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Idées de lecture pour les soirées d'hiver

Culture > Littérature
26-01-09
Auteur : Nicolas Benard
Il pleut, les soirées sont frileuses et on a envie de rester au chaud avec un bon livre. Info Finlande a pensé à vous et vous propose une sélection de livres et de bandes-dessinées, pour tous les âges et pour tous les goûts. Photo: Kirjoja = livres

On le sait, le polar est en vogue, notamment chez nos voisins scandinaves. La Finlande n’échappe pas à la règle avec deux excellents spécialistes du roman noir.

Noir, l’univers de Matti Yrjänä Joensuu l’est assurément. Né en 1948, Joensuu est enquêteur à la brigade criminelle de Helsinki, comme son personnage, l’inspecteur Timo Harjunpää. L’homme connaît donc bien l’univers qu’il décrit. Harjunpää est un flic fatigué par les manques de moyen de la police finlandaise, exaspéré par les heures supplémentaires et épuisé par les affres d’une société désenchantée. Matti Yrjänä Joensuu est l’auteur de dix romans couronnés de nombreux prix, dont quatre ont (déjà) été traduits en français. Frissons garantis !

Ouvrages disponibles (Folio policier) :
Harjunpää et le fils du policier, 1997.
Harjunpää et les lois de l’amour, 1999.
Harjunpää et l’homme-oiseau, 2003.
Harjunpää et le prêtre du mal, 2006.

Avec Leena Lehtolainen, on évolue dans un climat plus traditionnel, en tout cas moins oppressant. Publié en 2004 chez l’excellent éditeur landais Gaïa, Mon premier meurtre inaugure la série des aventures de l'inspectrice de police Maria Kallio. Il a déjà été suivi de sept autres en Finlande. Leena Lehtolainen, traduite en plusieurs langues, a acquis une notoriété internationale et certains de ses romans ont  été adaptés à la télévision. A découvrir au coin du feu.

Ouvrage disponible (Gaïa) :
Mon premier meurtre, 2004.
La poisse, 2006.

On quitte le polar pour l’univers humaniste et écolo de Arto Paasilinna. Comme  nous avons été déçus par ses deux dernières parutions – Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen et Le cantique de l’apocalypse joyeuse – nous vous conseillons soit un de ses classiques (Le lièvre de Vatanen, La forêt des renards pendus), soit Un homme heureux, publié en France plus récemment.

La recette est toujours la même, mais on ne se lasse pas d’en savourer les ingrédients : humour désopilant, personnages attachants et situations rocambolesques. Impossible de ne pas sourire, même quand le drame pointe le bout de son nez. Parce que l’on sait que tout finit, en général, assez bien. Pas de doute, avec Un homme heureux, Arto Paasilinna réalise un de ses meilleurs crus.

Ouvrage recommandés (Denoël) :
Le lièvre de Vatanen, 1993.
La forêt des renards pendus, 1996.
Un homme heureux, 2005.

Si votre enfant s’est prise de passion pour les Lettres, s’il ne jure que par Zola, Hugo et Balzac, surprenez-le en lui montrant que la Finlande, elle aussi, possède, un vivier d’auteurs aussi talentueux que reconnus. Voilà les « classiques » à ne pas manquer.

En premier lieu, Mika Waltari, évidemment. Lorsqu’on évoque Waltari, difficile de ne pas associer ce nom à Sinouhé l’Egyptien. Ce roman historique, paru au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lui a offert une renommée internationale. Pourtant, l’œuvre de l’écrivain finlandais est loin de se résumer à cette odyssée dans l’Egypte des Pharaons. Les amants de Byzance ou encore L’Etrusque séduiront aussi les amateurs de fresques historiques. Romans historiques, donc, mais aussi romans policiers, pièces de théâtre, contes pour enfants et même scénarii de bande-dessinée : sa production littéraire reflète une grande diversité de genres.

Ouvrage recommandés :
- Un inconnu vint à la ferme, 1944.
- Sinouhé l’Egyptien, 1947.
- Les amants de Byzance, 1981.
- L’Etrusque, 2004.

Moins connus, les quatre auteurs suivants valent cependant le détour, que ce soient par leurs qualités littéraires et par leur originalité.

Daniel Katz, membre de la (petite) communauté juive de Finlande, s’est essayé à toutes sortes de métiers avant de se lancer dans l’écriture. Professeur de religion, interprète, bûcheron… toutes ces expériences ont enrichi le style très particulier de cet auteur, un style essentiellement teinté d’humour et de dérision.

Leena Lander, née en 1955, est critique littéraire, travaille pour le théâtre, la radio et la télévision, écrit des poèmes, des textes de chansons, des nouvelles, des livres pour enfants ainsi que des essais. Auteur prolifique, donc, connue et reconnue dans le monde entier, ses romans ont été traduits dans une dizaine de langues. Son premier ouvrage publié en français, La maison des papillons noirs, a reçu le Prix de littérature nordique des Boréales de Normandie. Le dernier en date, Obéir, nous permet de (re)découvrir cet écrivain talentueux.

Kjell Westö est poète avant d’être romancier, et publie ses premiers recueils de poésie à la fin des années 1980. Le malheur d’être un Skrake est une saga familiale typiquement finlandaise qui se déroule dans la ville d’Helsingfors (le nom suédois d’Helsinki) durant la seconde moitié du 20ème siècle. Situations cocasses, portraits savoureux, abondance de détails minutieux sur la vie en Finlande : ce roman est un patchwork désopilant.

Enfin, avec La fille américaine, Monika Fagerholm compose une partition déstructurée où le silence des uns répond aux hurlements des autres, avec en fond sonore, la petite musique de la vie et de la mort. L’histoire ? Quelque part en Finlande. Près d’une « maison de verre », en pleine forêt. Eddie de Wise, une jeune Américaine, rend visite à sa grande-tante. Elle finit noyée au fond d’un lac. A moins que non, finalement. Inconsolable, un jeune garçon des environs se pend dans sa grange.

Dans le Coin, les habitants fantasment sur cet évènement mystérieux. Dès les premières pages, on frôle donc le roman policier. Les fils du thriller sont dénoués. Un simple fait divers ? Non, car les choses se compliquent. Les histoires se croisent, les personnages aussi. Monika Fagerholm raconte au travers de la relation complice entre deux petites filles, Doris et Sandra, l’histoire d’une légende rurale, d’un mythe que chacun perçoit à sa manière. On navigue dans le temps, on se perd parfois, avant de retrouver le chemin de la lumière. A moins qu’il ne s’agisse de l’obscurité. Cette Fille américaine est une ode au roman libre.

A découvrir :
- Daniel Katz, Ponton à la dérive, Gaïa, 2004.
- Leena Lander, Obéir, Actes Sud, 2006.
- Kjell Westö, Le malheur d’être un Skrake, Gaïa, 2003.
- Monika Fagerholm, La fille américaine, Stock, 2007.

La Finlande a prouvé ces dernières années qu’il faudra désormais compter sur elle dans le domaine de la bande-dessinée. Le prix attribué au Festival d'Angoulême 2008 à Moomin et les Brigands de Tove Jansson rappelle, à ce propos, que le 9ème Art finlandais n’a rien à nous envier. Si les Moomins, ces petits être malicieux, font leur retour mérité sur le marché français, d’autres méritent votre attention.

L’univers de Jyrki Heikkinen s’adresse à un public plus âgé. Son Lichen rouge déroule un univers où se côtoient mélancolie, absurde et loufoque. Le tout baignant dans une atmosphère glaciale et enneigée comme un mois de janvier finlandais, pesante comme l’obscurité du kaamos, le long hiver nordique. Le trait de crayon est aussi simpliste que rugueux, voyageant entre gris et noir. On a parfois un peu de mal à suivre les pérégrinations du personnage, comme lui d’ailleurs. On pense à Lewis Carroll et à ses créations surgies des méandres de l’esprit, matérialisations de nos psychoses, de nos craintes et de nos rêves. 

Ville Tietäväinen dépeint, dans Des oiseaux, des mers, l’amour malheureux d’un jeune couple de Chinois de Hong Kong. Mais c’est aussi et surtout un hymne à la liberté, une réflexion humaniste sur la question du choix. De l’histoire dramatique de Katie et Simon se dégage en effet une forme d’optimisme, et même de poésie. Au fil des pages, la tristesse et l’émotion laissent place à l’espoir. Dans une atmosphère mélancolique, accentuée par un choix de couleurs récurrentes - jaunes et bleues - et de teintes pâles, l’auteur déroule les fils d’un scénario original, composé de trois parties distinctes, de deux parcours qui finiront par se croiser. Celui de deux jeunes amoureux, perdus ; celui d’un immigré vietnamien, lui aussi abandonné.

Des oiseaux, des mers enchante grâce à la force d’un scénario irréprochable et d’une originalité exemplaire.

Enfin, Tommi Musturi est un jeune trentenaire qui se pose des questions sur le sens de l’existence. Il n’est jamais trop tôt pour commencer. Son seul et unique personnage, M. Espoir, traverse les semaines et les mois comme on traverse un rêve : avec l’impression de vivre et de ressentir, mais au final, tout semble très incertain. Le découpage, l’utilisation de couleurs récurrentes, le souci du détail et l’immobilisme assumé du dessin offrent une perspective originale au lecteur. On a presque l’impression qu’en tournant rapidement les pages, M. Espoir va se déplacer comme un personnage de dessin animé. Il reste pourtant bien statique, assis sur la lunette des WC, sur la balançoire ou encore dans sa barque, la canne à pêche à la main. Autant de lieux et de situation propices à la réflexion. Une réflexion prosaïque, mais qui aura, on l’espère, le mérite de réveiller les plus pessimistes. Carpe diem ! 

A partager :
- Tove Jansson, Moomin et la Comète, éditions du Petit Lézard, 2008.
- Jyrki Heikkinen, Lichen rouge, Cinquième Couche, 2008.
- Ville Tietäväinen, Des oiseaux, des mers, Delcourt, 2003.
- Tommi Musturi, M. Espoir, 1 et 2, Cinquième Couche, 2007.

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