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La bande dessinée finlandaise

Culture > Arts visuels
08-10-04
Auteur : Nicolas Benard
Tout le monde – ou presque – connaît les Moumines, personnages fantasques issus de l’imagination de Tove Jansson. Mais attention ! La bande-dessinée finlandaise ne se résume pas à ces petits trolls attachants. En un siècle de coups de crayons, la Finlande a su forger sa propre identité face aux géants américain et francophone. Visite guidée dans l’univers du 9ème art finnois.

Tout commence en 1904 : la société d’édition Minerva publie Amerikkalainen Kuvakirja, un livre d’images américain traduit en finnois. Cette première intrusion de la bande-dessinée ne rencontre pas un très grand succès sur les rives de la Baltique. Mais l’idée fait son chemin… La première véritable manifestation de bande-dessinée finlandaise est Professori Itikaisen Tutkimusretki (L’expédition du professeur Itikaisen, en français) de Ilmari Vainio, publiée en 1911. Rapidement, plusieurs séries et dessinateurs arrivent à se faire un nom en ce début de 20ème siècle : Hjalmar Löfving, Alexander Tawitz et Ola Fogelberg. Cette dernière publie en 1917, sous le pseudonyme de Fogeli, une série dont le personnage central est un canard dénommé Janne Ankkanen. Au travers des aventures de ce palmipède, Fogeli dresse une critique acerbe de la société.

L’âge d’or de la bande-dessinée finlandaise se déroule entre 1910 et 1940. Les séries se multiplient et quelques thèmes récurrents voient le jour. On trouve ainsi, dans la plupart des productions du moment, les traits de caractères (un peu caricaturaux !) dont les Finlandais aiment s’affubler : l’indolence, la naïveté, l’attrait des femmes, le goût du jeu et de la boisson… Durant cette période apparaît l’un des personnages les plus fameux de la bulle finnoise : Pekka Puupää (Pekka Tête-de-Bois, en français). Ce petit bonhomme un peu bêta (néanmoins très rusé) s’illustre sous le crayon de Fogeli dès 1925. Accompagné de sa femme Justiina – à la fois grosse, bête et méchante - Pekka Tête-de-Bois ressemble à bien des égards au personnage de Charlot de Charlie Chaplin. Et l’influence du cinéma muet se ressent dans ses aventures. A sa mort, la série se poursuit sous le crayon de sa fille Toto Fogelberg. Celle-ci participe par ailleurs à l’écriture de scripts pour des adaptations cinématographiques. Autres personnages emblématiques de la BD finnoise : Kieku et Kaiku. Dans cette série créée en 1932, Asmo Alho s’inspire de la vie quotidienne finlandaise pour mettre en scène deux coqs qui parlent en rimes. Le romancier Mika Waltari a d’ailleurs participé à l’écriture de certains épisodes.


Problème de diffusion

A la fin des années 1930, la bande-dessinée finlandaise subit pourtant un coup d’arrêt face à la concurrence des comics venus d’outre Atlantique. Au cours des années 1940, les difficultés s’accroissent avec la publication des premières productions d’aventures américaines (Flash Gordon, Superman), beaucoup moins chères, et qui finissent par se substituer aux séries finlandaises. Résultat : la production s’essouffle et les œuvres locales se font rares, et ce jusqu’au début des années 1970. Une exception pourtant (et de taille !) : les Moumines de Tove Jansson. A l’origine, il s’agit d’un personnage de livre pour enfant. Mais le succès de l’œuvre aboutit à une transposition sous la forme de BD. Le personnage principal de la série, c’est Muumi le troll (il ressemble en fait plus à un hippopotame !). L’œuvre de Jansson a été traduite dans une vingtaine de langues et transposée en dessins animés. Ultime preuve de la popularité de ces petits personnages : la Finlande s’est dotée d’un parc d’attractions sur le thème des Moumines à Naantali, à quelques kilomètres de Turku.

A partir des années 1970, la situation s’améliore. Diplômé de l’Université des Arts et du Graphisme d’Helsinki, Tarmo Koivisto publie en dix albums, entre 1975 et 1996, la série Mämmilä qui raconte la vie d’un village de Finlande. Son œuvre a été récompensée par de nombreux prix, en Finlande et dans l’ex-URSS. Ces dernières années, un certain nombre de séries ont permis le renouvellement du genre. Citons d’abord Viivi et Wagner (une jeune femme et un petit cochon) de Juba Tuomola qui ont rencontré un grand succès en Finlande. D’autres jeunes pousses commencent aussi à faire parler d’elles : Pauli Heikkilä, Petri Hiltunen, Kati Kovàcs, Tiina Paju ou encore Heikki Paakkanen dont L’héritage du moine Abélard, tribulation d’un Finlandais à Paris, a été présenté lors d’une exposition au centre culturel finlandais à Paris, en janvier 2001.

Quid du succès de la BD en Finlande ? Une trentaine d’albums de dessinateurs du cru sont publiés annuellement. Les magazines de bande-dessinées, apparus en 1949, dépassent allègrement les vingt millions de ventes chaque année, mais leur succès repose plus sur des séries américaines que sur des productions locales. Il y a bien eu Sarjis (entre 1972 et 1974), dont l’objectif était de diffuser uniquement des auteurs finlandais. Mais ce magazine n’a pas fait long feu... Aujourd’hui, la revue la plus vendue, Muumi, propose à la fois des productions étrangères et locales. On trouve par ailleurs des séries dans la plupart des journaux locaux ou nationaux.

La Finlande souffre pourtant d’un problème de diffusion : il existe peu de traductions (à l’exception de quelques titres en suédois ou en anglais) car traduire des œuvres étrangères revient moins cher aux éditeurs. En France, il est encore difficile d’avoir accès aux œuvres finlandaises malgré quelques expositions. Pour sortir de son enfermement, les acteurs de la BD locale ont créé un certain nombre d’événements et de manifestations dans le but de promouvoir les œuvres nationales. Il y a d’abord The Finnish Comics Society qui a vu le jour en 1971. Son objectif est la promotion et la reconnaissance de la BD en Finlande. Elle décerne chaque année le prix Puupää-hattu aux meilleurs dessinateurs finlandais, au cours du Helsinki Comics Festival qu’elle organise. Plus au nord, le Kemi Comics Festival attribue lui aussi chaque année les prix Lempi depuis 1981. Malgré toutes ces tentatives, la BD finlandaise demeure encore un mystère pour beaucoup d’amateurs dans le reste du monde.

 

 

Liens

Finnish Comicks Society
www.kupla.net/

 
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