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Un siècle d'architecture

Culture > Architecture
30-01-02
Auteur : Finfo
Le jour de la Saint Jean de cette année 2001, le World Architecture Award est venu couronner les travaux de l'édifice qui abrite l'Ambassade de Finlande à Berlin. Pour ses concepteurs - Lehtinen, Pekka Mäki et Toni Peltola - il s'agit de leur première oeuvre exécutée, puisqu'au moment de son achèvement, un seul membre du trio avait en poche son diplôme d'architecte. Ce travail avait été adjugé par le biais du concours, formule traditionnelle qui offre aux jeunes architectes l'opportunité d'accéder au travail en Finlande. L'architecture tire sa vitalité des concours qui, souvent, sont aussi l'occasion d'accéder à la notoriété internationale. 
L'image construite de la culture

L'institution que constituent les concours s'inscrit dans la pratique de l'architecture finlandaise. Mais, loin d'être uniquement pratiques, les spécificités de l'architecture finlandaise sont étroitement associées au design, au contenu et surtout à des facteurs qui servent de référence. L'architecture finlandaise a-t-elle une identité bien nette? Le plus souvent, le sujet a été abordé par la négation, en excluant du concept des questions jugées externes. L'autre alternative consiste à ébaucher le cadre de référence qui distingue, de manière générale, le caractère finlandais. "… l'architecture conserve toujours un souci majeur de l'agencement ordonné: l'architecture finlandaise, c'est l'ordre qui caractérise ce pays", écrivait Pekka Suhonen dans les années 1960. "L'architecture finlandaise, c'est ce que les architectes finlandais font", faisait observer pour sa part Kristian Gullichsen dans les années 1980.

Nous sommes en 1957, à Londres, à l'inauguration de l'exposition qui présente l'architecture finlandaise de l'époque. La première manifestation à l'étranger à laquelle participe le Musée de l'architecture de Finlande et dont le commissaire est le jeune architecte Osmo Lappo, se voit réserver un accueil tempétueux par le public britannique. Les rochers et les épicéas qui figurent sur les panneaux d'exposition sont ressentis comme tout aussi importants que les constructions qui s'insèrent, naturellement, dans le cadre naturel. Durant la soirée, le commissaire de l'exposition est à deux doigts de perdre son épingle de cravate: le design finlandais intéresse aussi!

La reconstruction qui a suivi la seconde guerre mondiale, les années 1950 tout particulièrement, ont été marquées, dans la conscience internationale, par la percée définitive de la Finlande comme pays de l'architecture moderne. Les efforts qui lui ont permis de se hisser sur la scène mondiale de l'architecture ne sont pourtant pas partis de rien; le terrain était préparé depuis plus d'un demi siècle, l'architecture se faisant l'interprète des destinées de la nation et de ses visées identitaires. Le critique d'architecture britannique J.M. Richards faisait, lors de ses voyages en Finlande, entrepris dès les années 1930, des découvertes qu'il fit connaître de l'opinion grâce à ses livres. Pourtant, Richards ne limita nullement son optique aux moderne, comme l'indique le nom de son oeuvre maîtresse: "800 Years of Finnish Architecture".

Le nouveau millénaire n'a pas introduit de changements majeurs dans la mission symbolique de l'architecture: elle continue de véhiculer une image d'ensemble de la spécificité de la culture finlandaise tout entière. A l'occasion des commémorations du centenaire d'Alvar Aalto (en 1998), Kenneth Frampton fait l'évaluation suivante"...on aurait du mal à trouver, dans le monde, un autre pays où la culture de l'architecture présente une telle homogénéité, et qui présente pourtant une telle richesse dans la diversité et la qualité." Frédéric Edelmann, critique au quotidien Le Monde, estimait dans un article consacré à l'exposition finlandaise de l'architecture au 20ième siècle et publié durant l'automne 2000, que la Finlande compte, par rapport aux effectifs de sa population, le plus grand nombre de génies de l'architecture du type d'Aalto, et que les Finlandais, comme les Espagnols d'après la période Franco, ont réussi à concilier bouillonnement intérieur et retenue. Quels facteurs alors permettent d'expliquer ce phénomène?

Malgré une image globale de plus en plus confuse de l'art de construire à l'approche de la fin du millénaire, le rôle de principe de l'architecture n'a guère changé: il continue de véhiculer une image d'ensemble de la spécificité de la culture finlandaise tout entière. Selon une caractérisation récente de Kenneth Frampton, on trouve en Finlande «...une grande culture architecturale moderne qui, au sens collectif, n'a jamais été égalée par aucun autre pays au cours de ce siècle.» Quels sont alors les facteurs d'influence qui, en toile de fond, permettent d'expliquer ce phénomène?

Nature contre tradition

Lorsque l'on parle de l'architecture finlandaise, on pense presque sans exception à l'architecture moderne ou du moins à l'environnement construit au cours des 100 dernières années. Pourrait-il d'ailleurs en être autrement? Moins de 13% en effet est antérieure aux années 1920. L'époque antérieure au 19ème siècle ne nous a pratiquement pas légué de plans d'architecture et même très peu nous sont restés du début de ce même 19ème siècle.

C'est pourquoi on ne peut guère parler de tradition académique proprement dite, du moins pas au sens où on l'entend dans les grands pays d'Europe.

D'un autre côté, faute d'une tradition académique solide, sa force d'inertie n'a pas empêché l'adoption de nouvelles influences. L'oeuvre architecturale rencontrait très tôt une absence de préjugés: dans l'intention des créateurs, l'idéal d'une nation moderne, dynamique, devait s'exprimer par le style des nouveaux édifices publics. Lorsque la formation à l'architecture débuta à la fin du 19ième siècle, les femmes y eurent accès par la même occasion. La Finlandaise Signe Hornborg compte d'ailleurs parmi les premières femmes architectes au monde à avoir reçu une telle formation - jusqu'à ce jour on n'a trouvé qu'un seul exemple antérieur, aux Etats-Unis - et Viwi Lönn est une des premières architectes finlandaises de renom au début du siècle.

La Finlande reste un pays faiblement peuplé: sa densité moyenne de peuplement est inférieure à 17 habitants au kilomètre carré. La nature domine le décor: 70% de la superficie émergée du pays est couverte par une forêt non construite et 10% est couverte par les eaux. Même dans les quartiers centraux de la capitale, la couverture végétale est significative; le plan d'occupation des sols, judicieusement conçu au début du 19ème siècle, lui donne une base solide. Grâce à la faible densité de peuplement, la construction a pu se développer autour d'un tissu relativement lâche, souvent dans un environnement naturel: le mode de structuration de la nature et l'échelle ont pu être pris en considération.

La force naturelle la plus importante, dans le nord, est la lumière. Rare en hiver, elle inonde tout en été - tout en restant fort différente de la lumière que l'on observe dans le sud, où son angle d'attaque est plus brutal et où elle délimite les constructions et leurs détails par des ombres courtes et vives. Dans le nord, les ombres sont de longue portée, la lumière y est plus fragile, plus transparente, plus brumeuse. La lumière influence de manière substantielle notre perception des espaces, des textures des façades, des tons et de l'atmosphère qui se dégage des intérieurs. C'est dire si l'interaction de la lumière et de l'espace sont un élément essentiel en architecture.

La Finlande est aussi un des pays périphériques d'Europe; sa position géographique la situe dans la zone où se rencontrent la culture orientale et la civilisation occidentale. On n'y a pas fait de découvertes en matière de construction, si ce n'est la réforme structurelle, fondée sur l'art local de la construction navale, la structure-pilier, que les maîtres bâtisseurs de l'art populaire appliquèrent, surtout au 17ième siècle, aux églises en bois de la région littorale de l'Ostrobotnie. Les nouvelles tendances du style et les innovations sont nées ailleurs, au coeur des pays porteurs de civilisation. Elles sont parvenues en Finlande avec un décalage, parfois après avoir franchi un méandre: dans de nombreux cas, la Suède a fait office d'intermédiaire. Au tournant de ce siècle, la revue The Studio constitua un important canal d'information et, au cours des décennies qui suivirent, aux publications d'architecture s'ajoutèrent les voyages entrepris un peu partout en Europe par des architectes, qui les convertirent immédiatement en résultats pratiques, dans la construction.

L'interaction internationale a des traditions dans l'architecture finlandaise. Venu de Saint-Pétersbourg pour s'installer à Helsinki en 1816, l'Allemand Carl Ludwig Engel conçut tous les édifices monumentaux du centre-ville de la nouvelle capitale de la Finlande, construisant "à lui seul toute une ville". D'autres mouvements s'opérèrent, notamment en sens inverse; ainsi, le deuxième prix attribué à Eliel Saarinen lors du Concours du Chicago Tribune, en 1922 eut cette conséquence: le lauréat accompagné de sa famille quitta l'atelier retiré dans les terres sauvages de Hvitträsk pour s'installer à demeure aux Etats-Unis.

Interprétations locales

Les nouveaux phénomènes n'ont pas pour autant été adoptés tels quels; ils ont été adaptés aux conditions naturelles, au climat, à l'environnement et aux ressources disponibles. Les variations locales ainsi obtenues peuvent s'écarter radicalement du thème original. Alvar Aalto avait coutume d'étonner ses collègues étrangers en parlant de plus de 70 cathédrales gothiques en Finlande. Il voulait dire par là que nos austères églises en pierres grises qui, par l'effet du matériau de construction employé, du granite lourd et difficile à ouvrager, étaient des simplifications considérables de leurs modèles centre-européens. Si elles n'évoquent guère les cathédrales, elles n'en relatent pas moins dans leur dépouillement la solide ambition de faire partie de la civilisation européenne.

La relation de l'architecture finlandaise à l'héritage classique est du même type. La disposition de l'architecture classique, ses proportions et ses motifs ornementaux furent adoptés pour s'exprimer dans quelques rares domaines parmi les plus florissants et dans maisons paysannes en tirant parti des faibles ressources disponibles. L'architecture fonctionnelle de ces constructions, héritées principalement du siècle dernier, perpétuent, à leur manière simplifiée, la tradition du classicisme. De son côté, le classicisme nordique des années 1920 bénéficia d'impulsions nouvelles, que ce soit celles rapportées des voyages en Italie entrepris par les architectes et là, en particulier, l'architettura minore, ou des maisons paysannes intimes; par ce biais, l'influence classique s'étendit par la suite aux travaux fonctionnalistes des mêmes architectes. Ainsi, le classicisme des années 1920, parfois défini comme «l'ombre de l'ombre» uniquement - comme une renaissance interprétant l'héritage antique - revêtit une grande importance non seulement en tant que période architecturale indépendante mais aussi comme véhicule de la tradition jusqu'à l'instant présent.

Les principes de l'architecture classique apparaissent clairement dans les conceptions d'Alvar Aalto, sur toute la ligne. On les trouve dans les toutes premières constructions portant la marque de la forme classique et jusque dans réalisations les plus récentes qui expriment le mariage des thèmes fondamentaux de l'antiquité et l'expression architecturale moderne.

La caractéristique essentielle de l'architecture finlandaise réside d'ailleurs dans son ouverture aux influences extérieures. Une solide ambition de contextualité, des conditions et des ressources propres y sont liées.

Le romantisme national du tournant du siècle qui, malgré son nom, fut une application directe du style Jugend ou de l'Art Nouveau européen, fournit un bon exemple. Adoptant des motifs variés, nord-américains et d'autre pays, il combina l'univers des proportions et l'influence des matériaux utilisés dans les églises en pierres et les constructions paysannes finlandaises en madriers. Il devait donner naissance à une architecture perçue en même temps comme originale et nationale, dont la période la plus intense resta, il est vrai, de courte durée. Pourtant, Eliel Saarinen — en partie motivé par la critique dont il fut l'objet, lors du concours d'architecture pour la gare d'Helsinki— réussit à revoir son architecture et à la développer dans le sens du rationnel, pour l'exprimer dans de nouveaux travaux qui préfiguraient le fonctionnalisme.

La construction des années 1950 traduit, pour sa part, la synthèse de l'approche rationnelle et organique. Elle s'appuyait, au départ, sur le modernisme international qui revêtit, en Finlande, une plus grande plasticité, des tons plus tactiles et plus proches de la nature avant même la seconde guerre mondiale, tout particulièrement dans les oeuvres d'Alvar Aalto et d'Erik Bryggman.

Mais, si le mode de structuration de la nature et son échelle sont des points de départs de l'architecture, les constructions ne s'y fondent pas de manière à former un environnement. Le milieu construit se différencie progressivement de la nature et il délimite une zone que Juha Leiviskä a qualifié «d'espace domestique abrité». C'est ainsi qu'ont été construites les cours des maisons paysannes; elles ont un rythme qui leur est propre.

Parmi les architectes finlandais, Reima Pietilä est pratiquement le seul à s'être efforcé de faire de ses constructions des oeuvres à l'image de la nature. Les blocs de rocher, les masses qui constituent la ramure des arbres et leurs différents coloris, les lignes du poisson ou un chat se reposant sur une table à dessin servaient de modèles à ses plans.
Les principes de l'architecture classique apparaissent clairement dans les conceptions d'Alvar Aalto, sur toute la ligne. On les trouve dans les toutes premières constructions portant la marque de la forme classique et jusque dans réalisations les plus récentes qui expriment le mariage des thèmes fondamentaux de l'antiquité et l'expression architecturale moderne.
La caractéristique essentielle de l'architecture finlandaise réside d'ailleurs dans son ouverture aux influences extérieures. Une solide ambition de contextualité, des conditions et des ressources propres y sont liées.
Le romantisme national du tournant du siècle qui, malgré son nom, fut une application directe du style Jugend ou de l'Art Nouveau européen, fournit un bon exemple. Adoptant des motifs nord-américains variés, il combina l'univers des proportions et l'influence des matériaux utilisés dans les églises en pierres et les constructions paysannes finlandaises en madriers. Il devait donner naissance à une architecture perçue en même temps comme originale et nationale. La construction des années 1950 traduit, pour sa part, la synthèse de l'approche rationnelle et organique. Elle s'appuyait, au départ, sur le modernisme international qui revêtit, en Finlande, une plus grande plasticité, des tons plus tactiles et plus proches de la nature avant même la seconde guerre mondiale, tout particulièrement dans les oeuvres d'Alvar Aalto et d'Erik Bryggman.

Mais, si le mode de structuration de la nature et son échelle sont des points de départs de l'architecture, les constructions ne s'y fondent pas de manière à former un environnement. Le milieu construit se différencie progressivement de la nature et il délimite une zone que Juha Leiviskä a qualifié "d'espace domestique abrité". C'est ainsi qu'ont été construites les cours des maisons paysannes; elles ont un rythme qui leur est propre.

Parmi les architectes finlandais, Reima Pietilä est pratiquement le seul à s'être efforcé de faire de ses constructions des oeuvres à l'image de la nature. Les blocs de rocher, les masses qui constituent la ramure des arbres et leurs différents coloris, les lignes du poisson ou un chat se reposant sur une table à dessin servaient de modèles à ses plans.

Le cycle de la forêt

Le bois est un matériau renouvelable que le sol finlandais produit en abondance. Plus facile à utiliser que la pierre, il a aussi été le premier matériau de construction utilisé: le plus ancien type de construction finlandaise semble avoir été une tente circulaire construite en rondins. Facile à travailler, le bois offrait à l'imagination une marge de manoeuvre importante. L'aspect le plus positif de l'art traditionnel de la construction finlandaise réside dans le fait que seules les constructions érigées avec soin aient été préservées pour les générations futures; les églises en bois réalisées aux 17ème et 18ème siècles par les maîtres de l'art populaire en font partie.


L'histoire de la construction des églises en bois fait place à différentes étapes et à des types de construction divers qui, attestent tous du caractère inventif de leurs bâtisseurs et de leur art. A titre de curiosité, on trouve ainsi, à Kerimäki, la plus grande église en bois du monde. A l'aube du 19ième siècle, sous l'influence du style classique et du contrôle centralisé de la construction, les formes deviennent plus débonnaires.
L'utilisation du bois se basait sur la disponibilité du matériau tout autant que sur ses caractéristiques: bon isolant thermique, on l'utilise avec bonheur pour réaliser l'enveloppe extérieure de la construction tout aussi bien que les revêtements d'intérieur, l'ameublement, les objets utilitaires et décoratifs. C'est en bois que l'on faisait jadis non seulement les bâtiments qui entouraient la cour mais aussi les instruments du transport: bateaux, traîneaux, rouages et skis ainsi que de nombreux outils. Le premier contact de l'être humain avec le bois était lié à sa naissance, laquelle avait lieu au sauna.
Les villes furent aussi, à l'origine, construites presque intégralement en bois. Comme les incendies détruisirent successivement, on imagina d'élaborer un plan d'urbanisme basé sur des quartiers en bois spacieux agrémentés de rues formant des allées régulières, aptes à stopper la progression de l'incendie. Malheureusement, il était également facile d'éliminer les maisons en bois; en s'installant dans les années 1960, la prospérité économique ouvrit la voie à la construction de centres-villes aménagés avec un souci d'efficacité accrue. Quelques exemples seulement de ces villes typiquement nordiques ont survécu en Finlande.
La sécurité anti-incendie, en particulier, a influé sur le fait que, durant les dernières décennies, seules des constructions relativement petites - maisons séparées, chalets de résidence secondaire, saunas - ont été construites entièrement en bois. Compte tenu des circonstances, les autres matériaux ont gagné du terrain, tout particulièrement le béton durant les dernières décennies. Le bois n'en est pas moins resté largement utilisé, même dans la réalisation des constructions les plus imposantes, à côté des autres matériaux, sous la forme de revêtements, de détails et d'ameublements - dans les parties des constructions qui sont proches de l'être humain. Alvar Aalto sut percevoir, en son temps, les possibilités du bois dans la production de meubles: le contreplaqué cintré remplaça le tube métallique cintré, que la production moderne de meubles exploitait jusqu'alors. Ces dernières années, l'utilisation du bois a été résolument promue. La Maison Sibelius, à Lahti, avec sa structure en bois, en est une illustration (Kimmo Lintula, Hannu Tikka, 2000).
Néanmoins, bien d'autres matériaux perpétuent de longues traditions dans la construction finlandaise. L'utilisation de matériaux authentiques devint caractéristique. La brique fut utilisée dans la construction dès le Moyen-Age de même que la pierre naturelle. A Etu-Töölö, à Helsinki, la brique rouge colore la quasi totalité de ce quartier de la capitale, et dans la production d'Aalto, la construction en briques marque les années 1950. Les premières utilisations du béton remontent à environ une centaine d'années. Par la suite, les résultats ont varié d'une extrême à l'autre. Important matériau structurel, le béton n'en possède pas moins une force d'expression architecturale. Le verre et l'acier sont des matériaux typiques de la construction des façades, au tournant du millénaire, en particulier dans les constructions qui illustrent la nouvelle technologie.

 

 

Finalité et technique

La reconstruction survenue durant l'après-guerre avait pour objectif principal la production d'une quantité suffisante de logements fonctionnels, à des prix raisonnables. L'effort de conception fut d'abord collectif et bénévole. Avec une bonne dose d'expérimentation: étude des dimensions, flexibilité dans la disposition des pièces et standardisation. La conception des logements, des solutions visant la réalisation d'un habitat de qualité, fonctionnel et sain, étaient ressentis comme les grands défis de cette conception. Alvar Aalto voyait déjà dans sa Villa Mairea une sorte de laboratoire permettant d'étudier, sur une grande échelle, des solutions propices à la production de logement. Il visait une «standardisation élastique» dont la nature servirait de modèle. Aulis Blomstedt, pour sa part, s'intéressa de près à l'harmonie musicale et aux systèmes de mesure des rapports correspondants. Dans sa forme originale - avant l'achèvement des constructions commerciales les plus récentes - le quartier de Tapiola, à Espoo, était l'illustration par excellence de l'idéal de la forme de logement urbain proche de la nature, la ville forestière, qui préfigurait la construction des banlieues et des cités construites - avec plus ou moins de bonheur - durant les deux décennies suivantes. La question du logement constitue un défi constant pour le concepteur. Des logements à des prix raisonnables, mais aussi un travail de recherche-développement des locaux d'habitation et l'ébauche de nouvelles formes de logement, sont nécessaires.
Tapiola, quartier de la ville d'Espoo, limitrophe de la capitale, représentait dans sa forme initiale - avant l'achèvement des bâtiments commerciaux les plus récents - l'idéal, par excellence, d'un mode de vie citadin proche de la nature. Une ville boisée qui préfigura les banlieues finlandaises construites par la suite, durant deux décennies, avec des réussites partagées.

Les autres finalités majeures de la construction est illustrée par les locaux à vocation de servir l'éducation et la culture. Les années 1980, plus particulièrement, ont été marquées en Finlande par la construction de maisons de la culture où les arts d'exposition, l'art figuratif et les activités de bibliothèques se retrouvaient sous un même toit. Les écoles ont souvent été conçues avec le souci d'être multifonctionnelles, d'être des centres servant la communauté environnante et avec mission de promouvoir la communication.
La rénovation - qui porte sur un parc de constructions de plus en plus récent - mais aussi le caractère écologique des constructions et l'idée du cycle de vie des ouvrages réalisés, sont les thèmes d'actualité. Il n'existe pas de solutions simples à ces problèmes. Une bonne architecture, de haut niveau, est en soit écologique car elle résiste au temps tout en conservant sa valeur.
L'oeuvre d'architecture, en Finlande, a toujours eu un souci aigu de la pratique: les plans ont été tracés pour être réalisés, pas pour être servir de projets d'idées théoriques. Grâce à ce souci de la pratique, l'architecture et la technique ont pu développées parallèlement (à l'exception de la période de construction banlieusarde des années 1970, lorsque les mouvements de translation des grues imposaient l'architecture des espaces résidentiels). La naissance des formes repose sur la technologie existante que l'on cherche par ailleurs à développer sous le signe d'une plus grande flexibilité, par souci de ne limiter ni la variation dans l'espace ni les fonctions.

Kenneth Frampton a défini le néoplasticisme, le principe de la composition tectonique des éléments architecturaux originaire de Theo van Doesburg et d'autres modernistes néerlandais de la première heure et qui caractérise aussi la production de Mies van der Roh et de Frank Lloyd Wright comme étant un facteur global visant à rassembler l'architecture finlandaise contemporaine. Le développement des idées initiales du néoplasticisme a suscité un mode de structuration qui a pu être appliqué aux missions de construction les plus diverses. Le néoplasticisme a également ouvert la voie à des approches très différentes. L'architecture a pu s'étendre directement dans son environnement et en partant de considérations fonctionnelles, sans souffrir du fardeau d'exigences formelles en matière de style.

Emprunts aux sources suivantes:

Pekka Suhonen, écrivain et critique. Uutta suomalaista arkkitehtuuria. (La nouvelle architecture finlandaise) Tammi, Helsinki, 1967.
Kristian Gullichsen, architecte, professeur. Entretien privé
Kenneth Frampton: The Legagy of Alvar Aalto: Evolution and Influence. Peter Reed (ed.): Alvar Aalto, Between Humanism and Materialism. The Museum of Modern Art, New York, 1998
Article de Frédéric Edelmann, paru dans Le Monde, Paris,
le 19 septembre 2000.

Liens

Fondation et musée d'Alvar Aalto
www.alvaralto.fi

Musée de l'architecture, Helsinki
www.mfa.fi

Association des architectes finlandais
www.safa.fi

 

 
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