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Les nouveaux documentaires à l'affiche

Culture > Cinéma
17-02-05
Auteur : Kirsi Kinnunen

 

Introduction

Le cinéma finlandais jouit aujourd'hui d'un succès qui se faisait attendre depuis des années: en 2000, les films finlandais ont attiré 15 % des entrées alors que la fréquentation des salles a atteint le chiffre non négligeable de 7.1 millions. (Rappelons-nous qu'en Finlande il y a 5.2 millions d'habitants.)

L'originalité du cinéma finlandais se déploie en particulier dans les courts métrages et les documentaires. Ces derniers ont connu un essor exceptionnel dans les années 1990; de nouveaux réalisateurs - et surtout des réalisatrices - ont émergé et leur talent a été récompensé lors de nombreux festivals internationaux. Aujourd'hui, la Finlande s'impose comme l'un des pays les plus intéressants du domaine.

Le film documentaire est beaucoup plus qu'un simple reportage de télévision. Il y s'agit aujourd'hui de choisir un point de vue personnel qui ne se laisse pas borner par un journalisme soumis à la dictature d'un sujet actuel et, de plus en plus souvent, sensationnel.

Alors que la fiction reste enfermée dans son sujet, le caractère imprévisible et incontrolable des sujets des documentaires les permet justement de faire évoluer le langage et l'écriture cinématographiques. C'est souvent dans les moyens d'expression offerts par le cinéma du réel que va puiser la fiction d'aujourd'hui.

Le documentaire a souvent été considéré comme un exposé objectif des faits, les personnages filmés étant des représentants d'une classe sociale ou d'un groupe spécifique. Aujourd'hui les tendances sont différentes: il s'agit de ne surtout plus faire de la pégagogie, par contre, ce sont les histoires individuelles et subjectives qui comptent.

La force des cinéastes finlandais réside dans leur capacité et leur courage de passer les images à travers le filtre de leurs propres expériences en ne laissant aucun doute sur leur subjectivité vis-à-vis de leur sujet. Tous les moyens d'expression cinématographique leur sont permis, ce qui a pour résultat un cinéma du réel riche en outils nouveaux pour la compréhension des relations humaines et sociales.

Le financement publique

Le financement public contribue à l'essor du documentaire

En Finlande, les différents organismes de soutien au cinéma ont su préssentir l'émergence d'une nouvelle génération des talents avides de s'exercer dans le cinéma du réel. Leurs efforts ont favorisé le développement d'un documentaire finlandais personnel, hardi et différent.

Au tournant des années 1990, l'attention du public et des professionnels a été attirée sur le documentaire grâce à l'initiative de la Fondation Finlandaise de la Cinématographie, qui a donné carte blanche à une vingtaine de jeunes cinéastes pour réaliser une série de courts documentaires sur la vie finlandaise, financée entièrement par la Fondation. Par la suite, la Fondation et un deuxième organisme public, AVEK, le Centre de promotion de la culture audiovisuelle, ont réuni leurs efforts pour octroyer des aides importantes à la production des documentaires.

A la même époque, le Département du Cinéma de l'Ecole Supérieure des Arts et du Design de Helsinki a créé un programme de spécialisation dans le film documentaire. Fondé en 1959, le département a obtenu à deux reprises le prix de la meilleure école de cinéma aux festivals internationaux. Dans les années 1990, une dizaine d'Ecoles supérieures professionnelles sont venues s'ajouter à l'enseignement audiovisuel en Finlande.

La télévision publique garante de l'évolution du documentaire de création

Le documentaire indépendant finlandais bénéficie depuis le début des années 1990 d'un statut particulier au sein de la télévision publique YLE, ce qui a contribué d'une manière fondamentale à son essor.
A l'initiative de Jarmo Jääskeläinen, lui-même réalisateur de documentaires politiquement engagés, la TV2 lanca en 1990 son "Projet de documentaires", une petite unité de 2 à 3 personnes dont l'un des buts était de co-produire des films principalement avec des producteurs indépendants. "Il fallait déclarer à haute voix que l'investissement dans les documentaires finlandais était un acte culturel qui revenait aussi à la télévision publique," dit Jääskeläinen. Après Jääskeläinen, un autre documentariste, Iikka Vehkalahti, prit les rênes du "Projet" en 1997. En 1999, au total 119 premières diffusions dont 22 finlandaises ont été programmées dans les différentes émissions à la disposition du "Projet de documentaires".
Au sein de la TV1 un des mots clé pour les documentaires indépendants est la souplesse de la programmation. "J'ai la chance de disposer d'une case horaire qui n'a pas de durée fixe. Cela me permet de co-produire des films dont la durée sera déterminée par les lois cinématographiques et non par des contraintes des créneaux," dit Eila Werning, directrice de l'unité co-productions. "J'ai toujours tenu à favoriser l'expression personnelle car les documentaires ne peuvent pas être faits sur le même moule," déclare-t-elle, fière d'avoir accueilli dans son "écurie" la plupart des jeunes réalisateurs de documentaires des années 1990 et d'avoir ainsi contribué de manière primordiale au développement du genre en Finlande.
L'intérêt porté par les chaînes de télévision aux documentaires se fait mondialement de plus en plus évident et dans la foulée les films finlandais ont plus de chance d'être diffusés à l'étranger. La chaîne Arte se distingue aujourd'hui en tant qu'acheteur ou co-producteur de plus en plus de documentaires finlandais. Un bel example en est la co-production franco-finlandaise entre Making Movies de Finlande et ARD Films de France est actuellement en cours sur Linus Torwalds, créateur du système d'exploitation Linux. Le documentaire sera réalisé par le Finlandais Hannu Puttonen.
Mais l'originalité de l'expression, sans parler des barrières linguistiques, peuvent présenter un handicap pour les film finlandais. Les critères d'achat limités des télévisions étrangères leur font obstacle; par example les Anglais ne veulent que des films en anglais. Selon Eila Werning, la Finlande avec la France, surtout grâce à Arte, comptent aujourd'hui parmi les rares pays favorables aux documentaires de création.
En Finlande, YLE co-produit et co-finance jusqu'à 90 % des films indépendants de tous les genres grâce à un accord tripartite avec la Fondation de la Cinématographie et AVEK, le Centre de Promotion de la Culture Audiovisuelle. Les aides à la production du documentaire peuvent ainsi s'élever jusqu'à 1 million de marks finlandais par film.
AVEK a la charge de redistribuer le taxe provenant d'un pourcentage sur le prix des cassettes vierges, aux documentaires, courts métrages et productions expérimentales. L'organisme déclare que le documentaire est au centre de son attention: 60 % de l'aide à la production octroyée par AVEK va aux documentaires, soit environ 6 millions de marks, ce qui permet la production d'une trentaine d'oeuvres par an.
Quant à la Fondation, le total de son budget d'aide à la production s'élève aujourd'hui à 55 millions de marks (environ 60 MF) dont la part octroyée aux documentaires et aux courts métrages représente les 20 %.

 

 

Liens

La fondation de Cinéma finlandais
www.ses.fi

 

 

 
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