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Peintre d’images en mouvement

Culture > Arts visuels
25-04-03
Auteur : Taïna Tervonen
Artiste multimédia et cinéaste, peintre de formation et adepte des technologies numériques, Eija-Liisa Ahtila fréquente autant les biennales d’art que les festivals de films. Dans ses œuvres, exposées dans des galeries d’art tout comme à la télévision, elle s’inspire des techniques du documentaire pour faire de la fiction, fait parler les sons autant que les images dans ses œuvres. Conversation avec une artiste polymorphe.
Artiste multimédia et cinéaste

La plupart de vos œuvres existent en deux versions : une installation, présentée dans une galerie d’art, et un film de 35 mm pouvant être présenté en salle. Comment ses deux versions diffèrent-elles l’une de l’autre ?

Dans une installation, le spectateur se trouve au milieu de l’action. Il n’est pas conduit d’une image à une autre, mais choisit lui-même ce qu’il veut regarder et la façon dont il veut assembler les images. C’est le spectateur qui construit l’histoire finale – la narration conventionnelle est ainsi brisée. Cet aspect me passionne. Comment l’histoire peut-elle être racontée autrement, comment la narration peut-elle être étalée dans l’espace ? Comment le spectateur perçoit-il l’information qui lui est proposée dans cet espace et comment y réagit-il ?

On me demande souvent ce que je préfère : les expositions ou les films. C’est une question que je ne me pose jamais moi-même. Pour moi, toutes les possibilités offertes par l’image en mouvement sont fascinantes. J’aime tout aussi bien faire des films plus traditionnels, qui ont leurs propres règles dont j’explore les limites.

Comment travaillez-vous ces deux versions ?

Parfois, c’est l’installation qui est faite en premier, parfois c’est le film. Le matériau est le même : des images en mouvement, des sons, un rythme. Il s’agit plutôt de deux voyages différents, avec des logiques différentes. L’installation demande évidemment plus de travail dans la phase de planification et de tournage.

Vous aimez explorer les limites de la narration conventionnelle et jouer avec les techniques du documentaire pour faire de la fiction.

Je ne me vois pas comme quelqu’un issue du mouvement de l’art vidéo. Pour moi, les techniques sont juste des moyens d’expression, ce qui compte, c’est l’expression elle-même. Mon héritage est plutôt celui du court-métrage, du film narratif. C’est par là que j’en suis arrivée aux expérimentations que je fais aujourd’hui. Les effets spéciaux que j’utilise me permettent de rendre visibles les rêves et l’inconscient, sans pour autant vouloir effacer la frontière entre le réel et l’imaginaire.

Votre dernière œuvre, « Love is a Treasure », traite de la psychose, à travers le portrait de cinq femmes. Pourquoi la psychose ?

J’avais commencé à travailler sur la psychose avec « Anne, Aki and God » en 1998. Je trouvais ce monde fascinant. Et puis cela faisait un moment que je voulais faire quelque chose sur les femmes. J’ai alors pris contact avec plusieurs associations de malades et j’ai procédé à des entretiens qui ont servi de base de travail. Ce qui apparaît dans le film est de la fiction.

Je ne voulais pas susciter de pitié ou de compassion envers ces personnages, je voulais qu’ils apparaissent comme maîtres de leur histoire, non pas comme de pauvres malades que l’on soigne. Je prends beaucoup de précautions en disant ceci, mais d’une certaine façon, ils subissent ce que moi je recherche dans mon travail : l’ordre et la logique qui se désintègrent, qui se brisent.

D’où vient le nom, « Love is a Treasure » ?

Je réfléchissais à un nom depuis un moment quand j’ai vu une publicité de parfum qui parlait de trésor et d’amour. Cela m’a plu, d’autant plus qu’il s’agissait de femmes. Après avoir travaillé sur le sujet, j’avais l’impression que derrière la psychose, il y avait souvent un événement extrêmement violent survenu dans l’entourage très proche du malade. Souvent, il s’agissait d’amour ou de manque d’amour. Le titre n’a plus du tout le même sens quand le spectateur sort de la salle.

Votre travail semble être mieux connu à l’étranger qu’en Finlande.

C’est surtout une question pratique : étant très sollicitée à l’étranger, j’ai peu de temps, et je n’ai pas de galerie en Finlande. Mes œuvres ont été présentées surtout au musée d’art moderne Kiasma, à Helsinki : « Anne, Aki and God », dans l’exposition inaugurale du musée en 1998, puis une rétrospective au printemps 2002.

Quels sont vos projets futurs ?

Je voudrais faire quelque chose sur le jeu de l’acteur. Mais tout cela reste encore très flou.

Oeuvres

Eija-Liisa Ahtila
Née en 1959
Vit et travaille à Helsinki

 

LOVE IS A TREASURE, 2002

55 min

35 mm film

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

 

THE HOUSE, 2002

14 min

DVD installation for 3 projections with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

THE WIND, 2002

14 min 20 sec

DVD installation for 3 projections with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

THE PRESENT, 2001

5 x 70-120 sek + 5 x 30 sek

DVD installation for 5 monitors and 5 TV spots with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

CONSOLATION SERVICE, 1999

24 minutes

35mm film and DVD installation for 2 projections with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

ANNE, AKI AND GOD, 1998

30 minutes

DVD installation for 2 projections and 5 monitors with sound

Wooden structure, furniture, text

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

TODAY, 1996/7

10 minutes

35mm film and DVD installation for 3 projections with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

IF 6 WAS 9, 1995

10 minutes

35mm film and DVD installation for 3 projections with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

ME/WE, OKAY, GRAY, 1993

3 x approx. 90 sec

35mm film and DVD installation for 3 monitors with sound

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

SECRET GARDEN, 1994

Sculptural installation with a screen frame, posters, wires

and 6 monitors

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

TENDER TRAP, 1990

Slide installation with sound, text and wooden contructions

Copyright Crystal Eye Ltd, Helsinki

Courtesy Klemens Gasser & Tanja Grunert Inc, New York

 

Eija-Liisa Ahtila and Maria Ruotsala

PLATO¹S SON, 1990

38 min

Single channel video/DVD

 

Eija-Liisa Ahtila and Maria Ruotsala

NATURE ON THINGS, 1987

10 min

Single channel video/DVD

Liens

www.crystaleye.fi/

 
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