Taneli, un adolescent à la taille gigantesque – 2,27 mètres, quand même ! – sert, bien malgré lui, d’histrion à Mona, une passionnée de théâtre rêvant de succès. On suit le couple, bien mal assorti, à travers ses pérégrinations, de Kajaani, modeste cité finlandaise, à New York, mégalopole aussi fascinante que dangereuse. Voyage initiatique pour l’un, quête de célébrité pour l’autre, nul ne sortira indemne de l’aventure.
Ce troisième roman est une vraie réussite qui mérite qu’on s’intéresse de plus près au cas Ala-Harja.
Il y a quelques années de cela, vous définissiez votre carrière de la sorte : « 40% de littérature, 40% de théâtre, le reste de productions graphiques. » Aujourd’hui, l’équilibre est-il bouleversé ?
Oui, parce que j´habite désormais en France. L’année 2009 sera intégralement consacrée à la littérature. Je viens de finir d’écrire une pièce radiophonique ainsi que les textes de Off Season, un livre de photographies réalisées par ma compatriote Anne Hämälainen. L’ouvrage devrait paraître au mois d’octobre prochain.
On connaît peu votre vie, en tout cas jusqu’à votre entrée au Teatterikorkeakoulu (Ecole de théâtre d’Helsinki). Votre éducation et votre parcours familiaux ont-ils conditionné votre goût pour les Lettres ? Qu’avez-vous retenu du Teatterikorkeakoulu ?
J’avais 21 ans quand je suis entrée au Teatterikorkeakoulu. Auparavant, j´ai étudié la sociologie à l’université de Jyväskylä. Durant cette période, j’ai commencé à faire du théâtre avec d’autres étudiants. Par la suite, j’ai travaillé comme journaliste et beaucoup voyagé en Europe, notamment en France, en Asie, en Amérique latine, au Proche-Orient et au Maghreb. Le Teatterikorkeakoulu m’a quant à lui donné la possibilité de m’exercer avec d’autres comédiens, de travailler le texte encore et encore.
Tous vos romans mettent en avant des personnages en décalage avec le reste du monde : une jeune femme d’origine namibienne dans Reposer sous la mer, une excentrique torturée dans Tom Tom Tom et un ado géant (2,27 mètres) dans Le géant. Avez-vous vous-même souffert d’une forme de marginalité ? Jusqu’à quel point vos romans portent-ils une part de vous ?
Je crois que tout le monde ressent un jour où l’autre une forme de marginalité ! Mes livres ne parlent pas vraiment de mes expériences personnelles, plus de ce que j’observe au quotidien, ce que je lis, ce que j’entends, etc. Néanmoins, j´ai toujours été intéressée par les géants parce que je suis moi-même plutôt grande (179cm) et que, parmi les dix hommes les plus grands du monde, trois d’entre eux sont finlandais !
Vous portez un regard plutôt tendre sur la pornographie. Doit-on percevoir cela comme une sorte de manifeste ?
Absolument pas ! Pour Mona, l’un des personnages du roman, il s’agit juste d’un moyen rapide de gagner de l’argent, plus rapide qu’en vendant des glaces dans un kiosque.
Une femme qui manipule un homme, mineur qui plus est : c’est assez rare dans la littérature !?!
Je crois qu’il y a beaucoup des manipulatrices dans la littérature. En tout cas dans la littérature finlandaise !
Pourquoi avoir choisi, comme décors de l’histoire, les villes de Kajaani et New York ?
J’ai choisi la ville de Kajaani pour deux raisons principales. D’abord parce que le vrai Daniel Cajanus [personnage qui incarne, dans le roman de Riikka Ala-Harja, le Géant, ndr.], qui mesurait 2m50, a vécu dans cette ville au début du 18ème siècle. Ensuite parce que Kajaani se trouve à proximité de la frontière avec la Russie. Quant à New York, elle est connue pour l’immensité de ses gratte-ciels. Et c´est aussi la ville de King Kong !
Vous semblez particulièrement intéressée par l’Afrique car on trouve de nombreuses références et interrogations sur ce continent dans vos livres.
Et pourtant, même si j’ai beaucoup voyagé, je n’ai jamais mis les pieds en Afrique noire ! Mais mon père était pasteur et il m’a raconté beaucoup d’histoires de missionnaires quand j’étais petite.
Vous êtes un peu touche-à-tout : comment organisez-vous votre quotidien ?
Je travaille lorsque ma fille est à l’école. Donc je suis farouchement opposée à la journée du mercredi sans école !
Quelles sont vos relations avec les auteurs finlandais contemporains et avec vos traducteurs en France, Paula et Christian Nabais ?
Je lis énormément de littérature finlandaise contemporaine, et j’ai beaucoup d’amis parmi les auteurs et traducteurs de mon pays. Concernant Paula et Christian Nabais, je les ai rencontrés, pour la première fois, au mois de juin à la bibliothèque de Gennevilliers, et c’était très sympa !
Votre relation à la France semble assez particulière puisque vous avez souhaité vous installer dans notre pays...
Mon compagnon est français. Quand je suis arrivée en France, en 2005, je ne parlais pas un seul mot de français et j’étais bien incapable de comprendre cette langue. Je me débrouille un peu mieux maintenant, mais ma tête est tout le temps en Finlande. Je m’y rends quatre à cinq fois par an, j’écoute la radio et consulte les journaux finlandais, etc.
Des projets ?
Je suis en train de finir un nouveau roman intitulé Kanaria qui sera publié au mois de septembre en Finlande. Je travaille aussi sur des scenarii de bande dessinée pour Matti Hagelberg et pour le magazine littéraire Parnasso. Off Season, dont j’ai parlé précédemment, sera aussi présenté dans le cadre d’une exposition pendant le festival Les Boréales, à Caen, au mois de novembre.
Reposer sur la mer a été adapté l’année dernière au cinéma. Après le théâtre, la BD et le roman, aimeriez-vous faire du cinéma ?
Pouquoi pas en tant qu’actrice si quelqu’un me le demande !!
Romans disponibles en français (aux éditions Gaïa) : - Tom Tom Tom, 2003 - Reposer sur la mer, 2004 - Le géant, 2009.
Pour en savoir plus : - Le site Internet des éditions Gaïa : www.gaia-editions.com ; - Le site internet de l’adaptation cinématographique de Reposer sur la mer (Maata meren alla, en finnois): www.maatamerenalla.fi. | L’avis de l’éditeur : |  |
« Nous avons choisi de publier cette auteure grâce à Jean Baptiste Coursaud, toujours à la recherche de jeunes auteurs nordiques originaux. Ses histoires bien trouvées et particulières, son style bien servi par un couple de traducteurs très doués, l'impression que l'auteure est au top de son inspiration avec un style à la fois léger et pétillant traitant de sujets graves avec des personnages en marge en raison de leurs particularités (couleur de peau, taille...) ; le tout avec beaucoup d'humour et de vitalité, sont les raisons de ce choix éditorial.
C'est une auteure que nous souhaitons publier encore et pour de nombreux romans. »
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