| Oeil de la caméra |  |
Pirjo Honkasalo est née en 1947 à Helsinki. Elle n’a qu’un an quand sa famille s’installe à Pori où elle passe son enfance et son adolescence. Douée pour les mathématiques, on la destine à l’école Polytechnique. Toutefois elle choisit un autre chemin et entre à 17 ans à l’Ecole de Cinéma.
En 1969, Honkasalo fait la photographie du long métrage « Pilvilinna » (Château du nuage), réalisé par Sakari Rimminen. Elle devient ainsi la première femme en Finlande à faire la photographie d’un long métrage. Elle continue ses études cinématographiques à Philadelphie aux Etats-Unis.
Au début des années 70, elle travaille comme assistant-réalisateur et participe aussi à l’écriture du scénario de « La Terre de nos ancêtres » (Maa on syntinen laulu, 1973), film réalisé par Rauni Molmberg. Ce film est certainement une étape décisive dans la carrière de Pirjo Honkasalo. « La Terre de nos ancêtres » reçoit un excellent accueil aussi bien en Finlande qu’à l’étranger où il est distribué et notamment, en France.
Au début de sa carrière, Pirjo Honkasalo collabore avec Pekka Lehto. Ils réalisent ensemble plusieurs films documentaires. Les deux réalisateurs poursuivent ensuite leur carrière séparément.
Pirjo Honkasalo écrit, filme et réalise des films documentaires remarquables et notamment les trois films qui forment « la Trilogie du Sacré et du Mal ». Cette trilogie se compose de : Mysterion (1991), Tanjuska et les 7 diables (1993) et Atman (1996). Mysterion et Tanjuska et les 7 diables ont été tourné en Russie et Atman en Inde. Les trois films traitent de la religion, et ils remportent de nombreux prix dans le monde entier.
Filmer est la partie essentielle de la réalisation pour Pirjo Honkasalo qui filme elle même tous ses documentaires.
| Sujet du film |  |
Qu’est-ce que le documentaire pour Honkasalo ?
Ce n’est pas le sujet du film qui distingue fiction et documentaire. Il n’existe pas de genre ni de style propres ou particuliers au documentaire. Tout en restant l’œuvre personnelle de son auteur, il confronte à des questions éthiques. On ne peut jamais prétendre qu’une personne vivante ait dit ou dise une chose qu’elle n’a jamais dite.
Dans ses fictions comme dans ses documentaires Pirjo Honkasalo s’intéresse au silence des personnages et des personnes, cherchant à atteindre l’au-delà de la parole : « C’est difficile de le montrer, mais le cinéma reste un des seuls domaines à travers lesquels c’est possible », explique la réalisatrice.
Par les conditions légères de sa réalisation (équipe très réduite… ), par la faculté de trouver toujours des sujets vers lesquels la porte son intérêt et par le regard au plus près des personnes qu’elle filme, le documentaire représente un genre avec lequel Pirjo Honkasalo est en pleine intelligence. « Même si je réalise aussi des fictions, je me sens plus chez moi avec les films documentaires. C’est merveilleux de vivre dans ce monde, car je peux diriger à chaque instant mon travail vers le domaine qui m’intéresse le plus ».
Honkasalo avoue qu’elle regarde beaucoup dans l’œil de la caméra, mais qu’elle filme peu.
Le point de vue de l’auteur se dégage d’un moment choisi, qui suggère une profondeur hors de l’image qui résonne de références les plus variés. « On reproche souvent aux réalisateurs de documentaires de manipuler la réalité, mais si tout était montré, le résultat final ne raconterait plus rien », résume Honkasalo.
Il est admis qu’un film documentaire ait une trame narrative, une structure claire, un style visuel et un univers sonore. Honkasalo ajoute qu’il reste toujours une œuvre subjective où l’auteur se sert de la réalité pour parler de lui-même. « La réalisation d’un film documentaire peut être difficile pour les jeunes, car c’est une discipline qui requiert une conception de la vie et de l’expérience. Son auteur doit être capable d’interpréter le monde et de comprendre comment les détails révèlent le général. L’œuvre décrit le rapport que l’auteur a avec son sujet ».
Le film documentaire n’est pas conçu pour la télévision.« Les films documentaires sont faits pour être projetés sur grand écran et si ce n’est pas le cas, les auteurs n’arrivent pas nécessairement à garder leur ambition », avoue Honkasalo.
| Trois chambres |  |
The three rooms of melancholia (Melancholian kolme huonetta) 2004, Finlande
durée 106’
scénario, réalisation, photo Pirjo Honkasalo
montage Niel Pagh Andersen
musique Sanna Saarenkallio
production Kristiina Pervilä / Oy Millenium Film Ltd
distribution en France Océan Films
sortie prévue
en France avril 2005
Le film a remporté en Finlande le 6 février 2005 le Jussi (équivalent du César en France) du meilleur film documentaire finlandais de 2004.
The three rooms of melancholia, film documentaire sur la Tchétchénie, réalisé par Pirjo Honkasalo, a fait l’événement lors du 61ème Festival de Venise en 2004.
Présenté dans la section « Orizzonti », le film a remporté deux prix à Venise, le « Human Rights Film Network Award” et le prix « Lina Mangiacapre » couronnant chaque année une réalisatrice.
Synopsis : Divisé en trois parties, le documentaire dépeint la vulnérabilité d’enfants, entre la Russie et la Tchétchénie. Les personnages principaux sont successivement de jeunes garçons russes âgés de 9 à 14 ans, élèves à l’académie militaire, Hadizhat Gataeva, une femme recueillant des enfants dans les ruines de Groznyï, et enfin des enfants dans un camp de réfugiés près de la frontière tchétchène. Le film se déroule pendant le dernier conflit en Tchétchénie.
Les trois chambres de la mélancolie est un film sur la guerre sans guerre. Le film nous offre trois lieux de la mélancolie. D’abord, il nous amène à Kronstadt près de Saint-Pétersbourg dans une académie militaire où sont instruits de jeunes garçons souvent orphelins ou abandonnés. Ils se préparent à devenir soldats d’élite, des combattants qui formeront des groupes d’intervention spéciale. On leur apprend que les Tchétchènes sont leurs ennemis. Parmi ces jeunes, se trouvent aussi des orphelins de la guerre tchétchène, qui s’apprêtent à devenir des soldats russes. Ces jeunes garçons ont encore des rêves, certains écrivent des poèmes. Cette première chambre est celle de la « nostalgie ».
Le deuxième tableau se situe à Groznyï, capitale de la Tchétchénie. Les terribles images en noir et blanc de la destruction après les bombardements russes nous mettent face à la désolation d’après guerre. Groznyï est dévastée, peuplées de mères terrassées par la souffrance et la maladie. Des enfants errant sans but comme des chiens sans maître. Ils n’ont plus de maison, plus d’école, plus rien. Cette deuxième chambre « respiration » montre l’angoisse et la misère en direct.
Enfin la troisième partie se situe en Ingouchie, république frontalière de la Tchétchénie, dans le camp de réfugiés où Hadizhat s’occupe des enfants trouvés dans les ruines de Groznyï. Ce lieu s’appelle « souvenir ». En apparence tout paraît calme dans ces belles montagnes où les troupeaux de moutons paissent tranquillement. Mais au camp l’angoisse est palpable, et les enfants terrifiés pleurent en entendant les bruits des hélicoptères. La guerre est omniprésente, même si elle n’est vue que dans le regard de ces enfants.
Les trois chambres de la mélancolie de Pirjo Honkasalo ne donne pas d’explication. Le film se tait devant l’absurdité de la guerre. Honkasalo filme longuement les visages des enfants à Kronstadt, à Groznyï et en Ingouchie. Ses images révèlent le vrai visage de cette guerre dissimulée et de sa violence qui nourrit amertume et haine.
Les trois chambres de la mélancolie pose des questions fondamentales. Quel sera l’avenir de ces enfants ? La guerre aura-t-elle un jour une fin ? Comment sortir de la haine ? Dans ces images remarquables, Pirjo Honkasalo nous rappelle que la haine peut disparaître de la vie de l’homme, mais encore faudrait-il une force extraordinaire.
Les trois chambres de la mélancolie est distribuer en France par Océan Films distribution
www.ocean-films.com
| Filmographie |  |
FILMOGRAHPIE DE PIRJO HONKASALO
1977 Tapio Wirkkala (documentaire)
1978 Svastika (documentaire)
1980 Tulipää (Cœur de feu) avec Pekka Lehto (fiction)
1985 Da Capo avec Pekka Lehto (fiction)
1986 Leonardon ikkunat (documentaire)
1991 Mysterion (documentaire)
1993 Tanjuska ja 7 perkelettä (Tanjuska et les 7 diables) (documentaire)
1995 Tallinnan tuhkimo (documentaire)
1996 Atman (documentaire)
1998 Tulennielijä (Cracheur de feu) (fiction)
2004 The three rooms of melancholia (documentaire)
les documentaires réalises en collaboration avec Pekka Lehto :
The Age
1977 The First Cooperative
1978 The Sign of Danger
1979 Two Forces
1983 250 grammes: A Radioactive Testament
1979 Kainuu 39
février 2005 |