| Entretien |  |
Dans cet entretien Kati Outinen parle de sa collaboration avec Aki Kaurismäki.
Dans combien de films d'Aki Kaurismäki avez-vous joué ?
Dans six ou sept. Un instant. Il faut que je compte. Shadows in paradise. Puis Les mains sales pour la télévision, Tatiana, La Fille aux allumettes, Juha, Hamlet. Et puis… Au loin s'en vont les nuages. Dans sept. Si je n'ai pas oublié quelque chose.
Comment est née Iiris de La fille aux allumettes ? Est-ce que Kaurismäki vous a donné des indications précises ?
Bien sûr. Le scénario était un papier de format A4 dans l'arrière poche d'Aki, c'était rempli de texte recto verso. Aki m'a enfermée dans une petite loge pour le lire. Il n'y avait pas d'intrigue, c'était un commentaire, comment était le personnage, ce qui allait éventuellement se passer et il y avait le début et la fin. Ensuite Aki me l'a enlevé et il m'a demandé si je l'avais compris et j'ai répondu que j'avais compris et il m'a dit qu'on allait tourner le film une semaine plus tard. Nous discutons toujours du personnage, mais par contre après il ne donne plus beaucoup d'indications.
Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle ? Est-ce que, par exemple, vous êtes allée voir comment on travaille dans une usine ?
Oui, on a commencé par le travail à l'usine. Je suis allée réellement fabriquer des allumettes sur une chaîne dans une usine d'allumettes pendant deux jours.
Tournage
Est-ce que généralement vous répétiez beaucoup vos scènes avant le tournage ?
Pas du tout. Aki déteste les répétitions. Lorsque je répétais parfois avec quelqu'un pour apprendre par cœur, Aki se précipitait toujours en disant : « On ne répète pas ici, arrêtez immédiatement !»
Kaurismäki fait-il généralement plusieurs prises ?
Dans La Fille aux allumettes, il y avait une prise, seulement la première prise, chaque fois. On n'en fait pas plusieurs, une prise, tout au plus deux, la deuxième pour assurer.
Comment Kaurismäki dirige-t-il les acteurs ?
Il dit ce qu'on fait, et puis on le fait. Il explique un peu le personnage.
L'état d'esprit et le rythme sont importants, quand on répète avec la caméra – on répète quand même un peu devant la caméra – j'essaie autant que possible de travailler comme si je le faisais pendant le tournage, comme ça Aki peut dire un peu plus ou moins, plus rapidement ou plus lentement.
Dans les films de Kaurismäki, on parle d'une manière spéciale. Pensez-vous qu'il existe une langue d'Aki ?
Certainement. En fait, je pense que dans la langue d'Aki il y a de l'humour et des mots qui n'existaient pas ou qui ont disparu de la langue parlée avant qu'Aki commence à faire des films.
Auriez-vous des exemples ?
Aki écrit des répliques au dernier moment. Dans un de ses films les répliques étaient déjà dans le scénario, c'était Au loin s'en vont les nuages, et aussi dans Shadows in paradise, qui était mon premier film avec lui. C'est-à-dire quand on installe l'éclairage et on cherche la place pour la caméra, à ce moment-là Aki disparaît dans un coin pour écrire des répliques. On les a quelques minutes avant le tourner.
Avez-vous le scénario avant le tournage ?
Parfois cela arrive comme dans Shadows in paradise et Au loin s'en vont les nuages. Mais ce sont les seuls. D'Hamlet quand je lui ai demandé le scénario, Aki m'a dit : « Tu dois connaître Shakespeare ? » Je lui ai répondu que ça doit se trouver dans les bibliothèques. « Ne fais pas confiance à cela ! » Il a ajouté qu'il allait retoucher le texte.
Est-ce qu'Aki Kaurismäki a des traits particuliers dans sa façon de diriger ?
Oui, chez Aki il y comme une base, sur laquelle on peut se poser. Un genre d'état d'esprit avec lequel on peut interpréter. J'ai travaillé avec des réalisateurs qui ne savent pas dire quand ils n'aiment pas certaines interprétations. Ils disent quelque chose de vague, du genre : « Ce n'était pas vraiment ce que j'aurais voulu », mais Aki dit directement : « Ce n'était pas ce que je voulais, mais je veux que ça soit plutôt comme ci ou comme ça ». Il simplifie et purifie. Aki fait ressortir l'essentiel. C'est la pureté que j'adore chez lui.
Ces personnages féminins que vous avez interprétés, d'abord dans Shadows in paradise, avez-vous l'impression qu'ils ont évolué à travers ses films ?
Ils ont vieilli avec moi. Je joue par exemple toujours la comédie, quand je travaille avec Aki. Je cherche longuement tout ce qui peut alléger ainsi que des aspects de la comédie, lorsque je sais que ce sont des destins assez tragiques. Par exemple quand on tournait La fille aux allumettes, qui était un film tragique, alors je travaillais tout le temps sérieusement comme une comédie. Cela provient de la langue d'Aki et de l'ambiance sur le lieu du tournage, on ne dit pas que : « Maintenant on fait de l'art et c'est sérieux », mais c'est plutôt décontracté et on y est bien. Mais quand nous sommes allés voir le film dans la salle du cinéma Andorra, on y était cinq ou six personnes. Aki l'avait monté pendant très longtemps, c'était six mois après le tournage. C'était la première fois que je regardais mon propre travail sans penser que j'y étais. Pendant le tournage, je l'avais vécu comme une comédie, et ça m'a paru si triste, alors j'ai été d'une certaine manière sincèrement bouleversée. Ce fut un sentiment fou.
| Filmographie |  |
L'Homme sans passé (Mies vailla menneisyyttä), 2001 de Aki Kaurismäki avec Markku Peltola.
History is Made at Night, 1999 de Ilkka Järvilaturi avec Bill Pullman, Irène Jacob.
Juha, 1998 de Aki Kaurismäki avec André Wilms
Au loin s'en vont les nuages (Kauas Pilvet Karkaavat), 1995 de Aki Kaurismäki avec Kari Väänänen.
Tiens ton foulard, Tatiana (Pidä huivista kiinni, Tatjana), 1993 de Aki Kaurismäki avec Matti Pellonpää.
La Fille aux allumettes (Tulitikkutehtaan tyttö), 1990 de Aki Kaurismäki avec Esko Nikkari.
Shadows in Paradise (Varjoja paratiisissa), 1987 de Aki Kaurismaki avec Matti Pellonpää.
Hamlet Goes Business (Hamlet liikemaailmassa), 1987 de Aki Kaurismaki avec Kari Vaananen.
Täältä tullaan, elämä ! , 1980 de Tapio Suominen avec Esa Niemela. |