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Le marché de l’art contemporain en Finlande

Culture > Arts visuels
21-10-03
Auteur : Andréa Holzherr
La Finlande est un pays jeune, et l’histoire de son marché de l’art contemporain commence seulement avec les années quatre-vingt. Pour comprendre le marché actuel de l’art en Finlande, il est indispensable de regarder ce qui s’est passé pendant les dix dernières années. Photographie de Tiina Itkonen  
Les programmes de subventions publiques

Après la crise économique de la fin des années quatre-vingt et ses terribles conséquences sur le marché de l’art international, la Finlande, au début des années quatre-vingt-dix, a été marquée par des changements politiques et des restructurations économiques importants. Ainsi, le financement et la subvention de l’art et de l’éducation artistique ont été fortement mis en cause par le gouvernement de l’époque. D’autre part, la participation du pays à l’Union Européenne a été très controversée, car les Finlandais avaient peur de perdre leur identité nationale au détriment d’une internationalisation.

Mais c’est cette période de dépression qui a posé les fondements d’une nouvelle politique culturelle, plus structurée et plus opérationnelle et qui a permis au marché de l’art finlandais une nouvelle structuration et un meilleur développement.

Ainsi, cette dernière décade du vingtième siècle est devenue un des moments les plus importants dans l’évolution de la scène artistique finlandaise : l’art contemporain commençait à s’établir peu à peu et, en 1999, pour la première fois dans l’histoire de la Biennale de Venise, une artiste finlandaise, Eija-Liisa Ahtila, est montée sur le podium. C’est à ce moment que les professionnels internationaux de l’art ont commencé à s’intéresser sérieusement à l’art finlandais et le pari de la politique culturelle finlandaise, dont les mots clés sont « ouverture » et « internationalisation », a commencé à porter ses fruits.

C’est en 1992 que l’état finlandais a fondé, une organisation pour soutenir l’art finlandais à l’étranger, appelée FRAME (Finnish Fund for Art Exchange). Pour ce programme culturel unique, le cadre juridique existait déjà sous la forme d’une fondation. Créée en 1939, cette fondation rassemblait sous son égide l’Académie des Beaux Arts et la Galerie Nationale, qui hébergeait elle-même l’Athéneum, le musée Sinebrychoff et le musée d’art contemporain. Avec la nationalisation des musées au début des années quatre-vingt-dix, elle a perdu son rôle initial et pouvait servir de cadre juridique pour FRAME.

Programmes d’échanges

Depuis 1992, FRAME soutien l’art contemporain finlandais à l’étranger grâce à ses programmes d’échanges pour les artistes, les étudiants et les professionnels de l’art. D’autre part, FRAME participe au financement de projets communs entre institutions finlandaises et institutions internationales en proposant des aides logistiques et financières. Parallèlement, FRAME conçoit ses propres expositions et catalogues qu’elle propose gratuitement aux institutions internationales.

Pour les commissaires, historiens et critiques d’art étrangers, FRAME propose un programme d’invitations. Cette initiative a été mise en place par le premier directeur de FRAME, Markku Valkonen. Celui-ci, eu égard à la situation géographique de la Finlande, considérait que le rôle de FRAME pouvait consister à concilier les distances tant mentales que géographiques. Le dialogue et l’échange d’idées doivent évoluer de manière bilatérale – ainsi FRAME rassemble et redistribue toutes les informations concernant l’art finlandais.

Parallèlement à la politique culturelle étrangère de FRAME, il existe un programme national, le « Arts Council of Finland ». Les deux organismes reçoivent leurs budgets du « ministère de l’éducation », auquel la culture est directement subordonnée. Le « Arts Council of Finland » subventionne des bourses pour artistes et historiens de l’art, finance divers projets et expositions culturelles, et apporte des aides à la recherche et aux publications dans le domaine des arts.

De plus, le « Arts Council of Finland » dispose chaque année d’une certaine somme pour l’achat d’œuvres d’art pour sa collection d’œuvres d’art finlandais. Cette collection nationale achète chaque année un nombre important d’œuvres de tous genres, sous l’œil vigilant d’un comité de professionnels de l’art. Ces œuvres ne sont pas toujours achetées directement aux artistes ou aux galeries, mais peuvent être également commissionnées, soit directement à un artiste, soit au gagnant d’un concourt. En 2002, le « Arts Council of Finland » a disposé d’un budget d’achat d’un demi-million d’Euros. Aujourd’hui, il possède environ 8000 œuvres dont il prête une partie à des institutions publiques, telles que des banques, des ambassades, des bureaux administratives, ou encore des musées nationaux.

Même si la Finlande est un grand pays sur la carte, elle n’a que cinq millions habitants, dont un million vit dans et autour de la capitale, Helsinki. Comme dans presque tous les pays dotés d’une politique centrale, le marché de l’art se concentre autour de la capitale. Avec le nouveau musée d’art contemporain, le Kiasma, le Finnish Museum for Photography, le City Art Museum, mais aussi des institutions plus petites, comme le Amos Andersson Art Museum ou la Kunsthalle par exemple, Helsinki possède un bon nombre d’institutions spécialisées dans l’art contemporain.

Parallèlement, il existe également des institutions et des musées importants en dehors de la capitale, comme à Turku, Pori, Tampere et Oulu... Ces institutions régionales ont une programmation intéressante et ambitieuse, et leur importance, tant régionale que nationale, ne doit pas être négligée, car c’est souvent elles qui, les premières, montrent les futures « stars internationales » avant que celles-ci sont invitése plus tard dans les musées de Helsinki ou d’autres institutions étrangères.


Le marché de l’art privé

La situation géographique de la Finlande ainsi que la forte présence de l’état dans le financement et l’organisation des arts plastiques permet de conclure que le marché de l’art finlandais est plutôt petit et national.

A Helsinki même, il y a environ 30 galeries professionnelles qui sont spécialisées dans l’art contemporain et qui sont regroupées dans un comité de galeries. Une particularité locale consiste en ce que les galeries demandent aux artistes une participation aux frais pour la durée de l’exposition. Ce qu’il convient de savoir, c’est que beaucoup des galeries appartiennent à des associations artistiques qui couvrent ainsi leurs frais d’entretien. Ainsi, l’excellente galerie « Hippolyte » qui appartient à « l’association des artistes photographes », demande à chacun des exposants un « loyer » qui aide l’association à couvrir les frais de loyer et de personnel. En revanche, le bénéfice des ventes ne se partage pas à 50/50 comme habituellement dans le commerce des galeries, mais à 70/30, l’artiste recevant la plus grande partie.

Comme l’association des artistes photographes, d’autres associations artistiques finlandaises ont leurs propres galeries, comme par exemple la Galleria Sculptor de l’association des sculpteurs finlandais, la Galleria G de l’asssociation des artistes graphiste finlandais, la TM Galleria de l’union des peintres finlandais, ou encore la Galleria Katariina de la « Helsinki Artists Association ». Toutes montrent des expositions plus ou moins intéressantes selon les membres qui composent leur jury de sélection.

La scène finlandaise des galeries commerciales est très petite, même à Helsinki. Les galeries les plus en vogue et les plus connues sur un plan international sont la galerie Anhava, qui est spécialisée dans l’art contemporain finnois et scandinave. La galerie Forsblom expose des artistes finnois et internationaux. La Galleria Heino et la Gallery TaiK de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts et du Design de Helsinki montrent surtout la très jeune création finlandaise.

D’après Ilona Anhava, le marché de l’art finlandais n’est pas seulement restreint, mais il est aussi très conventionnel. Les collectionneurs finlandais achètent plutôt de la peinture ou de la sculpture, ce que la galeriste juge complètement incompréhensible, car c’est surtout les artistes photographes et les vidéastes qui sont reconnus sur la scène artistique internationale. Jusque là ces travaux se vendent surtout à des collectionneurs privés étrangers ou à des institutions finlandaises.

Même si les collections d’entreprises sont encore rares, il en existe cependant quelques-unes en Finlande.

Par exemple, le producteur de papier « Stora Enso » a fondé en 1998, pour son 125ème anniversaire, la « Lumi Collection », une collection spécialisée dans la photographie. Elle contient des œuvres d’artistes classiques, tels que Henri Cartier-Bresson, et également des œuvres d’artistes plus contemporains, comme Pentti Sammallahti, par exemple.

Puisqu’il n’existe pas de foires d’art en Finlande et que la plupart des galeries finlandaises ne sont pas présentes sur les foires internationales de l’art, les prix de l’art contemporain finlandais s’établissent en fonction au marché national et sont alors relativement bon marché. Les prix des œuvres d’artistes finlandais qui sont commercialisées par des galeries étrangères sur le marché de l’art international, comme Esko Männikkö, Eija-Liisa Ahtila ou Elina Brotherus, sont plus élevés car plus demandés.

Même si la scène artistique finlandaise est encore relativement inconnue sur le marché de l’art international, il ne faut surtout pas la sousestimer ! Des écoles d’art excellentes, comme l’Ecole Supérieure des Beaux Arts et du Design de Helsinki avec sa galerie TaiK, son programme d’échange pour ses étudiants et ses invitations aux professeurs internationaux, des subventions d’état diverses pour les artistes, ainsi qu’une scène artistique nationale active, sont une bonne matrice pour des générations de plasticiens existantes et futures. Les quelques noms qui circulent actuellement sur le marché international de l’art ne sont pas une exception à l’égard de la qualité de l’art finlandais, mais plutôt l’annonce de toute une série de jeunes artistes prometteurs qui vont suivre. C’est à nous de les découvrir.

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Je remercie pour leur aide généreuse Timothy Persons (Director of Professional Studies, University of Art and Design Helsinki), Pia Setälä (Ambassade de Finlande en France), Veikko Kunnas (Ministry of Education) et Kati Kivinen (FRAME), ainsi que l’artiste Elina Brotherus et les galeristes Ilona Anhava, Rauli Heino et Marjatta Tikkanen.

 

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