteur très précis, je veux dire sur les objets de luxe, des produits n’exigeant pas une grande complexité. En revanche si un designer s’attaque au design d’un téléphone mobile, il s’agit d’un processus nettement plus complexe”
“Suivant cette ligne, Harri a trouvé un moyen plus direct, plus facile de créer, car les processus de fabrication ne sont plus si longs, si complexes, dans ce domaine précis”
“Une caractéristique commune à Harri et Jasper Morrison: tous deux ont le génie de se concentrer sur des processus simples. Au-delà je pense que le don pour les contacts sociaux est une autre grande force chez Harri: nous avons étudié ensemble et je peux dire qu’Harri était toujours excellent dans nos discussions et débats et toujours de bonne humeur!”
“A l’époque il se concentrait déjà sur le verre, ce qui le plaçait légèrement à part des autres étudiants de TAIK. Il faut comprendre: il s’occupait uniquement de verre et il est plus facile de créer un design si vous avez en tête une définition plus stricte de ce design”
“Certains designers sont comme des artistes et ne suivent que leur instinct personnel, ne créant que ce qui leur convient. Mais, dans notre métier, trouver l’idée pour un produit est vraiment ce qui est le plus difficile. Et, en tant que créateur, Harri se trouve dans cette zone-là.”
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