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Mes nouvelles jambes

Culture > Arts visuels
10-05-07
Auteur : Taïna Tervonen
A travers ses albums autobiographiques, la bédéiste finlandaise Kaisa Leka espère changer le regard sur le handicap.

« Mes prothèses, c’est comme mes lunettes : ça fait partie de moi. » Depuis quatre ans, Kaisa Leka vit avec des jambes artificielles. Pas question pour cette jeune bédéiste de 28 ans de les cacher sous du plastique couleur chair ou un pantalon : « J’adore les jupes ! » Quitte à essuyer les regards perplexes des passants…

Se dévoiler, Kaisa le fait aussi à travers ses albums autobiographiques. Dans « I am not these feet », paru en français en octobre 2006 (éditions Cactus), elle évoque la décision de se faire amputer des deux jambes pour mettre un terme à de terribles douleurs articulaires que lui causait une malformation des chevilles. L’ouvrage aborde sans détours l’opération, les soins et la rééducation, le regard des passants, la réappropriation d’un corps amputé et les prothèses qu’il faut apprendre à apprivoiser.

Cruelle enfance

La forme du journal intime s’est imposée d’elle-même à cette admiratrice de Marjane Satrapi et de David B. Dessin simple, personnages animaliers (« parce que je ne sais pas bien dessiner les humains ! ») – Kaisa s’est forgé son propre style, sobre et narratif, à travers ses sept albums parus en Finlande mais rédigés en anglais. Son alter ego de BD, une petite souris aux grandes oreilles qui fait penser à Mickey, y évoque son handicap, mais aussi sa quête spirituelle ou son petit ami.

Dans « On the outside looking in », son dernier album paru en Finlande en octobre 2006, Kaisa raconte pour la première fois son enfance et sa jeunesse, faites de moqueries et d’exclusion. Elle s’interroge sur le sentiment de honte qui l’a habitée pendant des années.

« Pendant longtemps, j’ai pensé que je ne voulais pas avoir d’enfants parce que je me souvenais trop bien de leur cruauté », y écrit-elle.
« Pourtant, les jeunes enfants qui me voient avec mes prothèses ont souvent une réaction spontanée de curiosité, voire d’admiration. Mais leurs parents les éloignent et les font taire. Est-ce à ce moment-là qu’ils leur inculquent leurs propres préjugés, leur gêne face au handicap ? » se demande-t-elle.

Regarder, mais pas fixer

Alors, choisir une jupe à la place d’un pantalon devient presque un acte militant.
« Montrer qu’on peut marcher ou faire du vélo avec des prothèses, c’est déjà changer le regard sur le handicap », affirme Kaisa. « Je veux aussi faire évoluer la représentation du corps féminin et les canons de beauté qu’on nous impose. Pourquoi mes jambes seraient-elles moins belles – uniquement parce qu’elles sont en fibre de carbone et en titane ? »
S’affranchir du regard de l’autre n’est pourtant pas toujours simple : « J’ai envie qu’on me regarde, mais je n’aime pas qu’on me fixe. La limite entre les deux n’est pas évidente à trouver. »

Résolument décidée à faire bouger les choses, Kaisa s’est aussi investie dans la politique. Elue sur la liste des Verts, elle participe depuis 2005 au conseil municipal de Porvoo et compte se présenter aux prochaines élections législatives. Et si elle est élue, n’a-t-elle pas peur de manquer de temps pour dessiner ? Kaisa esquisse un sourire : « Les députés ont de longues vacances d’été, alors pourquoi pas ? »

Bibliographie de Kaisa Leka (ouvrages en anglais) :
On the outside looking in, 2006
Your name is Krishangi, 2004
I am not these feet, 2003
Kaisa’s foot 4, 2001
Kaisa’s komiks 3, 2001
Kaisa’s zine 2, 2000
Kaisan lehti, 1999

 

 

Liens

En français:
I am not these feet, de Kaisa Leka, 2006, éditions Cactus. www.editions-cactus.com
Site de Kaisa Leka: www.absolutetruthpress.com/kaisa

 
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