| The Most Famous Finn |  |
Mais avant de devenir le Finlandais "le plus connu", Tom of Finland fut Touko Laaksonen, fils d'un couple d’instituteurs né en 1920 dans le sud-ouest de la Finlande. C’était trois ans après l’indépendance du pays. Le jeune Touko dessine, joue du piano et admire les hommes tout en muscles de la campagne finlandaise.
A 19 ans, il s’inscrit à l’Ecole des arts de Helsinki pour étudier le graphisme et le dessin publicitaire. La guerre, le front, vient interrompre ses études. Dans l’excellent documentaire réalisé par Ilppo Pohjola, le vieil homme parle longuement de ces années de guerre, « une période dure mais (qui) a donné une impulsion à (ses) fantasmes. » Les bottes en cuir, les corps moulés dans des uniformes suivront Touko pendant toute sa carrière d’artiste.
Le Mâle en cuir
L’apport de Tom of Finland se situe surtout dans sa façon de revisiter la galerie de portraits communément utilisée pour représenter les homosexuels, dépeints comme des femmelettes maniérés ou des travestis. Rien de tel dans l’œuvre de Tom qui dessine des mâles aux muscles rebondis, en érection permanente, souriants et toujours prêts à s’envoyer en l’air. Tom bouscule l’image de l’autorité : dans ses dessins, les uniformes se retrouvent plutôt dans un rôle passif, y prenant un plaisir non dissimulé.
« Si je ne bande pas en dessinant, c’est que le dessin est mauvais », avoue-t-il.
A travers ses dessins, Tom of Finland donne naissance à une nouvelle image de l’homosexuel : le mâle tout en cuir. Devant la caméra de Pohjola, il se souvient de la paire de bottes que ses parents lui avaient offerte et qu’il ne voulait plus quitter, même pour dormir, et parle de cuir comme d’un amant : « Le cuir est une matière vivante. Il est organique, pas comme le plastique. Il me séduit par son odeur et sa douceur au toucher. Il s’améliore avec l’âge – comme beaucoup de choses. Il y a beaucoup de vie dans le cuir. »
| Ode à la virilité |  |
Après la guerre, Touko termine ses études et est embauché dans une agence de publicité. Ce n’est qu’en 1956 qu’il franchit le pas et envoie ses dessins à un magazine américain, Physique Pictorial, en signant Tom. Le rédacteur en chef y ajoute « of Finland ». En 1957, son dessin d’un jeune homme flotteur de bois, solidement juché sur un tronc d’arbre, paraît en couverture du magazine. « Ce qui m’ennuie dans le nom, c’est que je ne représente pas la Finlande - c’est plus personnel », avoue-t-il dans le documentaire de Pohjola.
Il se souvient de ces premiers dessins : « Quand j’ai commencé à dessiner ces personnages, ils étaient trop jolis. De longs cils et des joues roses. Je les ai rendus jeunes et gais pour les rendre plus acceptables. (…) Peu à peu, cette beauté a laissé la place à la masculinité qui était plus mon style. » La masculinité, il l’amènera à son paroxysme dans les années 60, avec des modèles aux proportions de plus en plus exagérées. Une demande de public, dit-il, mais aussi un moyen de rivaliser avec la photo, de plus en plus technique. C’est la naissance de Kake, son personnage emblématique.
Reconnaissance tardive en Finlande
La notoriété grandissant outre-Atlantique, Tom démissionne de son poste de publicitaire en 1973 et se consacre entièrement au dessin, passant une partie de l’année aux Etats-Unis, en Californie.
En Finlande, Tom a été longtemps ignoré, probablement à cause du caractère érotique, voire pornographique de ses dessins, et de son homosexualité. Il se confie à Pohjola : « Avant, l’homosexualité était interdite en Finlande. Cela entraînait un sentiment de culpabilité qui empêchait les gens de montrer leurs vrais sentiments. Même si je devais m’accommoder de ces règles, je trouvais que la situation n’était pas naturelle. Mes préférences étaient authentiques, innées. Il n’y a rien d’appris, ni de malsain d’ailleurs. »
La Société de la bande dessinée de Finlande a été la première institution à lui décerner un prix, en 1990. Un an plus tard, le Musée d’art contemporain finlandais achète trois de ses œuvres. C’est l’année de son décès.
De son travail, Tom of Finland dira à Pohjola, quelque temps avant sa mort, qu’il « voulait réparer les injustices de la vraie vie par les fantasmes. » A la communauté homosexuelle, il laisse en héritage Kake, icône du gay à la virilité et à la joie de vivre débordante.
Pour plus d’information :
Tom of Finland. His Life and Times, de F. Valentine Hooven, 1994.
Dirty Pictures : Tom of Finland, Masculinity, and Homosexuality, de Micha Ramakers, et al., St. Martin's Press, 2000.
Tom of Finland. The Art of Pleasure, Taschen, 2002.
Daddy and the Muscle Academy. Documentaire d’Ilppo Pohjola. 1991, 55 min, 16 mm/VHS.
Librairie Les Mots à la Bouche
6 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris
|