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Aaltra, un film Grolandais !

Culture > Cinéma
03-11-04
Auteur : Jérôme Lepeytre


“Faire un long métrage avec le budget d’un court”, le tout en noir et blanc et racontant le périple de deux handicapés en fauteuil roulant de la Picardie à Suolahti, entre Helsinki et Oulu...
Pour Benoît Delépine et Gustave Kervern, les deux auteurs-réalisateurs et principaux acteurs d’”Aaltra”, le défi était de taille pour ce premier film. Les deux compères n’en sont pas pour autant des inconnus; ils œuvrent sur Canal Plus pour “7 jours à Groland”, dernier bastion d’iconoclasme et d’humour dans le paysage audiovisuel français.

Aaltra, de la Picardie à la Finlande en fauteuils roulant

Deux voisins, l’un cadre (Delépine) et l’autre agriculteur (Kervern), se vouent une authentique haine, jusqu’au jour où, lors d’une dispute musclée, la benne d’un tracteur Aaltra vient leur briser le dos et les oblige à envisager le restant de leurs jours en fauteuil roulant. Au sortir de leurs convalescences, les deux n’ont qu’un objectif :partir vers le nord, le cadre pour assouvir sa passion de motocross et assister au grand prix de Namur en Belgique, l’agriculteur pour aller réclamer des dédommagements financiers au constructeur Aaltra... Le road movie commence et, petit à petit, les deux personnages vont apprendre à se connaître au cours de leurs mésaventures et de leurs rencontres. L’entartreur belge Noël Godin, les fesses de Benoît Poelvoorde, un inquiétant Saint-Christophe, une famille allemande, un inoubliable chanteur, les ouvriers de l’usine Valtra - authentique constructeur finlandais de machines agricoles- ou encore Aki Kaurismaki en laconique patron des tracteurs contrefaits Aaltra, la galerie de personnages croisée lors de cette odyssée est aussi longue que belle. Tourné dans un sobre noir et blanc, Aaltra, par sa sereine lenteur et sa qualité sonore, nous fait suivre, avec une certaine jubilation, les aventures de ces deux handicapés qui sont, selon les deux auteurs, “juste normaux : un peu cons, un peu méchants, parfois drôles, toujours humains.”
“Nous voulions vivre une aventure et faire de belle rencontres”, explique tout simplement Gustave Kervern. Non seulement, ils ont vécu tout cela, mais mieux encore, ils réussissent à nous le faire partager. Sensible, drôle, parfois cruelle, Aaltra est une quête improbable mais profondément humaine et ne laisse pas indifférent. A voir absolument et prestement.

Interview de Gustave Kervern et de Benoît Delépine

Interview : Gustave Kervern et Benoît Delépine, les deux auteurs-réalisateurs-acteurs d’Aaltra reviennent sur leurs rencontres avec Aki Kaurismaki et avec la Finlande. 

Info-Finlande- Pourquoi avoir choisi la Finlande comme destination finale d’”Aaltra”?

Benoît Delépine- C’est tout simple, nous adorons, tous les deux, le cinéma d’Aki Kaurismaki, c’est cela qui nous a donné envie de découvrir la Finlande et les finlandais.

Gustave Kervern- Le but avoué du film était de rencontrer Aki Kaurismaki. A partir de ce principe, nous avons construit le scénario de telle manière à ce que cela puisse se réaliser.

Pourquoi cet attachement à Kaurismaki et à son oeuvre?

Gustave Kervern- Il y a dans son cinéma, énormément d’humanité. Il filme les petites gens et cette “Finlande d’en bas” reste, chez lui, toujours digne. De plus, il ne travaille qu’avec ses amis et avec une approche artisanale, c’est exactement ce que nous voulions faire.

Comment cela s’est-il passé avec lui?

Benoît Delépine- Nous avons écrit un petit synopsis de deux pages, traduit par Irmeli Debarle, sa traductrice française, qui est arrivé sur son bureau. C’était une période où il avait énormément de sollicitations et il a tout refusé sauf la nôtre. Nous ne pouvions rêvé de meilleure étoile pour le film.

Après avoir rêvé la Finlande de Kaurismaki, vous y avez été pour tourner la fin du film, quel est votre sentiment sur ce pays?

Benoît Delépine- Nous sommes tombés, l’un comme l’autre, amoureux de la Finlande. Ce qu’on pensait être l’atmosphère typique du cinéma de Kaurismaki était réelle. Par exemple, les vieux rocks que l’on entend dans ses films, on les entend aussi dans les cafés. Et puis, les femmes sont aussi très belles, si nous l’avions su avant d’y aller, nous aurions prévu une scène dans le film pour le dire...

Gustave Kervern- Étant né à l’île Maurice, je ne pensais pas, un jour, y mettre les pieds. Ce pays est vraiment, à bien des égards, fascinant: un seul exemple, le silence qui règne dans Helsinki a quelque chose de bizarre pour une telle ville mais aussi de très attirant. En septembre dernier, nous avons été invités à présenter notre film au festival de cinéma d’Helsinki, on a eu, l’un comme l’autre, beaucoup de mal à rentrer. Je voulais sauter du taxi qui nous ramenait vers l’aéroport.

Quelles ont été les réactions de l’entreprise Valtra à votre venue?

Benoît Delépine- Ils étaient bien au courant du script, simplement, ils n’avaient pas forcément imaginé le bordel que nous allions mettre dans l’usine. A vrai dire, le directeur de la communication était un petit peu stressé, mais nous l’avons fait jouer une scène dans le film. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas!

Plus les personnages montent vers le nord, plus les personnes rencontrées semblent ouvertes et tolérantes vis-à-vis de leurs handicaps, était-ce un choix du scénario?

Gustave Kervern - Non, ce n’était pas prémédité, cela s’est mis en place au fur et à mesure du tournage. Vous savez, le scénario d’origine faisait une trentaine de pages, dont les 25 premières pour le premier quart d’heure, il y a eu pas mal de situations improvisées au gré des rencontres. Ceci étant, il est évident que plus on va vers le nord, plus la considération envers les personnes handicapées est importante.

Benoît Delépine- Cependant, nous ne sommes pas restés en fauteuil durant tout notre périple, c’est assez difficile à juger. On ne s’en est pas forcément rendu compte.

Le seul terme finnois prononcé par l’un des principaux protagonistes est “Kiipis” (“à la vôtre”, nldr), pourquoi?

Benoît Delépine- (rires) Et bien oui, avec kiitos (merci), c’est le seul mot que l’on a prononcé à longueur de journées. Ce sont aussi, les deux seuls que j’ai retenus...

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