| Les lumières du faubourg |  |
Koistinen, le personnage principal cherche, comme le Kid de Chaplin, la moindre ouverture qui lui permettra de trouver une place dans un monde hostile, mais son entourage et les mécanismes anonymes de la société s’acharnent à briser ses modestes rêves.
Des éléments malfaiteurs profitent de son désir d’être aimé et de sa situation de gardien de nuit d’un centre commercial, avec l’aide d’une femme qui apparaît comme le personnage féminin le plus insensible de l’histoire du cinéma depuis All about Eve (1950) de Joseph L. Mankiewicz. Ils laissent Koistinen être accusé à leur place du vol qu’ils commettent. Koistinen se retrouve privé de son travail, de sa liberté et de ses rêves.
Heureusement pour le personnage principal, ils nous est permis de supposer que l’auteur du film, connu pour être un vieil homme tendre, éclaire la scène finale de quelque lueur d’espoir.
Aki Kaurismäki | Interview de Janne Hyytiäinen à Helsinki |  |
Janne Hyytiäinen, pouvez-vous nous parler de vous ?
J.H : Je suis un homme, je mesure 1,72 mètre. Je suis né à Savonlinna en Finlande en 1968. J’habite actuellement à Vantaa, près d’Helsinki. Je suis acteur, c’est mon métier. J’ai fini l’Ecole d’Art dramatique en 1999.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus, le cinéma ou le théâtre ?
J.H :Aujourd’hui, je m’intéresse bien sûr au cinéma puisque je viens de jouer le rôle principal du film d’Aki Kaurismäki. Cela m’a donné envie de jouer davantage au cinéma. Mais en Finlande il n’y a pas suffisamment de films alors on est bien obligé de travailler aussi au théâtre ; ce qui, quoi qu’il en soit, nous permet d’avancer dans le métier d’acteur.
L’acteur, peut-il vivre que du cinéma en Finlande ?
J.H : On peut difficilement gagner sa vie avec le cinéma. Et si l’on ne peut pas jouer souvent, un acteur souffre vite des troubles du sevrage. Ici, il faut attendre l’été pour savoir si on aura un rôle au cinéma et si ce n’est pas le cas, c’est encore 10 mois qu’il faut attendre.
Vous voulez dire que les tournages n’ont lieu qu’en été en Finlande ?
J.H : La plupart. La majorité des scènes doivent être tournées en été, c’est à dire de la fin mars à la fin août. C’est aussi une question de disponibilité des acteurs.
Dans le dernier film d’Aki Kaurismäki vous jouez le rôle de Koistinen, un gardien de nuit. Avez-vous eu l’occasion de voir le film terminé ?
J.H : Je viens de le voir à l’instant, il y a deux heures à peine.
Qu’en pensez vous ?
J.H : Ca m’a plu. La première partie du film est assez comique et franchement, on rit. Puis, le film prend un tour un peu mélancolique, quand la solitude prend le dessus, en tous cas c’est ce qu’Aki a écrit lui-même de ce film. Je n’ai pas pleuré, mais c’est tout de même assez triste aussi. Mais c’est un film formidable. J’ai été étonné de réussir à le regarder de façon subjective, même si je jouais dedans. J’ai regardé comment le personnage se débrouillait dans les différentes situations.
Comment est-il votre personnage M. Koistinen ?
J.H : Koistinen est à proprement parler un homme à femmes, mais ses histoires avec les femmes ne démarrent pas. C’est un homme bienveillant. Il est stupide, il pense beaucoup.
Avez-vous reçu le scénario du film avant le tournage ?
J.H : Oui, je l’ai eu. J’ai appelé Aki et nous en avons discuté au téléphone. J’ai beaucoup aimé le scénario.
Avez-vous répété avant le tournage ? Est-ce que Kaurismäki vous a donné des conseils sur la manière dont vous deviez vous préparer pour le rôle ?
J.H : Il m’a donné juste un conseil. Il fallait que j’apprenne à rouler les cigarettes comme un cowboy sur le dos d’un cheval. Il ne m’a autorisé à lire le scénario qu’une seule fois. Je n’avais pas le droit de l’apprendre par cœur. Pendant le tournage nous avons répété certaines scènes avant les prises.
Avez-vous travaillé auparavant avec Aki Kaurismäki ?
J.H : J’ai déjà travaillé avec lui dans Dogs have no hell (2001). C’était la première fois. C’était un court-métrage de 10 minutes, tourné avant L’homme sans passé.
Dans L’homme sans passé vous aviez un rôle ?
J.H : Un tout petit rôle. J’ai joué Ovaskainen, le nouveau mari de la femme de l’homme sans passé.
Alors cette fois-ci Kaurismäki vous a dirigé pour la troisième fois et vous a donné un rôle important ?
J.H : Dans ce film j’ai un grand rôle.
Que pensez-vous d’Aki Kaurismäki ?
J.H : J’aimerais bien retravailler avec lui dans l’avenir. C’est un réalisateur formidable. A mon avis, il est exceptionnel dans le sens où à chaque instant, il dirige en ayant en tête la totalité du film. Il le dirige globalement, tandis qu’il y a des réalisateurs qui dirigent chaque acteur séparément. Dans ce cas, on met en valeur le travail d’un seul acteur ou actrice alors que chez Kaurismäki on est dans une grande harmonie. Chacun est une partie d’un grand ensemble, sans qu’un acteur fasse quoi que ce soit. On ne joue pas, mais on est à l’image. Généralement avec les autres réalisateurs, il y a des producteurs, des horaires et des contraintes à respecter. Aki décide de tout sur ses films. Cela facilite infiniment le travail de l’acteur. Quand il y a une seule personne qui sait et décide ce que l’on doit faire, chacun effectue sa tâche : on éclaire, on photographie, les acteurs jouent, les décorateurs décorent, cela est extrêmement simple pour les acteurs et pour les techniciens.
Kaurismäki est-il un dictateur dans le travail ?
J.H : Tout à fait, il est dictateur, mais dans son cas c’est plutôt un atout. C’est une dictature pour parvenir à des objectifs démocratiques. Tous sont égaux dans l’équipe. Je crois que chacun le sent dans son cœur. Tous les membres de l’équipe le savent et ressentent qu’ils sont égaux aux yeux d’Aki, c’est sûr. S’il y avait deux Andy Warhol comme éclairagistes, qu’est-ce que ce serait comme film. C’est très bien qu’il n’y ait qu’une personne qui sache ce que l’on fait et ce que cela va devenir. Ca rend la vie plus facile à tout le monde.
Aki Kaurismäki a toujours la même équipe et le même chef-opérateur Timo Salminen. Est-ce que cela se sent ?
J.H : Je connais Sputnik, la société de production d’Aki Kaurismäki depuis plusieurs années. Les personnes qui y travaillent sont devenues très proches de moi. C’est plus qu’une famille. Sputnik est une boîte extraordinaire. Retournons à la façon dont Kaurismäki dirige ses acteurs. Est-ce qu’il donne des conseils sur la manière de dire les répliques, de se déplacer ou de diriger le regard ?
J.H : Il fallait évidemment faire attention aux directions des regards. On met des marques pour les directions et quand Aki dirige c’est du genre ; 10% de ceci et 7 centimètres comme ça. C’était vraiment drôle. Cela devient un langage commun et je pense qu’il doit être ainsi avec tous ses acteurs. Bien sûr, la collaboration entre Aki Kaurismäki et Matti Pellonpää devait être complètement à part, sans égale, quelque chose de sans faille. Ils ont dû inventer et fait évoluer le genre ensemble, tel qu’il existe aujourd’hui.
Est-ce que Kaurismäki laisse l’acteur improviser ?
J.H : Non. Il ne supporte pas du tout l’improvisation. Une fois j’ai essayé. J’ai marché dans la direction inverse à celle qu’il m’avait demandée, alors Aki a crié : « qu’est-ce que tu fais là » ? J’ai répondu que j’avais eu plutôt envie d’aller par là. Il m’a dit qu’on ne faisait pas des choses pareilles. J’étais indiscipliné, on a coupé la prise.
Vous venez de voir le film. Comment l’avez vous senti ?
J.H : Je trouve le film chaleureux et réconfortant. Je croyais qu’il aurait été plus triste, mais je l’ai trouvé également très drôle, au moins la première moitié du film.
Y-t-il un happy end ?
J.H : Il y a…c’est au spectateur de le décider.
Le rôle de Koistinen a-t-il changé quelque chose dans votre vie ?
J.H : C’est le rôle le plus important que j’ai eu jusqu’à présent. Bien sûr, c’est un privilège de pouvoir travailler avec un grand réalisateur comme Aki Kaurismäki. En plus d’avoir le rôle principal. Ce fut follement génial. C’est le sommet pour moi.
Vous pensez alors qu’Aki Kaurismäki est un grand réalisateur. Est-ce une opinion partagée en Finlande ?
J.H : Je pense que personne n’est prophète en son pays. Même ma famille, ne comprend pas les films d’Aki Kaurismäki. On les considère comme bizarres. Nous vivons dans cette société de marché où l’on doit tout le temps produire, et où le bonheur est en quelque sorte un moment d’aberration. Dans les séries télévisées on ne fait que tuer, quelques uns sont sauvés de justesse, les images passent à une grande vitesse, tout est mâché d’avance. C’est ce que les gens aiment. Je pense que le public qui vient voir les films d’Aki Kaurismäki forme une minorité en Finlande.
Que pensez-vous de la langue d’Aki ?
J.H : La langue d’Aki est formidable, maladroite et je l’aime beaucoup. C’est gauche, simple et ça a des conséquences fatales. Aki Kaurismäki écrit vraiment bien et son style est reconnaissable à ce qu’en très peu de mots il dit l’essentiel et c’est beaucoup. Quand on parle peu, ce qui est dit acquiert plus d’importance, est plus impressionnant. Dans les films d’Aki, on parle sa langue, c’est la langue de son univers.
Est-ce que le fait d’avoir joué le rôle de Koistinen a changé votre vie ?
J.H : Pas de façon essentielle. J’ai assez d’expérience de la vie, ainsi que des enfants et une femme. La vie quotidienne continue pour moi comme avant.
Si vous deveniez célèbre grâce à ce rôle, ça vous ferait quelque chose ?
J.H : Je le vivrais très bien. Je n’ai rien contre. Cela changerait ma situation financière, mais je ne crois pas que je changerais en tant qu’homme.
Merci.
J.H : Je serais un peu plus bronzé. Laitakaupungin valot
|  |
Ecrit, réalisé et produit par AKI KAURISMÄKI
INTERPRETES
Koskinen Janne Hyytiäinen Mirja Maria Järvenhelmi Lindström Ilkka Koivula Irma Maria Heiskanen
Chef-opérateur Timo Salminen Ingénieurs du son Jouko Lumme Tero Malmberg
Costumière Outi Harjupatana Assistante réalisateur Nadia Delcos Directeur de production Ilkka Mertsola
FICHE TECHNIQUE
Laboratoire Finnlab Oy Format du négatif 35 mm Durée 78’ Format de l’image 1 :1.85 Son Dolby Digital
DISTRIBUTION
Sortie en Finlande le 3 février 2006 Nombre de copies 12 Ventes Internationales The Match Factory GmbH Ventes scandinaves Willmar Andersson Film
Sortie en France l’automne 2006
|