| Le couple |  |
Du linge qui sèche au vent sur Jupiter, à côté du vaisseau spatial, une super-héroïne en proie à des interrogations amoureuses (puis-je épouser un artiste sans le sou ?)… C’est cela l’univers de Marko Turunen : un mélange de science-fiction et de réalisme du quotidien. Après tout, sauver le monde ne vous dispense pas de laver votre linge – ni ne vous évite les chagrins d’amour…
Marko Turunen dessine des BD depuis tout petit. Ses premières planches publiées l’ont été dans le quotidien régional Kymen Sanomat, en 1991. A l’époque, il était encore au lycée. Depuis, il est passé par l’Académie des Arts de Turku d’où il sort en 1997, son diplôme de sculpteur en poche. Faute d’argent, il se tourne de nouveau vers la BD. « Je n’avais pas les moyens de me payer les outils, ni les matériaux, encore moins un atelier. La BD me revenait bien moins cher – enfin, les frais de photocopieuse mis à part », s’amuse-t-il.
Le hasard fait bien les choses
Le lien avec Amok, l’éditeur français de Turunen qui vient de publier L’Amour au dernier regard, est le fruit d’un hasard. « J’étais de passage à Helsinki, à la galerie Jangua. En passant par le café de la galerie, je suis tombé sur un album d’Yvan Alagbé (auteur et éditeur aux éditions Amok, ndr). Il m’a bien plu et je l’ai acheté. Après lecture, j’ai décidé de leur envoyer mes planches. Six mois plus tard, je recevais une lettre disant qu’ils voulaient bien travailler avec moi. C’est à ce moment-là que j’ai dû me mettre au e-mail », raconte Marko, un brin malicieux.
Une procédure plutôt exceptionnelle pour Yvan Alagbé des éditions Amok. « Ce n’est pas très fréquent qu’on fonctionne ainsi. Mais son travail nous a plu, ce jeu de références entre la culture populaire et la science-fiction qui se croisent avec des choses plus personnelles sur le couple. Au départ, ça nous avait surpris, puis, sa manière de détourner la BD nous a de plus en plus plu », se souvient Alagbé.
| Détournement de vaisselle |  |
De détournement il est bien question dans les ouvrages du jeune bédéiste. Selon ses propres dires, chaque album s’inspirerait de formes existantes, placées dans un contexte nouveau. Ainsi, L’Amour au dernier regard prend pour point de départ les « BD de couple », tels que « Viivi ja Wagner » ou « Naisen kanssa », des strips très en vogue en Finlande et qui explorent les chemins tortueux de la communication entre les sexes et les méandres d’une vie à deux.
Dans un titre plus récent, Tiskipäiväkirja, paru en Finlande en fin 2002, Marko s’inspire du journal intime et du livre de cuisine pour concocter un « journal de la vaisselle », notant méticuleusement les menus de la journée et la composition de chaque tas de vaisselle qui s’amoncelle dans l’évier. Un prétexte pour raconter les petits détails de la vie quotidienne pendant toute une année, les rencontres, le boulot, le mariage d’un ami, la mort du père…
Une diffusion difficile
Comme la plupart des ouvrages de Turunen, Tiskipäiväkirja est édité par l’auteur lui-même. Avec sa femme, artiste elle aussi, ils ont fondé leur propre maison d’édition, Daada, qui fonctionne avec les moyens du bord. « On publie beaucoup de BD en Finlande mais les albums ne parviennent que rarement sur les tables des libraires. Ceux qui achètent le font surtout pendant les festivals de BD. La diffusion reste difficile », explique Turunen. « J’ai totalement renoncé à l’idée d’avoir un grand public. Le plus important, c’est de faire ce qui me plaît. »
| CV |  |
Marko Turunen Né en 1973 à Kotka
Diplômé de l’Académie des Arts de Turku (Turun taideakatemia).
Œuvre publiée en France :
L’Amour au dernier regard, Amok, 2003 La mort rôde ici, , Amok, 2005 Base, 2005
Autres œuvres :
Sienimetsä, 1997.
Super numero 1, 1998
Super numero 2, 1998
Super numero 0, 1999
Normal numero 1, 1999
Rakkautta viimeisellä silmäyksellä, 2000
Tiskipäiväkirja, 2002 |