Réalisatrice finlandaise, scénariste et auteur, Saara Saarela a vu son premier long-métrage Twisted roots* (Gènes à l’envers) sortir en octobre 2009 dans les salles finlandaises.
Mais son actualité en 2010 est française avec La Vénitienne, téléfilm qu’elle a réalisé pour Arte, avec Thierry Frémont dans le rôle principal. Découverte de cette jeune réalisatrice cosmopolite. Parcours |  |
Née à Helsinki, Saara Saarela qui vient de passer trois ans à Washington, entre au lycée français de Helsinki à l’âge de cinq ans. Mais étrangement c’est à Tokyo au Japon, qu’elle apprendra la langue française, qu’elle maîtrise aujourd’hui à la perfection.
Sa mère qui travaille alors pour la banque postale de Finlande Postipankki doit y ouvrir une filiale. Saara a 14 ans. Tokyo est une expérience fascinante pour cette adolescente finlandaise qui ne pouvait fréquenter que deux cafés à Helsinki (les autres étant interdits aux mineurs) et se trouve plongée dans cette immense ville exotique et foisonnante où tout est possible.
Au lycée franco-japonais de Tokyo, où elle passera trois ans, elle est face une difficulté : son français n’est pas bon, elle le parle à peine. Mais, elle n’a pas vraiment le choix, personne n’y parle le finnois. Passée la timidité et les difficultés des premiers mois, elle développe une passion pour la langue française qui ne l’a plus quittée et y fait la rencontre de français, des amis qu’elle garde aujourd’hui.
Après le bac, elle part étudier en France pendant cinq ans. Sa maîtrise en études cinématographiques et audiovisuelles de l’Université Paris 8 - Saint-Denis en poche (et « tir », un premier court métrage de diplôme), elle est acceptée au concours d’entrée de la filière cinéma de la très réputée Université d’Art et de Design de Helsinki, alors plus communément appelée TaiK, aujourd’hui Aalto Yliopisto, seule école de cinéma finlandaise, l’élite dans le domaine. Elle en sort diplômée de réalisation en 2008.
A posteriori elle mesure combien ses études françaises lui ont apporté un avantage en lui offrant un bagage théorique et analytique propre à la culture cinématographique française, sens de l’analyse filmique peu courante en Finlande.
La TaiK, elle, lui apporte pratique et technique. Chaque année, la promo constitue un groupe de travail et expérimente concrètement la production filmique, sous tous ses aspects. Une méthode qui a prouvé son efficacité et crée des liens forts entre les élèves qui se retrouvent ensuite dans leurs vies professionnelles. Saara y attrape le virus de la réalisation.
Durant ses études, elle réalise plusieurs court métrages, puis travaille très rapidement sur des fictions pour la télévision et réalise en 2002 son premier long métrage, Stripping, nominé dans trois festivals internationaux.
En Finlande, le milieu du cinéma finlandais étant de taille restreinte et aisément accessible (les égos y sont bien mois présents qu’en France), il n’est pas difficile d’y rencontrer les bonnes personnes et de travailler rapidement. Saara Saarela démarre ainsi dans le métier dés 1999, chose selon elle impossible si elle était restée en France où dans le milieu les places sont chères et la hiérarchique beaucoup plus pesante.
Son second long métrage, Twisted roots, développe un thème cher à Saara Saarela, celui de la famille. Ce drame sensible et stylisé met en scène la famille Kuura réunie pour la première fois depuis longtemps, le temps d’un hiver, en raison de la maladie héréditaire du patriarche. Une histoire où chaque génération cherche sa place et doit affronter ses peurs ou secrets. | La Vénitienne, premier film français |  |
C’est suite à sa participation en 2004 à une série de courts métrages produits par Arte et intitulés Les Européens, où cinq réalisateurs du vieux continent portaient leur regard sur un autre pays membre, qu’elle met le pied dans le milieu audiovisuel français.
Elle tourne son film Teneriffa en Allemagne et en Pologne, en langue allemande (qu’elle ne parle pas), sur la base d’un scénario français, qu’elle adapte à son univers. L’histoire est vraie, c’est celle d’un père de famille qui part à Varsovie dans le but de détruire les dossiers sur son père ancien nazi, passé qu’il n’assume pas. Saara Saarela en fait une histoire de famille, thème cher à son cœur, où trois générations vont réagir chacune à leur façon face à cette situation.
La chaîne, séduite par ce travail, souhaite démarrer une nouvelle collaboration avec Saara, alors repartie en Finlande. Or, la productrice des court métrages d’Arte, Nancy Gille, se trouve également travailler pour Jem productions et convainc le producteur, Jacques Kirsner de lui confier le projet de téléfilm qu’ils sont en train de monter.
C’est ainsi que Saara reçoit le scénario de La Vénitienne, signé de l’écrivain et auteur Gilles Perrault, sur une idée originale de Daniel Psenny, journaliste au Monde. Un thriller politique librement inspiré de l’affaire des frégates de Taiwan et des rétrocommissions qui a impliqué le ministre de la défense de l’époque, Rolland Dumas et met en scène une de ses connaissances, Katia La Rouquine (devenue la vénitienne), qui tenait une maison close à Paris.
Arte qui va diffuser ce téléfilm souhaite en effet confier la réalisation de cette fiction télévisuelle à un (jeune) réalisateur étranger, dont le regard ne sera pas entaché des remous que l’affaire Dumas, hautement médiatique, a pu causer en France.
Un véritable coup de chance pour Saara qui, frustrée de n’avoir encore jamais travaillé en France ou en français, s’apprêtait à monter un projet de film avec des comédiens finlandais parlant le français (ils ne sont pas rares). Un projet où l’imbrication entre le sujet, l’intrigue et tension entre les personnages correspond parfaitement à son univers, sans compter le chalenge à relever pour cette réalisatrice peu coutumière de films basés sur des faits réels, plutôt rares en Finlande.
Côté comédiens, sur les conseils du directeur de casting, Saara Saarela rencontre en deux semaine une 60e de comédiens. Une expérience très impressionnante pour la jeune réalisatrice qui se retrouve face à face avec de grands comédiens français qu’elle a pour beaucoup admiré au cinéma.
Résultat, dans le rôle principal, Thierry Frémont, qui lors de sa rencontre avec Saara l’impressionne par sa réflexion sur le film, sa précision et son exigence, choses auxquelles elle n’est pas habituée de la part des comédiens finlandais. Il y joue un flic de la brigade criminelle de Paris (36 quai des Orfèvres) qui enquête sur le meurtre, dans d’étranges circonstances, d’une vieille dame (interprétée par Catherine Samie, ancienne sociétaire de la comédie française). Ancienne membre de réseaux de résistants juifs communiste, on pense d’abord que son assassinat est motivé par la vengeance d’anciens du réseau, dont elle aurait dénoncé des membres, qui furent emprisonnés et tués avant la Libération.
L’affaire se complique quand il découvre que cette dame était amie avec un ancien ministre de la Défense (interprété par Laurent Terzieff), et qu’émerge une histoire de rétrocommissions. Vient d’y ajouter une séduisante archiviste de la police (Hélène Seuzaret), pour la touche féminine et le double jeu, pour ne citer qu’eux.
La Finlande aussi est au casting avec la participation du grand comédien Lasse Pöysti en ex-résistant et du chef-opérateur Jarkko T. Laine.
Parmi les projets à venir de Saara Saarela, un long-métrage et un téléfilm en Finlande, en écriture et pré-production. Et bien évidemment l’envie de trouver un nouveau projet qui la ramène en France.
* Titre original : Väärät juuret. Film présenté au festival international du film de Rotterdam 2010 dans la catégorie Bright future et en avril 2010 au Reflet Médicis à Paris
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