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Le cinéma d’animation

Culture > Cinéma
30-03-05
Auteur : Nicolas Benard
Photo: Pizza Passionata de Kari Juusonen, Prix du jury au festival de Cannes 2001
Les prémices du dessin animé

Injustement méconnu du public européen, le cinéma d’animation finlandais a pourtant derrière lui une longue histoire. Du papier au numérique, en passant par les marionnettes, les techniques se sont succédé depuis le début du 20ème siècle, offrant de nouveaux moyens d’expression aux artistes. Depuis une trentaine d’années, couronnés de prix parmi les plus prestigieux, plusieurs réalisateurs ont néanmoins réussi à se faire une place dans le gotha du cinéma européen. Retour en arrière sur près d’un siècle d’animation.

Les prémices du dessin animé

Tout commence au début du 20ème siècle. Dans les années 1920, Eric Väsström et Yrjö Norta sont les premiers à se lancer dans le dessin d’animation. Le manque de moyens financiers empêche pourtant les dessinateurs de travailler pour le cinéma. La plupart se tourne alors vers les publicités animées qui, avec l’accroissement du pouvoir d’achat, deviennent très populaires. “ Pekka Puupää ”, personnage de bande dessinée créé par Ola Folgelberg (ou Fogeli), apparaît ainsi dans un certain nombre de réclames. Quant au premier dessin animé finlandais, A few meters of wind and rain, il est réalisé en 1932 par Hjalmar Löfving.

La guerre interrompt pour un temps le développement du cinéma animé. A partir des années 1950, un nouveau procédé d’animation voit néanmoins le jour : l’utilisation de marionnettes. Le premier personnage de ce genre est le professeur Nerokeino, créé par Holger Harrivirta et Vilho Pitkämäki, qui apparaît dans un certain nombre de publicités. Dans le même registre, Antti Peränne obtient plusieurs récompenses.

Il faut attendre la fin des années 1950 pour que l’enseignement et la formation se structurent. La première école de cinéma finlandaise est créée en 1958. L’année suivante, le réalisateur Robert Balser, connu pour son travail sur Yellow Submarine (dessin animé mettant en scène les Beatles), vient partager son expérience avec les étudiants finlandais. Heikki Partanen, l’un des premiers diplômés de l’école, fait parler de lui au milieu des années 1960 par l’intermédiaire de deux petits cochons, “ Hinku et Vinku ”. Heikki Prepula se fait connaître grâce à “ Kössi le kangourou ”, personnage animé qui apparaît pour la première fois à la télévision en 1968. Il travaille pendant 30 ans et réalise une vingtaine de films, utilisant uniquement, à l’instar de son compatriote Heikki Partanen, du papier et des ciseaux. Au début des années 1970, Riitta Nelimarkka réalise avec Jaakko Seeck La légende de Sampo - une trilogie basée sur l’épopée nationale du Kalevala – et, en 1979, Les sept frères, le premier long métrage d’animation finlandais. Artiste multiforme (elle écrit aussi des livres et s’adonne à la peinture), Riitta Nelimarkka a été couronnée de nombreux prix.

Le développement de nouvelles pratiques et la diffusion à l’étranger

Au milieu des années 1970, le développement des techniques numériques pousse un certain nombre d’artistes à expérimenter de nouveaux procédés d’animation. Jan-Eric Nyström s’affirme comme l’un des précurseurs du genre. Son premier succès, Le Kidnapping, obtient le premier prix au festival de Salerne, en 1976. Le personnage principal du film - un petit vers - est aujourd’hui le logo de son entreprise, Animato. Si vous rêvez de réaliser un dessin animé, Nyström vole à votre secours : sur son site internet www.saunalahti.fi/ ~animato  le réalisateur prodigue conseils avisés et informations techniques aux amateurs ! Dans son sillage, des artistes comme Antti Kari et Jukka Ruohomäki tentent le pari du numérique.

Les années 1980 sont une période noire pour le cinéma d’animation en Finlande. Il faut attendre le début des années 1990 pour que le dessin s’anime à nouveau. Ce sont les marionnettes qui redonnent vie à l’animation, en grande partie grâce à Katariina Lillqvist. Née en 1963, cette réalisatrice a véritablement popularisé le film de marionnettes, devenant l’artiste finlandaise la plus connue du genre. Son œuvre la plus aboutie, expérimentale et non-conformiste, La Trilogie de Kafka (réalisée entre 1992 et 1996), a reçu plusieurs prix prestigieux, en Finlande comme à l’étranger. Sa compatriote Marjut Rimminen rencontre elle aussi un grand succès, ce depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, de jeunes auteurs comme Kari Juusonen (prix du Jury à Cannes en 2001) commencent à se faire un nom dans le petit monde de l’animation.

Afin de diffuser les travaux des réalisateurs, en Finlande comme à l’étranger, plusieurs structures se sont progressivement mises en place. L’association pour l’animation finlandaise Suomen Animaationtekijat RY Animaatioklinikka regroupe les différents acteurs de l’animation finlandaise, professionnels et étudiants, et organise à la fois des projections de films, des visites de studios ainsi que des déplacements lors d’événements comme le Festival Animatricks. Créé en 2000, ce dernier est le plus ancien festival du film animé finlandais. Il permet notamment aux professionnels, aux étudiants et au grand public de visionner tous les ans les dernières réalisations finlandaises et européennes. La sélection d’artistes locaux lors des plus grandes manifestations internationales (festivals de Sundance, Cannes…) témoigne d’une originalité et d’un dynamisme en passe d’être non seulement appréciés, mais aussi reconnus.


Interview avec Kari Juusonen

Avec trois courts-métrages animés à son actif, Kari Juusonen est en passe de devenir l’un des réalisateurs les plus primés du genre. En 2001, il remporte le prix du jury dans sa catégorie avec Pizza Passionata. Son second film, L’Anniversaire, a été présenté aux festivals de Cannes, de Sundance et aux Lutins à Paris, en mars 2005. Ce court-métrage est une réflexion pleine d’humanisme sur la patience, la sagesse et les relations entre un père et son fils. Rencontre avec l’un des représentants de la “ nouvelle vague ” de l’animation finlandaise.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours professionnel ?

J’ai 37 ans et je suis diplômé en animation classique (Université d’Helsinki). J’ai déjà réalisé trois courts-métrages d’animation. Avant cela, je travaillais en free lance comme décorateur et maquettiste.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans l’animation de marionnettes ?

J’ai vu deux films réalisés par les frères Quay (Stephen et Timothy, célèbres cinéastes d’animation britanniques, composent des univers surprenants, parfois déroutants, ce depuis les années 1970, ndr) et j’ai su immédiatement que je voulais travailler dans cet univers.

Pouvez-vous présenter L’Anniversaire ?

Il s’agit d’une version personnelle d’une fable pour enfants. J’ai toujours apprécié la structure des contes d’Andersen ou des frères Grimm. Pour L’Anniversaire, j’ai simplement cherché à écrire un scénario un peu plus actuel. L’histoire met en scène un fils, son père et une vache, le sujet principal tournant autour de la responsabilité de ses propres actes et de la façon de devenir un homme.

Comment avez-vous travaillé sur ce film ?

L’Anniversaire est produit par Kinoproduction Ltd et financé par plusieurs organismes - dont le Finnish Film Foundation - et chaînes de télévision. Nous avons travaillé sur les marionnettes et leur mise en place pendant quatre mois. Le tournage s’est quant à lui déroulé aux studios de Kinoproduction pendant cent jours. Comme j’ai été payé, j’ai pu travailler à plein temps sur le projet, ce qui n’arrive pas si souvent !

Les paysages sont saisissants de réalisme…

Pour moi, la technique de l’animation de marionnettes permet de réaliser des films dans des “ conditions de laboratoire ”, afin de pouvoir contrôler l’ensemble du projet. Je ne peux pas dire précisément ce qui m’intéresse dans le fait de combiner un environnement réaliste avec des personnages plus simples et stylisés. J’aime simplement agir de la sorte. Je trouve que c’est une bonne idée que d’avoir un personnage comme le fils, sans caractéristique particulière, perdu au milieu d’un environnement très proche de notre monde réel, parfois inamical et brutal.

Il n’y a aucune parole dans ce film. Pourquoi avoir opté pour cette solution ?

Pour tous mes personnages, la parole est sans valeur. Leur vie n’est que routine et ils ne s’expriment qu’en boudant ou en claquant des portes !

Les mouvements des yeux semblent particulièrement importants. Sont-ils censés remplacer les dialogues ?

Absolument. C’est intéressant de montrer que le plus petit des mouvements peut révéler un sentiment ou une intention. Quand je travaille sur une animation, je tiens à ajouter uniquement des éléments nécessaires. Pour L’Anniversaire, la parole n’en était pas un.

Comment réussissez-vous à diffuser vos films ?

L’Anniversaire est co-financé par deux chaînes de télévision qui vont donc le diffuser sur leurs antennes. Sinon, les vecteurs de diffusion sont principalement les festivals de cinéma, mais Internet ou le DVD sont d’autres options possibles.

L’Anniversaire était en compétition aux festivals de Cannes et de Sundance, et maintenant aux Lutins du court-métrage à Paris. Est-ce important pour vous d’être présent lors de ces manifestations ?

C’est plus facile d’être présent à un festival lorsque le film a déjà été montré dans un événement de ce type. C’est aussi un excellent moyen de flatter son ego, ce qui est souvent nécessaire pour travailler dans l’animation ! Et puis, c’est très agréable de voir d’autres films.

Avez-vous des contacts avec d’autres réalisateurs finlandais ?

La Finlande est un petit pays où tout le monde se connaît. Comme je suis aussi professeur, je suis aussi en contact avec la nouvelle génération.

Quels sont maintenant vos projets ?

Je travaille actuellement avec deux producteurs sur un projet de long métrage d’animation numérique. Le script est excellent et mes collaborateurs sympathiques, je suis donc très enthousiaste !

Filmographie :

Lisko (Le Dragon) / 1997
Syntymäpäivä (L’Anniversaire) / 1994
Pizza Passionata / 1991





Liens

Kinoproduction (producteur de L’Anniversaire) :
www.kinoproduction.fi

Finnish Film Foundation :
www.ses.fi

 
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