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Culture > Arts visuels
14-06-04
Auteur : Jean Pierre Frigo
Quatre musées, Kiasma, Tennispalatsi, Amos Anderson et Ateneum, héberge des pans entiers d’art finlandais, classique et moderne.

Dans un mouchoir

Nos quatre maisons sont situées en plein centre-ville : Kiasma (musée d'art contemporain) sur Mannerheimintie et Tennispalatsi (Musée d'art de la ville de Helsinki) donne sur Kamppi, le nouveau quartier situé vis-à-vis de Kiasma. Amos Anderson fait face à Tennispalatsi...

Quant à Ateneum, légèrement décentré, c'est une très vénérable maison datant de 1880, regardant la gare d'Helsinki dans le blanc des yeux, puisque ce bâtiment est situé sur la Place de la Gare, ce qui le met à deux cents mètres de Kiasma. La distance maximale séparant deux de ces maisons approche cinq cents mètres, distance séparant Tennispalatsi d'Ateneum. Ainsi nos quatre lieux se retrouvent dans un mouchoir de poche, offrant toutes les possibilités de les visiter en une journée.

KIASMA, l'avant-gardiste populaire

Curateur de Kiasma, Perttu Rastas énumère l'ordre des priorités de son établissement: "Nos expos et événements sont sélectionnés pour d'abord mettre en valeur des artistes contemporains finlandais. Immédiatement après, viennent les artistes de la Sphère balte (Suède, Russie, États baltes, Pologne et Danemark) puis l'Europe et le reste du monde. Kiasma ne suit ni les modes ni les tendances: pas question pour nous de montrer des stars, de monter des mégas-expos sur des personnalités que tout le monde connaît déjà", précise Perttu. ARS 2006 débarquera prochainement à Kiasma avec beaucoup d’exposants sud-américains et asiatiques. On pourra également voir les œuvres de la Troisième Vague, ces artistes russes maintenant émigrés à NYC. “Nous ne montrons pas souvent de la photographie à Kiasma. Pour ça, nous nous défaussons sur Tennispalatsi reconnaît Perttu. Partons donc voir ce qui se fait du côté de Tennispalatsi !

Tennispalatsi, quand les balles sortent du court

Tennispalatsi (en finnois le Temple du Tennis), cette grande structure semi-cylindrique, a abrité les amoureux de la petite balle, jusque dans les années 1980. La roue a tourné et si on a familièrement conservé le nom du lieu - Tennispalatsi - il ne renferme plus de courts ou de filets. En revanche, le nouvel  Musée d’Art de la Ville de Helsinki y donne dorénavant à voir des expos contemporaines, assez expérimentales. Erja Pusa, le curateur considère cette maison comme “la plus libre de Finlande”: “Il ne sera jamais un musée traditionnel. Du reste il n’y a aucune limitation à notre programmation qui reste la plus internationale et la plus ouverte qui soit. Nous sortons d’une grosse expo - Game on - où nous avons présenté tous les jeux-vidéo et -ordinateurs possibles et nous allons prochainement faire envahir la Finlande par les mangas japonais”, explique-t-elle dans un sourire. Cependant, pour elle il faut toujours garder une approche pédagogique: pour l’occasion il s’agit de mettre à jour les racines de cet art traditionnel nippon en présentant des impressions originales sur bois: “Notre mission est de traduire le langage artistique en idiome accessible à chacun, d’où nos efforts pédagogiques”, étaye Erja Pusa.

Contrairement à Kiasma, Tennispalatsi ne dédaigne pas les stars. Le concept in/out trouvera une suite dans les temps prochains : “Notre grande ambition pour le futur serait de continuer à sortir les expos du musée pour les présenter en extérieur, car il y a énormément d’espace à Helsinki ! Mais surtout ne pas rester enfermés entre les murs du musée !”, dévoile Erja qui voit Kiasma comme un salon dont Tennispalatsi serait la cuisine. La programmation s’adresse en priorité à un public jeune: 60 % des visiteurs de Game on étaient de jeunes hommes de 15 à 30 ans: “Suite à l’expo, deux jeunes lycéens se sont présentés à l’accueil. Immédiatement nous leur avons dit que Game On était terminé, persuadés qu’ils venaient pour ça! Et ils nous ont rétorqué qu’ils le savaient pertinemment mais qu’ils venaient simplement voir l’expo suivante! Voilà exactement le type de réaction que nous désirons déclencher!”, martèle Erja Pusa.

 

Amos Anderson, un mélange détonnant

Bien avant que Kiasma et Tennispalatsi ne soient créés, le musée Amos Anderson a été le tout premier musée d’art moderne de Finlande. Il ne faut jamais oublier que dans les années 1960/1970 c’est à Amos qu’ont été montrées les oeuvres et expos les plus avant-gardistes, les plus osées. Pour Kai Kartio, l’actuel directeur des lieux, Amos reste une maison de pointe, alternant classique et moderne le plus décoiffant: “Pour le moderne nous nous efforçons de suivre au plus près les jeunes artistes finlandais les plus défricheurs et même s’ils sont encore inconnus nous les ferons connaître!”, indique Kai Kartio. Visiblement fier de sa prise de risque Kai parle de Viggo Wallensköld “un artiste totalement inconnu jusqu’ici” et de jeunes finlandaises à qui il a ouvert les portes de la maison-Amos : Lena Séraphin, Marita Liulia, Elina Merenmies, Leonora Fredriksson, Maiju Salmenkivi, Aurora Reinhard. “En 2005-2006 nous accueillerons d’autres jeunes femmes, de la photo latino-américaine, de la sculpture, des bijoux”, égrène-t-il. Le public d’Amos Anderson se divise en deux camps: conservateurs et nouvelle génération. Kai lâche encore un nom: le peintre espagnol Antonio Garcia Lopez, une découverte à faire et qu’il exposera prochainement.

 

Ateneum et l’identité finlandaise

 

Parce qu’Ateneum est le Louvre de Finlande sa directrice - Soili Sinisalo - prend vraiment les choses à coeur: “L’art doit pouvoir toucher un maximum de gens, être intelligible et attirant, et c’est notre mission d’arriver à cela”, c’est ainsi que Soili Sinisalo entame l’entretien. Soili explique qu’elle s’efforce de faire découvrir toutes les influences classiques extérieures - françaises, par exemple - jouant sur la peinture finlandaise. En droite ligne, les deux grandes expos Impressionnisme en Finlande et Paysages finlandais ont attiré plus de 100.000 visiteurs, un record pour Helsinki. Ateneum a aussi exposé les artistes finlandais ayant séjourné en Italie au tournant des XIXème et XXème siècles. “J’ai eu l’idée de faire placer quelques phrases de commentaires ou d’explications en regard de chaque œuvre, de façon à en simplifier la compréhension. Il ne fallait surtout pas en mettre trop car cela aurait été fastidieux: l’art doit parler pour lui-même, pas l’écriture à sa place”, lance Soili. Soili refuse le procédé de la chronologie: “Actuellement nous agissons par thèmes, comme pour la collection Julho Sipilä ou encore comme dans nos échanges internationaux avec les musées de Lille, Venise ou de La Hague. La Russie mérite aussi qu’on s’y attarde avec ses jeunes artistes finlandais travaillant à Saint-Pétersbourg juste avant l’indépendance de la Finlande”, expose Soili. A l’étranger, Ateneum a pour tâche de pourvoir les ambassades finlandaises en œuvres représentatives de l’art finlandais: “Je trouve essentiel que nous puissions contrôler ce que nos ambassades exposent sur leurs murs afin qu’elles puissent donner la meilleure image possible de la Finlande”, reprend Soili. Cela dit c’est quand même l’identité finlandaise qui la motive le plus : “Chaque citoyen de ce pays devrait connaître et sentir ce qui s’est accompli dans l’histoire artistique de ce pays. C’est une question d’identité !” conclut Soili.

 A part

Se sentant longtemps éloignés de tout, isolés de l’Europe et du reste du monde, les Finlandais ont développé un rapport spécialement fort à la culture. Surtout à leur propre culture, qu’il faut impérativement diffuser et qui doit leur servir à être reconnus, situés dans le monde.

Hors des influences égyptiennes, grecques ou romaines, sous domination étrangère (Suède puis Russie) pendant des siècles, indépendante seulement depuis 1917, la Finlande n'a pas observé le parcours des grandes nations dans ses rapports à la culture: capitalisation impossible mais fascination énorme. "Notre pays et sa culture sont très jeunes", répéteront souvent les Finlandais à un interlocuteur étranger. Juste constatation ne les freinant nullement dans un effort constant pour promouvoir toutes les cultures, en plus de la leur, en saupoudrant le tout de pas mal de pédagogie. Du savoir avant toute chose !, pourrait être un dicton finlandais.

 

 

 

Liens

www.kiasma.fi 
www.taidemuseo.fi
www.amosanderson.fi
www.ateneum.fi

 

 
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