| Artiste multimédia et cinéaste |  |
La plupart de vos œuvres existent en deux versions : une installation, présentée dans une galerie d’art, et un film de 35 mm pouvant être présenté en salle. Comment ses deux versions diffèrent-elles l’une de l’autre ?
Dans une installation, le spectateur se trouve au milieu de l’action. Il n’est pas conduit d’une image à une autre, mais choisit lui-même ce qu’il veut regarder et la façon dont il veut assembler les images. C’est le spectateur qui construit l’histoire finale – la narration conventionnelle est ainsi brisée. Cet aspect me passionne. Comment l’histoire peut-elle être racontée autrement, comment la narration peut-elle être étalée dans l’espace ? Comment le spectateur perçoit-il l’information qui lui est proposée dans cet espace et comment y réagit-il ?
On me demande souvent ce que je préfère : les expositions ou les films. C’est une question que je ne me pose jamais moi-même. Pour moi, toutes les possibilités offertes par l’image en mouvement sont fascinantes. J’aime tout aussi bien faire des films plus traditionnels, qui ont leurs propres règles dont j’explore les limites.
Comment travaillez-vous ces deux versions ?
Parfois, c’est l’installation qui est faite en premier, parfois c’est le film. Le matériau est le même : des images en mouvement, des sons, un rythme. Il s’agit plutôt de deux voyages différents, avec des logiques différentes. L’installation demande évidemment plus de travail dans la phase de planification et de tournage.
Vous aimez explorer les limites de la narration conventionnelle et jouer avec les techniques du documentaire pour faire de la fiction.
Je ne me vois pas comme quelqu’un issue du mouvement de l’art vidéo. Pour moi, les techniques sont juste des moyens d’expression, ce qui compte, c’est l’expression elle-même. Mon héritage est plutôt celui du court-métrage, du film narratif. C’est par là que j’en suis arrivée aux expérimentations que je fais aujourd’hui. Les effets spéciaux que j’utilise me permettent de rendre visibles les rêves et l’inconscient, sans pour autant vouloir effacer la frontière entre le réel et l’imaginaire.
Votre dernière œuvre, « Love is a Treasure », traite de la psychose, à travers le portrait de cinq femmes. Pourquoi la psychose ?
J’avais commencé à travailler sur la psychose avec « Anne, Aki and God » en 1998. Je trouvais ce monde fascinant. Et puis cela faisait un moment que je voulais faire quelque chose sur les femmes. J’ai alors pris contact avec plusieurs associations de malades et j’ai procédé à des entretiens qui ont servi de base de travail. Ce qui apparaît dans le film est de la fiction.
Je ne voulais pas susciter de pitié ou de compassion envers ces personnages, je voulais qu’ils apparaissent comme maîtres de leur histoire, non pas comme de pauvres malades que l’on soigne. Je prends beaucoup de précautions en disant ceci, mais d’une certaine façon, ils subissent ce que moi je recherche dans mon travail : l’ordre et la logique qui se désintègrent, qui se brisent.
D’où vient le nom, « Love is a Treasure » ?
Je réfléchissais à un nom depuis un moment quand j’ai vu une publicité de parfum qui parlait de trésor et d’amour. Cela m’a plu, d’autant plus qu’il s’agissait de femmes. Après avoir travaillé sur le sujet, j’avais l’impression que derrière la psychose, il y avait souvent un événement extrêmement violent survenu dans l’entourage très proche du malade. Souvent, il s’agissait d’amour ou de manque d’amour. Le titre n’a plus du tout le même sens quand le spectateur sort de la salle.
Votre travail semble être mieux connu à l’étranger qu’en Finlande.
C’est surtout une question pratique : étant très sollicitée à l’étranger, j’ai peu de temps, et je n’ai pas de galerie en Finlande. Mes œuvres ont été présentées surtout au musée d’art moderne Kiasma, à Helsinki : « Anne, Aki and God », dans l’exposition inaugurale du musée en 1998, puis une rétrospective au printemps 2002.
Quels sont vos projets futurs ?
Je voudrais faire quelque chose sur le jeu de l’acteur. Mais tout cela reste encore très flou.
| Oeuvres |  |
Eija-Liisa Ahtila Née en 1959 Vit et travaille à Helsinki
LOVE IS A TREASURE, 2002
55 min
35 mm film
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
THE HOUSE, 2002
14 min
DVD installation for 3 projections with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
THE WIND, 2002
14 min 20 sec
DVD installation for 3 projections with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
THE PRESENT, 2001
5 x 70-120 sek + 5 x 30 sek
DVD installation for 5 monitors and 5 TV spots with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
CONSOLATION SERVICE, 1999
24 minutes
35mm film and DVD installation for 2 projections with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
ANNE, AKI AND GOD, 1998
30 minutes
DVD installation for 2 projections and 5 monitors with sound
Wooden structure, furniture, text
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
TODAY, 1996/7
10 minutes
35mm film and DVD installation for 3 projections with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
IF 6 WAS 9, 1995
10 minutes
35mm film and DVD installation for 3 projections with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
ME/WE, OKAY, GRAY, 1993
3 x approx. 90 sec
35mm film and DVD installation for 3 monitors with sound
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
SECRET GARDEN, 1994
Sculptural installation with a screen frame, posters, wires
and 6 monitors
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
TENDER TRAP, 1990
Slide installation with sound, text and wooden contructions
Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki
Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York
Eija-Liisa Ahtila and Maria Ruotsala
PLATO¹S SON, 1990
38 min
Single channel video/DVD
Eija-Liisa Ahtila and Maria Ruotsala
NATURE ON THINGS, 1987
10 min
Single channel video/DVD |