Trois éclairages originaux frisant l’étrange. En tout cas les auteurs se seront efforcés de mettre en lumière des aspects de la Finlande encore inconnus mais souvent cruciaux.
Un peu à la façon de documentaires tournés sur les dessous d’un film, comme des “extras” de DVD. Car, par exemple, “Cap sur la Finlande - Affiches & Voyages 1851-1965” présente toute l’imagerie destinée à pousser les touristes européens à venir découvrir la Finlande, le tout sur un grand siècle.
“Finlande, été 1939” diffuse en photos les premières images immédiatement positives d’un peuple en attente de la guerre, comme conscient de vivre un ultime été de paix.
Avec “Monrepos”, on perçoit comment les livres ont propagé les idées et philosophies des “Lumières” du XVIIIème siècle à partir du château de Monrepos de Vyborg (Viipuri, en finnois), en même temps vers la Russie et vers la Finlande. Au final, on dispose de deux livres confinés dans le temps (“Été 39”) et dans l’espace (“Monrepos”) et d’un livre plus généralisant survolant plus de cent ans de “marketing touristique” finlandais. | Deux amis des livres |  |
“Monrepos” est surtout un “livre consacré à des livres”, à ceux de la bibliothèque du château de Monrepos (Vyborg) miraculeusement préservée avec ses 9000 ouvrages car rapatriée en 1916 sur Helsinki. Vyborg et son château de Monrepos sont placés géographiquement, symboliquement, exactement sur la frontière Ouest-Est de l’Europe.
Rainer Knapas, l’auteur, donne également la part belle aux biographies de deux propriétaires successifs des lieux: Ludvig Heinrich Nicolay (1737-1820) et son fils Paul Nicolay (1777-1866). Père et fils furent deux fervents bibliophiles. Ludvig Heinrich fut aussi un proche influent du grand duc et futur tsar Paul 1er. Paul Nikolay, fut Conseiller d’État et gouverneur pour l’empire russe.
“Monrepos” nous rappelle que l’Italie de la Renaissance, l’Angleterre du siècle de Cromwell, les écrivains et philosophes de langue allemande, en plus des Français du “siècle des Lumières” ont eu droit de cité entre Saint-Pétersbourg et Helsinki. Un autre lien avec la France nous est suggéré par la naissance de LH Nikolay, à Strasbourg. Son grand ami, Franz Lafermière (1737-1796), était aussi, comme lui, né à Strasbourg et, comme lui, bibliophile passionné. Le fonds de la bibliothèque de Monrepos nous vient aussi des livres rassemblés par Lafermière et réunis un temps avec ceux de Ludvig dans la “bibliothèque des deux amis”.
À la mort de Franz, Ludvig héritera tout naturellement des ouvrages de son ami pour les insérer à leur tour dans sa chère bibliothèque de Monrepos. Curieusement, Paul Ernst Georg Nikolay (1860-1919), arrière-petit fils de Ludvig et dernier propriétaire du château de Monrepos, ne s’intéressait pas particulièrement à la bibliothèque (il ne l’a enrichi d’aucun ouvrage). C’est pourtant lui qui prendra la décision d’en transférer la totalité à la Bibliothèque nationale de Finlande en 1916, juste avant la Révolution d’Octobre. Il y existe depuis une salle Monrepos qui leur est destinée.
Cahin-caha, toujours situés à la même place, dans les faubourgs de Vyborg, ancienne capitale de la Carélie finlandaise, le château de Monrepos et son parc ont survécu à bien des troubles. Le bâtiment est en bois, relativement modeste, mais, comme il se devait, dans la tradition des résidences d’été de l’aristocratie russe. Bien qu’ayant souffert des dommages du temps il est promis à une prochaine restauration.
Malgré tout, le livre “Monrepos” n’en évoque que très peu la construction, l’architecture et l’état. En ce sens, le titre du livre peut prêter à confusion. En revanche “Monrepos” expose clairement les liens, influences et impacts des grandes cultures européennes (française, russe et allemande, notamment) du XVIIIème siècle. A l’instar des monastères du Moyen-Age, le château de Monrepos aura été un refuge et un conservatoire pour la transmission des savoirs littéraires. | Entre art et débonnaire propagande |  |
Au premier abord, “Finlande, été 1939”, se présente comme un album de photos prises par la journaliste française Denise Bellon (1902-1999) pour Match, magazine alors tout récemment lancé. Denise était la mère de Yannick et Loleh Bellon. En 1939, la Finlande reste un pays quasi inconnu des Européens. 1939 sera l’année où la Seconde guerre mondiale va éclater (3 septembre).
Après l’invasion définitive de la Tchécoslovaquie (mars) les petits pays du pourtour de la mer Baltique, récemment indépendants, telles l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Finlande, vont se retrouver au centre des menées stratégiques d’Hitler et de Staline. Le pacte germano-soviétique (23 août) scellant le sort des riverains de la Baltique ne fait qu’attiser les inquiétudes. Les Finlandais sentent qu’ils sont très certainement voués à la sphère d’influence soviétique, mais ne l’entendent pas de cette oreille ce qui pourrait les entraîner dans une guerre.
“Finlande, été 1939” laisse voir des vues originales sur cette période critique de l’histoire de la Finlande, précédant la “Guerre d’Hiver”. Un moment où tout pouvait basculer, où la Finlande aurait pu être envahie et, du coup, rattachée à l’URSS. Par conséquent, été 39 oblige, l’époque n’est pas innocente: quelle a été la motivation réelle de Denise Bellon pour “tirer le portrait” touchant d’un petit pays déjà pré-sacrifié car pris en étau entre URSS et Allemagne nazie.
Visiblement bardée de bonnes intentions, il s’agit pour Denise Bellon d’apporter un soutien personnel et engagé à une petite démocratie de la sphère balte, la Finlande, dont elle est à l’évidence tombée amoureuse. La façon dont elle photographie les Finlandaises au travail (ces héroïnes du quotidien), les blonds enfants, les personnalités et les beaux militaires ne laisse planer aucun doute: cette Française a été séduite par le “pays des mille lacs”, comme on le surnommait alors.
Denise Bellon aura fixé à la fois Sibelius, Wäinö Aaltonen et le prix Nobel F.E Sillanpää, les intercalant avec de grands bâtiments d’Helsinki comme la gare, la cathédrale, le stade olympique. Et ces clichés, véritables œuvres d’art en noir et blanc, rayonnent d’une telle beauté qu’on approche d’une propagande légèrement débonnaire. Le séjour finlandais de la photographe, sans doute assez limité dans le temps, produit également une autre limite: la totalité des photos n’ont été prises qu’à Helsinki, avec un détour par la Carélie pour “couvrir” les manœuvres et concentrations de troupes.
Ceci dit, toutes les ressources de la gamme en noirs, gris et blancs confèrent à chaque photo du livre un génie particulier. Surtout aux clichés “habités”: Denise Bellon a le don de prendre ses instantanés “au naturel”, et ses modèles au sommet d’une authentique grâce. Au surplus, “Finlande, été 1939”, fait partie de ces actes inscrivant la Finlande sur la mappemonde, lui permettant de se faire connaître à un des moments les plus tragiques de son histoire. Et ce n’est pas le moindre de ses mérites.
| Cap sur les graphistes! |  |
“Cap sur la Finlande” (1851-1965) expose une sélection d’affiches touristiques destinées à attirer les Européens en Finlande. On démarre avec l’aristocratie russe d’avant la Révolution d’Octobre 1917, pour enchaîner sur les Allemands et les Britanniques des années 1930, avec parfois quelques “apparitions” destinées au public français.
Avec “Cap sur la Finlande”, longue série d’affiches de tourisme, invitant au voyage vers la Finlande et couvrant la période allant de 1851 à 1965, on reste dans le domaine de l’art en tant que propagande, domaine déjà effleuré par “Été 39”.
Le livre compte 213 affiches, partant d’un simple horaire de 1851, avec dessin de bateau, pour les steamers de Stockholm à Tallinn (Reval, alors), pour finir avec une publicité super graphique de Finnair datant de 1965. Sur ces 114 ans on peut aussi suivre les phases de l’histoire de la Finlande sur cinq chapitres: dans le premier, 1851-1917, la Finlande fait toujours partie de l’empire russe, au titre de grand-duché, et les décennies suivantes verront la montée vers l’indépendance du pays, en 1917. Le deuxième chapitre, 1918-1938, couvre les premières années d’indépendance. Le troisième, 1939-1949, la période de la guerre, puis de 1950 à 1959, le quatrième chapitre montre les débuts du miracle économique finlandais, les JO de 1952 et la prospérité.
La dernière partie, 1960-1965, s’inscrit déjà dans la modernité. Paquebots, ferries, trains, cars, avions à hélices et jets, tous les moyens de transports y passent et repassent. Seules les diligences nous seront épargnées et c’est dommage puisque certaines étaient encore en service jusque vers 1890, à l’intérieur du pays. Surpris, on réalise que les liaisons maritimes régulières Stockhom-St-Pétersbourg, d’avant la Première guerre mondiale, n’existent plus. Ou plutôt qu’elles n’ont pas encore été rétablies. A ce sujet, historiquement, Stockholm est relié par bateau à Turku, depuis 1836.
Également étonnant, sont utilisés, déjà avant 1914, des thèmes récurrents comme: la nature, les forêts, les lacs, les cieux, l’air pur et l’espace et déjà la femme comme sur cette affiche inédite et dénudée du célèbre peintre Hugo Simberg (1873-1917), datant de 1902. On retrouve l’idée de l’art finlandais utilisable comme moyen d’expression contre l’oppression russe.
Aussi l’affiche comme “art à part entière”, comme le profère sentencieusement en 1898 le journaliste Axel Cedercreutz: “Une bonne affiche doit imprimer clairement dans la conscience du public le produit qu’elle annonce, elle doit donc être visible à la distance d’environ une largeur de rue ordinaire. Quant à son dessin et à ses couleurs, ils seront de nature à attirer l’oeil.” Il s’agissait d’une véritable révolution. Axel Gallén (Akseli Gallén-Kallela), avec son affiche créée en 1893 pour amener les touristes contempler les rapides d’Imatra avait déjà emprunté cette voie. Soit dit en passant, il y cible déjà la riche clientèle russe, situant Imatra plus proche de St-Pétersbourg que de Helsinki.
Les affichistes de l’époque, Federley et Furuhjelm appliqueront aussi cette règle de “visibilité de l’affiche par le graphisme”. Et, dans la foulée, le XXème siècle verra affiche et graphisme obtenir leurs lettres de noblesse. Ici, grâce au travail de recherche et de récollection produit par le trio Londen-Enegren-Simons on a la chance de disposer d’une iconographie unique sur la Finlande. On constate que les Européens voyageaient déjà considérablement, même s’il s’agissait d’une élite. Enfin, qu’il existait déjà des stratégies de “marketing” - comme on dirait de nos jours - pour attirer le touriste étranger en Finlande. Cap sur les maîtres-graphistes finlandais, car les photos touristiques les plus léchées ne remplaceront jamais l’imagination graphique.
Détails: |  |
- “Cap sur la Finlande” (Affiches & Voyages 1851-1965) de Magnus Londen, Joakim Enegren et Ant Simons est publié par Sektorn press, avec le concours du FILI (centre pour la promotion de la littérature finlandaise). Lien possible = www.cometofinland.fi Achetez votre affiche préférée Un choix d'affiches extraites de Cap sur la Finlande est maintenant disponible en fac-similé, ainsi que diverses cartes postales. Venez faire un tour dans notre boutique en ligne !
- “Finlande, été 1939”, de Denise Bellon, est publié par Oy Finn Lectura Ab
- “Monrepos”, de Rainer Knapas, est publié par la Société de Littérature Finnoise (www.finlit.fi) |